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Des cadres de l'OCP auraient-ils menacé les employés grévistes de représailles?

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DROIT DE GRÈVE - A l’Office chérifien des phosphates, exercer votre droit de grève pourrait éventuellement compromettre l’évolution de votre carrière, voire, mener à votre licenciement, selon la Confédération démocratique du travail (CDT) ainsi que plusieurs témoignages d’employés de l’office recueillis par la rédaction.

Mardi 21 juin, les différentes unités de Safi à l’OCP (Maroc Chimie, Maroc Phosphore, Maroc Phosphore II et l’unité du port de Safi) ont manifesté leur intention de suivre le mouvement de grève à l'appel de la CDT et l’Union générale des travailleurs du Maroc (UGTM). Si la CDT s’est réjouie d’un taux de participation de 80%, toutes unités confondues, ce jour de grève aurait été marqué par des menaces provenant de cadres des quatre sites à l'encontre de certains grévistes, toujours selon le syndicat à Safi.

”Merci de reconsidérer votre présence pour demain, ceci dans le cadre de nos liens de fraternité, ça pourra changer de manière catégorique la voie de votre carrière. Avoir une étiquette noire sur le dos. Chacun assumera les responsabilités dues à ses décisions, surtout lorsqu’on perd plus que l’on gagne”, auraient reçus via SMS certains employés de la part de leurs supérieurs hiérarchiques. La section de la CDT à Safi a posté sur sa page Facebook une capture d’écran de ce message. Une photo qui a largement circulé sur les réseaux sociaux et suscité une salve de réactions indignées.

"Nous publierons leurs photos et coordonnées"

Contacté par le HuffPost Maroc, un employé de l’OCP au port a confirmé la véracité de ces messages et a assuré qu’il en a reçus d’autres sur un ton identique. Dans un message sur Whatsapp qui lui serait parvenu le jour de la grève, cet employé nous raconte qu'il aurait fait objet de menaces. ”Nous ferons la liste des grévistes, nous publierons leurs photos et coordonnées sur les réseaux sociaux. Ceux qui optent pour la grève seront 'persécutés' jusqu’à ce qu’ils regrettent ce qu’ils ont fait. Ces hypocrites seront mis à l’écart”, aurait écrit un "agent" de l’OCP sur une conversation groupée réunissant plusieurs employés du géant du phosphate.

Un communiqué de la CDT est venu couronner le tout. Dans un avis publié le 21 juin au soir, le syndicat dénonce ”les menaces et persécutions dont ont été victimes les travailleurs et cadres de la part de responsables afin de les dissuader d’exercer leur droit constitutionnel de grève (avant, pendant et après), ainsi que les persécutions dont ont souffert les employés de Maroc Phosphore II de la part des présidents des services".

Le communiqué dénonce également ”le remplacement illégal des ouvriers grévistes le 21 juin par d’autres travailleurs. Chose qui ne respecte pas les cahiers de charges”. La CDT ”porte la responsabilité au service des ressources humaines au cas où des agissements relevant de la vengeance sur les grévistes auraient lieu dans l’avenir”.

Si plusieurs sources confirment la persécution des grévistes et les différentes menaces dont certains grévistes ont fait l’objet, l’Office chérifien des phosphates, contacté par le HuffPost Maroc, a assuré respecter le droit de grève: ”Tout ce que l’on peut vous dire, c’est que la grève du 21 juin s’est déroulée dans des conditions tout à fait normales. Le droit de grève est un droit constitutionnel, l’OCP est une entreprise marocaine qui ne peut en aucun cas défier la loi”, nous a déclaré le service de communication de l’office.

"Les employés n’ont jamais été menacés"

Même son de cloche auprès d’un responsable de l’office chérifien qui assure, sous couvert d'anonymat, que ”les employés n’ont jamais été menacés lorsqu’ils souhaitaient entreprendre une grève”, tout en glissant qu’ils ”auraient pu recevoir des appels dans ce sens ou été approchés oralement pour abandonner la grève”.

Ce n’est pourtant pas la première fois que des employés de l’OCP dénoncent des "représailles" suite à des décisions déplaisant à l'Etat-major de l'entreprise publique. En avril 2012, le Syndicat national des hauts cadres (SNHC) du groupe OCP (qui n’existe plus aujourd’hui), avait publié un communiqué pour dénoncer ”le licenciement abusif de quatre militants du SNHC”. Les employés concernés étaient affiliés à la Fédération démocratique du travail (FDT), la CDT et l’Union nationale des travailleurs marocains (UNTM).

Selon une source syndicale, ces cadres techniciens auraient reçu des appels de leurs supérieurs hiérarchiques les menaçant de représailles s’ils assistaient à une conférence sur les revenus de l'OCP organisée le 21 janvier 2012 par le SNHC dans laquelle intervenaient le journaliste Aboubakr Jamaï et l’économiste Driss Benali, décédé en 2013. Les licenciés n’auraient pas pris compte de ces menaces.

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