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Tunisie-télé: Quand les enfants s'exposent quotidiennement à la violence verbale et physique. Un pédopsychiatre alerte

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TÉLÉVISION- Meurtre, drogue dure, prostitution en passant par d'autres sujets d'une extrême violence verbale et physique...ce sont les thèmes vers lesquels se ruent les réalisateurs des feuilletons ramadanesques, de manière furtive ou longuement. Ils sont devenus incontournables: Est-ce par souci artistique de traiter des phénomènes de société ou une volonté d'attirer les téléspectateurs en surfant sur le "trash"?

Idem pour les sitcoms, la violence fait-elle rire? Apparemment oui, pour certains réalisateurs et les milliers de téléspectateurs de ces produits télévisuels, comme le confirme le dernier sondage de l'institut Sigma Conseil.

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Les feuilletons "Awled Moufida", "Denya Okhra", "Nsibti Laaziza", pour ne citer que les premiers dans le classement de Sigma Conseil, reflètent à des degrés divers entre eux, l'ampleur de l'usage de la violence.

Le HuffPost Tunisie a sélectionné quelques exemples:



A la 12ème minute de cette vidéo: Le personnage harcèle une fille dans la rue. Face à un autre personnage qui lui reproche cette mauvaise habitude, il avance que " les filles de ce genre aiment qu'on les harcèlent"! Ceci est censé être drôle dans un pays où le taux de harcèlement des femmes dans l'espace public est alarmant.

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A la 10 ème minute: Le personnage violente verbalement sa copine. Presque tous les épisodes de la série usent de cette violence: insultes, langage vulgaire, toujours associés à des personnages issus d'un certain milieu social. Stigmatisant et péjoratif pour ces derniers? Humoristique, clament les réalisateurs!

"Hathoukom", autre série où les chutes sont toujours extrêmement violentes. Une violence parfois éclipsée mais manifeste signe la fin de chaque épisode. Lorsqu'elle est non explicite, les enfants peuvent l'imaginer. Si ce côté "trash" fait partie du concept, pourquoi l'absence de la signalétique -12 qui existait dans la version Youtube de la même série alors que la télévision est un support plus grand public que le net?

Si pour les feuilletons, les réalisateurs s'abritent derrière l'argument que: leur travail ne fait que refléter la violence sévissant dans la société et que ne pas l'exposer revient à se voiler la face, qu'en est-il des sitcoms, la violence est-elle nécessaire? Comment la justifier? Présenter toujours les personnages issus de certaines régions de la Tunisie avec des habits multicolores, comme des gens dénués toujours de savoir-vivre ne constitue-t-il pas une forme de violence qu'on transmet aux jeunes?

Exposer ainsi crument la violence constitue-t-elle un danger, notamment pour les jeunes téléspectateurs? Surfer sur la violence pour faire rire la banalise-t-elle? Le pédopsychiatre Néjib Mezghani a répondu au HuffPost Tunisie:

HuffPost Tunisie: Quel est l'impact de la violence à la télé sur les enfants et les adolescents?

Néjib Mezghani: Le risques sont que ces jeunes imitent ce qu'ils regardent, l'intègrent, le banalisent, en font un modèle. Ils sont plus vulnérables à ce niveau car ils sont à un âge où ils sont en quête d'identification, où ils s'attachent plus facilement à certaines choses surtout lorsque la violence est portée par des personnages "dessinés" comme "sympathiques" ou "drôles". Le danger est réel.

La violence existe aussi dans la réalité. Quelle est la différence?

C'est vrai que ces feuilletons et sitcoms ne créent pas la violence mais la transposer ainsi ne fait que l'entretenir. À voir la télé, on croirait que la société tunisienne n'est faite que de ça.

Comment prévenir ces risques?

Il est du ressort des autorités publiques, de la HAICA précisément de contrôler ce qui se passe à la télévision. Or cette dernière est aux abonnés absents sur ce point. Aucune mention de la règle des signes de (-12) ou (-16) sur des scènes extrêmement violentes.

On ne prend pas les choses au sérieux. Il n'y pas de chiffres pour quantifier le phénomène, ni des études en la matière. Le péril c'est qu'en le minimisant, il déborde.

Quel doit être le rôle des parents?

Les parents sont responsables car il laissent leurs enfants regarder de telles scènes avec eux sans se préoccuper des conséquences. Puis il faut s'interroger sur le modèle que donnent les adultes, ne sont-ils pas eux mêmes des adeptes de ces produits télévisuels, animés par leur travers de voyeuristes, amateurs de "trash", de scandales.

L'engouement de beaucoup de Tunisiens pour cette médiocrité, l'alimente. C'est un cercle vicieux où les réalisateurs surfent sur les vices des Tunisiens à des fins commerciales.

LIRE AUSSI:

Tunisie - Images violentes dans les médias: Un pédopsychiatre explique leur impact sur les enfants (INTERVIEW)

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