Huffpost Maroc mg

Trente ans après sa mort, les 5 saillies de Coluche qui trouvent un écho en 2016 (VIDÉOS)

Publication: Mis à jour:
COLUCHE
Les 5 saillies de Coluche qui trouvent un écho en 2016 | AFP
Imprimer

CULTURE - Ses traits d'esprit traînent encore dans les mémoires. Auto-stoppeur, délégué syndical, flic raciste ou chômeur, Coluche a marqué son époque en interprétant des personnages triviaux et grossiers, mais toujours authentiques. Au-delà de ses sketchs restés célèbres, l'humoriste et comédien a aussi marqué son temps pour son engagement politique et humanitaire.

"S'il avait été là, il n'y aurait pas la France d'aujourd'hui", disait encore de lui son ami Gérard Lanvin en 2013. Candidat éphémère mais remarqué à l'élection présidentielle de 1981, fondateur des Restos du cœur, Coluche "savait ouvrir sa bouche et dire exactement ce qui se passait", raconte son ancien acolyte. Pas devin mais plutôt lucide sur les crises qu'ont connues les années 70 et 80, Coluche a plus d'une fois eu des mots qui raisonnent aujourd'hui avec notre actualité.

"On est dans la merde en France. (...) Il y a une pyramide sociale où y'a un mec qui est en haut tout seul, Giscard (...), et plus on descend plus on est nombreux. Et quand on arrive en bas on est vraiment dans la merde."

Le 30 octobre 1980, Coluche se présente à l'élection présidentielle de l'année suivante. Devant la presse, il explique qu'il se lance "à cause de ce tas de gens qui ne sont pas représentés par la politique". "Aujourd'hui, on va voter pour quelqu'un qui politiquement n'est rien", demande-t-il.

Sa démarche, destinée à l'origine à contrer la "censure" à laquelle il se disait soumis dans les médias, sera rapidement prise au sérieux par les personnalités politiques engagées dans l'élection. Deux mois après sa déclaration de candidature, le Journal du dimanche lui prédit carrément 16% des voix. Il finit par abandonner la course en mars 1981, expliquant avoir subi de nombreuses pressions.

Mais ces quelques mois de candidat lui laissent le temps de donner des interviews, dans lesquelles Coluche ne mâche pas ses mots pour critiquer le système politique français. À six mois de l'élection, il décrit par exemple la "pyramide sociale" installée dans le pays, qui laisse une grande majorité des Français "dans la merde".

Ce refus du présidentialisme fait encore aujourd'hui partie de la rhétorique critique à l'encontre du système politique. Récemment, des idées similaires s'échangeaient sur la place de la République, à Paris, et dans tous les rassemblements du mouvement "Nuit debout". Dans les rangs des participants, "l'homme du peuple" est attendu pour remplacer l'illusoire "homme providentiel". Certains évoquent même plutôt une forme de "démocratie directe", dans laquelle les citoyens auraient le pouvoir, comme a pu l'entendre le HuffPost.

"J'ai jamais été socialiste, mais c'est décevant c'est sûr. (...) Si tout ce qu'on peut avoir à la place de la droite qu'on a eu pendant 30 ans c'est ça, c'est la dernière fois qu'ils votent les mecs c'est sûr."

Plus que la politique, Coluche a su écorcher le socialisme. Après l'élection de François Mitterrand, il parle de sa "déception" lors d'une rencontre avec des étudiants grévistes.

"Pendant 30 ans, les mecs ont gouverné comme des manches, économiquement ils nous ont mis dans une merde noire. Les socialistes qu'on a attendus de tous nos vœux, de tous nos espoirs pendant des années et des années ne font pas mieux. Il y a même des gens qui seraient tentés de dire qu'ils font pire", estime l'humoriste.


Coluche Soutient Des Étudiants par Winta

Le quinquennat de François Hollande est confronté aux mêmes critiques. Même si ces reproches ne sont pas réservés à la gauche, et les espoirs des électeurs inévitablement grands, on ne peut s'empêcher de voir dans la déception de la France de Coluche celle de la France de 2016, qui regoûte au socialisme après 17 ans de gouvernance de droite, et n'offre que 11% d'opinions favorables à son président de la République à un an de la présidentielle.

Malgré ce contexte politique, Mireille Mathieu peut se réjouir de ne pas avoir été envoyée au goulag par la gauche dès 2012... comme le prédisait Coluche en 1979.

En jouant "le flic": "Dans les manifs on est obligé de taper. (...) Non mais on fait gaffe, on tape avec le plat de la main dans le dos. Ça fait vachement mal mais ça fait pas de trace."

La police était une des cibles privilégiées de Coluche. Dans ses sketchs comme sur les plateaux de télévision, l'humoriste dénonce ce qu'il considère comme des violences de la part des forces de l'ordre. "Les policiers se croient extrêmement couverts", lance-t-il sur Antenne 2 en 1980 face à un représentant d'un syndicat policier.

Depuis le 9 mars et le début de la contestation contre la loi Travail, plusieurs manifestations ont été marquées par des affrontements entre police et manifestants. Avec eux, des accusations de violences policières ont creusé le fossé entre manifestants et forces de l'ordre.

Une nuance de taille cependant: les accusations de violences policières de la part de Coluche s'accompagnaient souvent d'une accusation de racisme. "Comment reconnaître un Français d'un immigré? C'est très facile. Les Français sont habillés en bleu. L'immigré, c'est celui qui a les mains en l'air et qu'on fouille", dira-t-il par exemple. Du fait des surveillances dont il faisait l'objet après sa candidature à la présidentielle, l'acteur avait sans doute aussi des raisons plus personnelles d'en vouloir à la police.

“Il paraît que le gouvernement s'intéresse à l'emploi. Si. Surtout au sien.”

Comme en 2016, le chômage était déjà une préoccupation au temps de Coluche. Lorsqu'il écrit son sketch "le chômeur", l'humoriste a été témoin des manifestations de mars 1979, lors desquelles sidérurgistes et jeunes chômeurs affrontent les forces de l'ordre dans les rues de Paris, mobilisés contre un plan de restructuration prévoyant fermetures d'usines et suppressions d'emplois.

Entre ces manifestations et son sketch, écrit en 1986, le chômage en France est passé de 4,8% à 8,6% selon l'Insee. "J'ai été remplacé par une machine, avec toute l'équipe de mecs qu'on était. Une machine super, elle fait tout le travail à notre place", ironise Coluche dans son spectacle.

Avec 2,8 millions de chômeurs en France métropolitaine début 2016, soit 9,9% de la population active, le chômage reste aujourd'hui un point de fixation de la contestation à l'encontre du gouvernement.

“Il paraît que la crise rend les riches plus riches et les pauvres plus pauvres. Je ne vois pas en quoi c'est une crise. Ça a toujours été comme ça, depuis que je suis môme.”

"J'ai une petite idée comme ça, si des fois y a des marques qui m'entendent..." C'est par ces mots, lancés sur Europe 1 en septembre 1985, que naissent les Restos du cœur. Également engagé contre la faim dans le monde avec SOS Ethiopie, Coluche profite régulièrement de sa notoriété pour rallier le public à sa cause.

Dans "le chômeur" toujours, l'humoriste énonce une vérité malheureusement toujours valable aujourd'hui: "La crise rend les riches plus riches et les pauvres plus pauvres".

En 2013, le revenu annuel des 100 personnes les plus riches pouvait permettre d'éradiquer quatre fois la pauvreté selon Oxfam. En 2015, l'OCDE indiquait que les inégalités étaient "à leur paroxysme depuis que les données ont commencé à être rassemblées", dans la plupart des pays qui composent l'organisation. Et en janvier 2016, les 62 personnes les plus riches au monde possédaient autant que les 3,5 milliards les plus pauvres.

LIRE AUSSI:
Close
Ces humoristes français d'origine maghrébine qui cartonnent
sur
Partager
Tweeter
PUBLICITÉ
Partager
fermer
Image affichée