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Ces architectes français qui ont construit le Maroc moderne

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HISTOIRE - Lorsqu'il arrive en 1912 au Maroc, le résident général Hubert Lyautey a déjà des plans pour les nouvelles villes marocaines: elles seront en retrait des médinas, dites villes "indigènes", seront de véritables laboratoires d'expérimentation et s'inspireront tout de même de la culture locale.

Et qui de mieux pour gérer ce chantier colossal qu'Henri Prost? Recommandé par le paysagiste Jean-Claude Nicolas Forestier, il est nommé à la tête de la Direction des services d'architecture et d'urbanisme du protectorat, comme le rappelle l'architecte, sociologue et linguiste Said Mouline sur son blog.

Prost fera venir une panoplie d'architectes, d'urbanistes et de paysagistes qui feront des grandes villes marocaines un véritable laboratoire d'expérimentation. Ensemble, ils perfectionneront le style art déco, une architecture résolument moderne, usant de matériaux dernier cri et qui s'offre une touche orientale, sans s'enfoncer dans le pastiche.

En 1947, Michel Ecochard lui succède et poursuit ce projet qui donnera naissance aux villes marocaines modernes telles qu'on les connaît aujourd'hui. Fès, Marrakech, Meknès ou encore Casablanca ont été principalement construites par des architectes français qui ont eu pour mission d'imaginer la ville marocaine d'aujourd'hui.

Marius Boyer, le maître de l'art déco

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L'immeuble Assayag à Casablanca

Parmi les instigateurs de cette révolution architecturale figure Marius Boyer. A Casablanca, le très austère cinéma Vox et le discret et pourtant minutieusement orné hôtel Volubilis, c'est lui. Lorsqu'on parle d'architecture coloniale de la ville blanche, le nom de Marius Boyer s'impose forcément. C'est l'un des architectes qui ont le plus marqué la ville moderne de Casablanca avec son coup de crayon. Ce diplômé de l'Ecole nationale supérieure des beaux-arts de Paris a été l'un des précurseurs du style art déco. Ce qui n'a pas empêché l'architecte de diversifier les compositions de façades, de jongler entre les bâtiments surchargés en ornementation et les édifices purement fonctionnalistes.

Jean Balois, l'architecte fonctionnaliste

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L'immeuble Glaoui à Casablanca

S'il a été longuement dans l'ombre de son associé Marius Boyer, Jean Balois n'en a pas moins brillé sur la scène architecturale marocaine. Arrivé au Maroc en 1919, cet architecte diplômé de l'Ecole des beaux-arts de Dijon a, dans un premier temps, exercé au sein des services d'architecture de la Résidence générale avant d'ouvrir son bureau d'architecte à Rabat. Il collabore ensuite avec Boyer avec qui il installe un bureau à Casablanca. Ses oeuvres les plus marquantes? Le groupe scolaire Jules Ferry et l'immeuble Glaoui à Casablanca, ainsi qu'un immeuble faisant l'angle de l'avenue Mohammed V et la rue d'Alexandrie dans la ville nouvelle de Rabat.

Auguste Cadet et Edmond Brion, les architectes de Bank Al-Maghrib

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Le quartier des Habous à Casablanca

Arrivés à Casablanca après la Première guerre mondiale, ces deux architectes créeront ce qui représente aujourd'hui l'un des quartiers les plus atypiques de la capitale économique. Associés jusqu'au milieu des années 30, ils dessineront le quartier des Habous. Un quartier mêlant résidences et commerces puisant son âme dans l'identité mauresque, mais qui recèle dans ses détails un esprit de modernité. Ensemble, ils conçoivent également des banques d'Etat du Maroc, dont celles de Marrakech, place Jamaâ El-Fna, celle d'El Jadida ou encore d'Oujda. Ils dessinent également plusieurs immeubles et villas qui ont contribué à la richesse architecturale de Rabat et Casablanca.

Jean-Claude Nicolas Forestier, le défenseur du patrimoine végétal

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Le réseau de parcs dessiné par Jean-Claude Nicolas Forestier à Rabat

Forestier fera de Marrakech et de Rabat des villes-jardins. Dans les années 1920, ce paysagiste français a pour responsabilité de penser l'esprit même de la capitale marocaine. Il implante alors une série de parcs suivant un "plan spécial des espaces libres". Un action qu'il entreprend afin de préserver et valoriser le patrimoine végétal de Rabat. A Marrakech, le réseau de parcs est déjà existant, le paysagiste s'affaire cependant à l'intégrer à la planification des nouveaux quartiers européens.

Henri Tastemain, l'architecte de la reconstruction d'Agadir

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Un immeuble dessiné par Henri Tastemain à Agadir

Tastemain est l'un des derniers arrivés, et certainement l'un des plus jeunes architectes français arrivés au Maroc vers la fin du protectorat. Diplômé en 1950 de l'Ecole des beaux-arts de Paris, il arrive, avec sa femme, au Maroc pour fonder son cabinet. C'est à lui que l'on confie la construction des principales facultés marocaines. Ainsi, il dessine les édifices accueillant actuellement les facultés des sciences de Fès, Marrakech, Rabat et Casablanca. Tastemain est également connu pour avoir été l'un des architectes de la reconstruction d'Agadir, suite au tremblement de terre qui a frappé la ville balnéaire en 1960.

Pierre Jabin, l'architecte intellectuel

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Extrait de la revue Notre Maroc

Né à Blida, en Algérie, Jabin s'installe au Maroc après la fin de la Première guerre mondiale. D'abord à Casablanca, où il ouvre ses bureaux, puis à Agadir, où il prend sa retraite. C'est à Pierre Jabin que l'on doit le très art déco cinéma Rialto, l'un des premiers lieux dédiés au septième art qui ont vu le jour à Casablanca, en 1930. L'architecte français "se servait du crayon et de la plume avec la même aisance", comme l'écrivait en 1950 la revue trimestrielle Notre Maroc. Jabin en profitait d'ailleurs pour contribuer à plusieurs médias nationaux afin d'exposer sa vision de l'architecture, de la ville et de l'urbanisme.

Adrien Laforgue, l'architecte de l'Etat

adrien laforgue palais justice

L'actuel Parlement était par le passé le Palais de justice de Rabat

Si vous vous baladez sur l'avenue Mohammed V de la capitale, le bâtiment du Parlement, austère et raffiné à la fois, ne peut qu'attirer votre attention. Vous connaissez désormais l'homme qui a dessiné cet édifice qui a été dans le passé le Palais de justice de Rabat. Laforgue a eu pour mission, dès son arrivée au Maroc en 1913, soit un an avant la guerre, de construire plusieurs équipements d'envergure. C'est à lui que l'on doit la Direction des services des mines, la cathédrale Saint Pierre au quartier Hassan, la gare de Rabat ville ou encore la Trésorerie générale. Il a également beaucoup construit dans la région de Fès où il a imaginé plusieurs édifices dans le quartier du Mellah.

Albert Greslin, l'architecte aux goûts de luxe

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L'immeuble de l'Imcama à Casablanca

Casablanca lui dit merci pour avoir conçu ses abattoirs municipaux, devenus l'un des lieux emblématiques de la culture underground de la capitale économique. Greslin, arrivé au Maroc deux ans avant la Première guerre mondiale, se passionnait pour les projets aux grands budgets, où il pouvait créer des lieux luxueux où le confort est de rigueur. On se souvient notamment de l'immeuble de l'Imcama, qui a coûté pas moins de 8 millions de francs à l'époque de sa construction à Casablanca. On lui doit également plusieurs villas de renom en périphérie de Casablanca et l'église de Maârif, dans la même ville.

Edouard Delaporte, l'amateur de béton

la paternelle africaine

Immeuble de la Paternelle africaine à Agadir

C'est à lui que l'on doit la villa Delaporte à Casablanca, portant son nom. Aujourd'hui devenu galerie d'art, cet édifice se distingue par la clarté de ses espaces, sa conception résolument moderne, puisant son ornementation dans la culture marocaine. L'architecte et peintre Edouard Delaporte, arrivé à Rabat après la Seconde guerre mondiale, a aussi construit plusieurs édifices emblématiques de la ville de Rabat en employant le béton comme matériau de prédilection. Parmi eux, on retient notamment le gymnase du stade Foch ou encore l'immeuble Ben Kemoun.

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L’architecture du XXème siècle au Maroc en dix édifices
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