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Tanger-Amendis: La justice condamne 12 manifestants à la prison, l'AMDH monte au créneau

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AMENDIS
Une manifestation contre Amendis à Tanger, en octobre 2015 | Youssef Boudlal / Reuters
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JUSTICE - Au Maroc, le fait de manifester pour réclamer ses droits peut conduire à une condamnation en justice. C’est le cas pour douze citoyens qui ont participé, le 24 octobre dernier à Tanger, à une manifestation pour protester contre la hausse des factures d’eau et d’électricité d'Amendis, la société en charge de la gestion déléguée d'eau, d'électricité et d'assainissement liquide dans la ville du détroit.

Les douze manifestants ont "été condamnés mardi par le tribunal de première instance de Tanger à deux mois de prison avec sursis", nous apprend Me Abdelmounaïm Rifaï, l’un des deux avocats des manifestants mis en cause, également président de la section tangéroise de l'Association marocaine des droits de l'Homme (AMDH), contacté ce jeudi par le HuffPost Maroc.

Rassemblement sans autorisation, insulte d’un fonctionnaire public au cours de l’exercice de ses fonctions et endommagement de biens publics sont les chefs d’accusations qui ont été retenus contre eux.

Violentés durant leur interrogatoire?

Selon l’avocat des 12 condamnés, ces derniers auraient été violentés durant leur interrogatoire par la police. Celle-ci aurait obtenu leurs aveux sous la contrainte.

"Dans un premier temps, ces personnes ont avoué avoir participé à une manifestation organisée sans autorisation. Ils ont aussi avoué avoir contribué aux dégâts enregistrés durant ces manifestations. Mais une fois devant le juge, ils ont tout nié", explique Abdelmounaim Rifaï.

"Effectivement, lorsqu’on a vu les 12 procès verbaux, ils sont tous identiques. Une telle similitude est quasiment impossible, c’est illogique", a-t-il relevé. D’autant plus que durant la manifestation, "il y a eu recours à la violence de la part des forces de l’ordre, un recours non justifié alors que les manifestants marchaient pacifiquement", poursuit l’avocat.

Appel du verdict

"Au lendemain de la prononciation du verdict, l’AMDH a condamné le procès. Nous ferons appel de cette condamnation", a-t-il ajouté.

Du coté du Conseil national des droits de l'Homme (CNDH), en revanche, la précaution est de mise. "Nous avons suivi le procès. Le verdict a été prononcé mardi, mais nous attendons de voir l’écrit du jugement pour l’étudier et comprendre les circonstances du procès avant de nous prononcer", a fait savoir Soulma Taoud, présidente de la commission régionale du CNDH à Tanger, contactée par la rédaction. Et d’ajouter : "Nous n’avons pas reçu de plainte concernant le déroulement du procès".

Tout a commencé en 2011, dans le sillage du mouvement du 20 février. À l’époque, les habitants de Tanger se plaignaient déjà de la hausse des factures d’eau et d’électricité. En juin 2011, Amendis a annoncé plusieurs actions dont le lancement immédiat de la révision du contrat de gestion déléguée. Révision censée permettre, selon la société, une refonte de la structure tarifaire pour une "meilleure adéquation" avec la capacité financière des clients.

Toujours est-il que quatre ans après, rien de concret n’avait encore été fait. Le 3 octobre 2015, une première manifestation des habitants de Tanger a été organisée pour protester contre les factures "faramineuses d'eau et d'électricité" de la société, notamment pour les mois de juillet et août.

Une deuxième manifestation a eu lieu le 17 octobre et une troisième le 24 du même mois. Des milliers de Tangérois avaient alors investi les rues de la ville, une bougie à la main, pour demander le départ de la filiale du groupe français Veolia. Près d’une semaine après, le ministère de l’Intérieur a annoncé dans un communiqué l’ouverture d’une enquête pour examiner les plaintes de plus en plus fréquentes des habitants de la ville du détroit.

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