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Le Maroc doit-il négocier avec l'actuel SG du Polisario?

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KHATRI ADDOUH
Mohamed Abdelaziz, ancien chef du Polisario |
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SAHARA - Vues d'ici, les funérailles de Mohamed Abdelaziz sont celles d'un exilé. Leurs bottes foulant la terre jaunâtre et caillouteuse, les soldats du front Polisario ont accompagné la dépouille de l'ancien secrétaire général du Polisario jusqu'à sa tombe. D'ores et déjà, la question de la succession se posait.

Est-il temps pour le Maroc de négocier directement avec le secrétaire général du Polisario? En tout cas, c'est ce que laisse entendre l'hebdomadaire arabophone Al Ousboue Assahafi. Le motif: Khatri Addouh, qui a hérité de la direction temporaire du Polisario suite au décès de Mohamed Abdelaziz, le 31 mai 2016, a précédemment participé à des négociations – secrètes et informelles – avec le Maroc.

Dispose-t-il, pour autant, de la légitimité requise pour mener des négociations avec le Maroc? Une question qu'Al Ousboue Assahafi élude. Secrétaire général et président intérimaire du front Polisario et de la république proclamée par le front, il ne dispose pas d'une légitimité lui permettant de prendre des décisions aussi stratégiques, qui engagent l'avenir du Polisario. D'autant que Khatri Addouh ne peut présenter sa candidature au poste vacant de SG du Polisario et de président de la RASD proclamée par le Polisario, car interdiction ayant été faite, par l'article 62 de la Constitution du front, au président intérimaire de se présenter candidat au poste vacant.

Guerre de succession

Parmi les noms fréquemment évoqués pour la succession de Mohamed Abdelaziz, figure celui de Bachir Mustapha Sayed. Frère du fondateur du Polisario El Ouali Mustapha Sayed, Bachir dispose d'une légitimité autant à l'intérieur des camps qu'à l'international. Tombé en disgrâce il y a quelques années, il est néanmoins parvenu à effectuer un retour en force ces derniers mois.

Puis vient celui de Brahim Ghali. Actuellement responsable du secrétariat politique du Polisario, il a été ex-ministre et ex-représentant du Polisario à Alger et à Madrid. Puis Mohamed Lamine Bouhali, ex-officier de l’armée algérienne, qui a souvent défendu des positions belliqueuses, et est réputé être un adepte de la diplomatie du bras de fer.

Enfin, Abdelkader Taleb Oumar, actuel premier ministre de la république proclamée par le Polisario, en poste depuis 2003. Une partie de la presse marocaine et algérienne le dit proche d'Alger, et voit en lui le candidat préféré du voisin de l'est.

La menace du retour aux arme: un discours de consommation intérieure

Se focalisant quasi-exclusivement sur les facteurs tribaux et les luttes claniques, la littérature journalistique marocaine sous-estime l'importance de la donne générationnelle, ainsi que le poids des sahraouis résidents à l'étranger, qui pourraient peser, de manière directe ou indirecte, lors du congrès extraordinaire du Polisario. Pourtant, "la donne générationnelle peut devenir la clef d’intelligibilité dans la compréhension des divers positionnements de la population sahraouie par rapport au sujet de la guerre et s’articule avec le contexte migratoire", écrivaient Carmen Gómez Martín et Cédric Omet dans un article consacré aux dissidences au sein du Polisario.

Car "la pression du retour à la guerre, dans le contexte migratoire, vient surtout des sahraouis qui sont dans la trentaine, ceux qui ont une formation éducative de haut niveau et qui travaillent en Espagne ou dans les camps de réfugiés", témoignait auprès des chercheurs un avocat sahraoui formé à Cuba. La revendication du retour aux armes se fonde sur la croyance que la guerre "secouera toute la société sahraouie, en faisant tomber les fruits pourris et en réveillant l’esprit de lutte et de sacrifice", poursuit-il, considérant que "ces jeunes pensent que la guerre est le seul moyen de redresser" le Polisario.

Dans ce sens, il faut saisir les appels au retour aux armes moins comme une menace dirigée contre le Maroc, mais plutôt comme un discours visant à atteindre, par ricochet, des objectifs de politique interne.

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