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Ce que l'on sait de Larossi Abballa, meurtrier des policiers de Magnanville

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TERRORISME – C'était "un bonhomme comme il en pullule dans les dossiers islamistes, imprévisible, dissimulateur", raconte au Figaro le juge Marc Trévidic, ancien vice-président chargé de l'instruction au pôle antiterroriste du tribunal de grande instance de Paris, qui avait mis en examen Larossi Abballa en 2013.

Au lendemain de la mort d'un couple de policiers, lundi 13 juin à Magnanville, dans les Yvelines, le profil et le passé du meurtrier se précise alors que les investigations sont toujours en cours.

Âgé de 25 ans, Larossi Abballa, était originaire de Mantes-la-Jolie. Il avait été condamné en 2013 pour participation à une filière jihadiste entre la France et le Pakistan. C'est à cette occasion qu'il a croisé la route du juge Trévidic.

larossi abballa

"Il voulait faire le jihad, c'est certain. Il s'était entraîné en France non pas militairement, mais physiquement", raconte Marc Trévidic. "À l'époque, à part ses mauvaises fréquentations et quelques joggings pour entretenir sa forme, il n'y avait pas grand-chose à lui reprocher au strict plan des poursuites pénales", poursuit-il.

"Au cours de ses négociations avec le Raid (au moment du meurtre des deux policiers, ndlr), le tueur a indiqué être musulman pratiquant et faire le ramadan", a indiqué le procureur de Paris François Molins au cours d'une conférence de presse mardi. "Il a précisé qu'il avait prêté allégeance trois semaines plus tôt au commandeur des croyants de l'État islamique, Abou Bakr al-Baghdadi. Il a ajouté avoir répondu à un communiqué de cet émir qui demandait, je cite, de 'tuer des mécréants, chez eux avec leur famille'", a ajouté le procureur.

Jugé avec sept autres prévenus en 2013, il avait été condamné par le tribunal correctionnel de Paris à trois ans de prison dont six mois avec sursis pour "association de malfaiteurs en vue de préparer des actes terroristes". Cette filière souhaitait favoriser le recrutement en France, la formation physique et idéologique et l'envoi au Pakistan de jeunes volontaires pour le jihad armé.

"Une attitude très neutre, en retrait"

Un avocat de l'affaire de la filière pakistanaise de 2013, Hervé Denis, a aussi décrit Larossi Abballa:

"À l’audience, il avait une attitude très neutre, en retrait, pas du tout un rôle prépondérant", se souvient encore Me Denis sur 20 Minutes, conseil de Zohab Ifzar, l’un des huit membres de ce qu’il appelle "une équipe pas très organisée, c’étaient même plutôt des pieds nickelés".

Pendant sa détention, Larossi Abballa se fait remarquer par le personnel pénitentiaire pour son "prosélytisme" et ses idées relevant de "l'islamisme radical", a décrit mardi François Molins.

Pourtant, le meurtrier des deux policiers respecte "sans incident" les obligations auxquelles il est astreint. Il justifie "toujours" de sa résidence et de son activité professionnelle.

larossi abballa

Des menaces dans une vidéo postée sur Facebook

Par ailleurs, le tueur avait appelé dans une vidéo à mener de nouvelles attaques, a rapporté le journaliste spécialiste du jihad, David Thomson, qui a visionné l'enregistrement.

"Très calme et souriant", Larossi Abballa "a posté à 20h52 une vidéo en direct sur Facebook (Facebook Live) de 13 minutes dans laquelle il semble lire un message écrit plus tôt", explique David Thomson, journaliste à RFI et auteur du livre Les Français jihadistes.

Sur la page de ce compte ouvert sous le pseudo Mohamed Ali, "il commence son enregistrement en prêtant allégeance à Abou Bakr al-Baghdadi (chef de Daech) puis il s'adresse aux musulmans leur affirmant que le jihad est obligatoire parce qu'il est défensif", poursuit David Thomson.

Il "dit qu'il faut mener des attaques comme l'a demandé le cheikh Abou Mohammed Al-Adnani", porte-parole de Daech, dans un message diffusé peu avant le début du ramadan. Dans cet appel diffusé le 21 mai, Daech appelait à des attaques contre les Etats-Unis et l'Europe pendant le mois du ramadan, qui a débuté le 6 juin.

Filmé à l'intérieur de la maison de ses victimes alors que leur enfant s'y trouve encore, "il dit avoir tué un policier et sa femme". Puis il enjoint "à attaquer des policiers, des journalistes, des personnalités publiques, des gardiens de prison et des rappeurs", poursuit le journaliste, précisant qu'"une dizaine de personnalités publiques" sont citées. "Nous allons faire de l'Euro un cimetière", menace ensuite Larossi Abballa, quatre jours après le début de la compétition.

Puis, "il demande à ses 160 abonnés et plus particulièrement à ses contacts de l'EI de faire le communiqué de revendication de son attaque, ce qui explique la rapide revendication par l'EI via l'agence Amaq", explique David Thomson, qui faisait partie de ses abonnés sans le connaître personnellement.

Toujours sur ce compte Facebook, il a posté des photos de ses victimes, parmi lesquelles une photo du policier en tenue et une autre du corps de cette fonctionnaire du ministère de l'Intérieur. Selon le journaliste, "la vidéo a été vue par 98 personnes avant d'être retirée 11 heures après sa diffusion".

Il aurait crié "Allah akbar"

Le meurtrier a tué lundi soir un policier habillé en civil, devant chez lui, avant de se retrancher au domicile de sa victime à Magnanville dans les Yvelines et d'être abattu lors d'un assaut du Raid. Dans la maison, les policiers ont découvert le corps de sa compagne, secrétaire administrative au commissariat de Mantes-la-Jolie, et retrouvé le fils du couple, âgé de trois ans, "choqué et indemne".

Selon des sources policières, l'homme "s'est revendiqué du groupe jihadiste" durant les négociations avec le Raid. Des témoins ont également rapporté aux enquêteurs qu'il aurait crié "Allah akbar" en attaquant le policier. Quelques heures après, l'agence Amaq liée au groupe jihadiste a affirmé qu'un "combattant de l'Etat islamique" avait tué le couple près de Paris, selon le centre américain de surveillance de sites jihadistes SITE.

Larossi Abballa était aussi impliqué dans une enquête récente sur une filière jihadiste syrienne, a-t-on appris de sources proches de l'enquête, confirmant une information de RTL. Son implication dans cette enquête menée notamment par la sous-direction antiterroriste (Sdat), sous la direction d'un juge d'instruction, n'a pas été précisée. Le suspect faisait également l'objet d'une fiche S, a-t-on appris de source policière.

Le parquet antiterroriste s'est saisi de l'enquête, ouverte pour "assassinats sur personnes dépositaires de l'autorité publique en relation avec une entreprise terroriste", "tentatives d'assassinats sur mineur de 15 ans en relation avec une entreprise terroriste", "séquestration sans libération volontaire en relation avec une entreprise terroriste" et association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste en vue de la préparation de crimes d'atteintes aux personnes", a précisé une source judiciaire.

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