Huffpost Algeria mg

Comment Facebook a changé les pratiques des photographes algériens

Publication: Mis à jour:
ARTISTES FACEBOOK
Nejma Rondeleux
Imprimer

Les cadres ont été décrochés la veille du Ramadhan. Pendant un mois, les photographies venues de Mascara, de Bejaïa, d’Alger et jusqu’aux portes de l’Iran ont peuplé les voûtes de l’espace Sylabs, sous la promenade Zighoud Youcef de la capitale. Pour certains des photographes réunis, c’était leur première exposition. Pour d’autres, l’expérience était déjà connue. Mais tous, montraient leurs travaux pour la toute première fois sous l’identité du collectif "220".

Né il y a quelques mois, le collectif "220" rassemble sept jeunes photographes issus de plusieurs wilayas : Yassine Belahsene, Houari Bouchenak, Awel Haouati, Youcef Krache, Sonia Merabet, Fethi Sahraoui et Abdo Shanan – qui ont comme particularité de s’être rencontrés sur la Toile. "Nous avons d’abord fait connaissance sur Facebook avant de nous connaître physiquement", témoigne Fethi Sahraoui, membre du collectif. "Facebook a joué un rôle très important dans l'émergence du collectif 220 : nous avons lance un groupe privé sur le réseaux social où l’on s’écrit tout ce que l’on a comme idées qui pourraient être développées en projets", souligne ce photographe de 23 ans originaire de Mascara qui nous confie"avoir découvert la photographie grâce à Internet et Facebook".

Une fenêtre vers la reconnaissance

Pour Kaci Ould Aissa aussi, Facebook a été une "véritable école à la photographie". "Ça m’a permis de connaître d’autres photographes sur la place d’Alger et de rencontrer des professionnels très généreux qui n’ont pas hésité à partager leurs savoirs", raconte cet autodidacte de 33 ans, diplômé en génie mécanique. "Facebook m’a offert l’opportunité d’avoir un écho sur mon travail car avant personne ne voyait mes photos mis à part ma famille".

Petit à petit, grâce aux commentaires et critiques, Kaci Ould Aissa, aujourd’hui responsable photo du magazine Dzeriet, progresse et affine sa passion pour la photographie. Jusqu’au jour où sa renommée virtuelle a tellement grimpé qu’il se voit proposer de participer à des expositions. Ses photos du Sahara, de Tamanrasset à Timimoun se retrouvent au salon arabe-européen, à un festival à Londres (Angleterre), etc.

"Il y a une utilisation très précise et concrète de Facebook à travers l’élaboration de réseaux difficiles à atteindre via les réseaux classiques", analyse Samir Toumi depuis son "bureau-galerie" surplombant le Square Port Saïd d’Alger.

Le fondateur de La Baignoire, cet espace hybride entre le cabinet de consulting et la galerie d’art, connaît bien les interstices du réseau social le plus populaire d’Algérie, avec 11 millions d’abonnés, pour le fréquenter assidûment depuis 2009.

C’est d’ailleurs sur la toile qu’il a rencontré les dix photographes de l’exposition "Chawari3 10X10" organisée en février 2015 à la Baignoire. "Leurs photographies, découvertes quotidiennement sur les réseaux sociaux, ont résonné en moi, et m’ont confrontées à mes propres bouleversements et interrogations. Tous les jours, je découvre les travaux d‘autres jeunes photographes se révélant sur le net", écrivait-il en introduction de l’exposition. C’est ainsi qu’il a entrepris de les rassembler pour montrer leurs travaux, tel un "passeur" entre le monde virtuel et réel, comme il se définit.

Un outil de travail

Au-delà de la facilitation des contacts et de l’accès accéléré à des événements, Facebook constitue aussi un formidable outil de promotion pour les artistes. Kaci Ould Aïssa reçoit ainsi régulièrement à travers sa page de photographe des sollicitations pour du travail. "Plus que la vente de photographies, ma page Facebook m’a permis de vendre mes services", déclare le photographe spécialisé dans la photo de presse et de mode. "Des entreprises me contactent pour des reportages et je publie aussi des annonces pour la recherche de modèles en fonction des commandes".

La prochaine étape pour ce photographe passionné, c’est de lancer son site internet. "C’est primordial pour se développer davantage", commente Kaci Ould Aïssa. "Il faut montrer un maximum de professionnalisme pour atteindre le plus grand nombre". Fethi Sahraoui, lui, ne songe pas encore à franchir ce cap. Il travaille pour l’instant avec sa page Facebook et depuis peu avec son compte Instagram créé il y a un an. "Je l'ai ouvert pour pouvoir poster des photos prises par un smartphone", explique-t-il. "Ça a été un tournant dans ma carrière car ça m’a confirmé que ce n’est pas l'appareil photo qui fait le photographe".


Les limites d’un modèle

Au milieu de toutes ces opportunités offertes par les réseaux sociaux et Internet, Kaci Ould Aïssa pointe cependant "un inconvénient" : le vol des photos. "Une fois sur Facebook, il faut savoir que l’image ne vous appartient plus", résume le photographe dont un des clichés "a fait le tour de l’Algérie et a même été peint à plusieurs reprises sans que personne ne sache que c’est moi qui l’ai prise", témoigne-t-il. "Ce n’est pas une question d’argent mais juste de reconnaissance, au moins que le crédit apparaisse" sur la photo, poursuit celui qui se refuse à placer une imposante signature au milieu de l’image car sur les photos de mode et de portraits, "ça gâche tout", juge le jeune photographe. "Et puis de toute façon, même avec ces pratiques répréhensibles, on demeure gagnant", conclut-il avec le sourire.

Retrouvez les articles de HuffPost Algérie sur notre page Facebook.

Pour suivre les dernières actualités en direct, cliquez ici.