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Les investisseurs chinois en Europe: anges ou démons?

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ROBOT
Un robot du fabricant allemand Kuka, convoité par le chinois Midea, fait une démonstration à la foire de Hanovre, le 3 juin 2016 | AFP
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Tantôt sollicités pour sauver des géants industriels en péril comme PSA, tantôt redoutés quand ils affichent de l'appétit pour des groupes comme l'allemand Kuka: les investisseur chinois provoquent des réactions ambigües en Europe.

"Les investisseurs institutionnels chinois disposent aujourd'hui de colossales réserves de change en dollars et ils effectuent des placements en actifs en Europe malgré la perspective de faibles rendements", a expliqué à l'AFP Arie Flack, de la Compagnie financière du Lion, spécialisée dans le secteur de l'énergie.

"Ils sont à la recherche d'un accès à des actifs moins risqués" après avoir privilégié pendant de longues années les investissements dans les pays émergents, aujourd'hui en panne de croissance, a ajouté le banquier. Un "mouvement de fond", selon lui, qui suscite de fortes réactions.

"Je ne suis pas disposé à sacrifier des emplois et des entreprises sur l'autel de marchés européens ouverts!", s'est emporté récemment le vice-chancelier allemand, Sigmar Gabriel, qui ne voit pas d'un bon oeil le rachat du fabricant allemand de robots Kuka par le groupe chinois Midea, à quelques heures du départ d'Angela Merkel pour un voyage en Chine, prévu dimanche.

En France, le président François Hollande est également intervenu publiquement pour défendre AccorHotels face au groupe Jin Jiang, poids lourd hôtelier mondial, qui pourrait monter jusqu'à 29% du capital. "Je suis très attentif à ce que le capital de ce grand groupe à taille mondiale reste diversifié", a-t-il réagi.

A chaque fois que le géant asiatique investit en Europe, il suscite aussitôt de la méfiance, comme lors du rachat cette semaine de club de l'Inter de Milan par le géant Suning ou comme le rachat en Grèce de 67% du port du Pirée par le conglomérat Cosco.

"La qualité de l'investisseur"

Cet appétit du géant asiatique n'est pas prêt de prendre fin. "Aujourd'hui, il n'y a que la Chine qui est en mesure d'investir suffisamment", assure Christopher Dembik, économiste de la banque danoise Saxo Bank. "Dans des cas d'actionnariat minoritaire, il n'y a pas de problématique à avoir un investisseur chinois", a-t-il souligné.

"La récente vague d'investissements n'est pas en soi négative", a renchéri Sebastian Heilmann, directeur de l'institut Mercator d'études sur la Chine à Berlin.

Mais "des questions se posent tout de même: (…) comment se comporter vis-à-vis d'offres de la part d'entreprises publiques chinoises, qui sont dans une situation financière difficile, n'ont pas de modèle convaincant et ne peuvent faire leurs emplettes en Europe qu'au moyen de crédits publics?", a-t-il expliqué, conseillant lui aussi à l'UE et aux gouvernements d'"être très attentifs".

"Ce qui compte, c'est la qualité de l'investisseur", assure une source de la Commission européenne, qui voit dans l'arrivée d'investissements chinois "la preuve que l'UE est un territoire attractif".

Tellement attractif que M. Gabriel appelle Bruxelles à protéger "des secteurs essentiels pour l'avenir de l'économie européenne".

La France avait pris des mesures pour se protéger il y a deux ans lors du rachat de la branche énergie d'Alstom par l'américain General Electric (GE).

Le gouvernement avait alors sorti une arme de dissuasion avec le décret dit Montebourg, du nom de l'ancien ministre de l'Economie, afin de protéger les secteurs industriels stratégiques face à des groupes étrangers.

Ce texte n'a jamais été utilisé, même si Arnaud Montebourg a récemment assuré qu'il aurait pu empêcher l'année dernière l'entrée au capital de l'aéroport de Toulouse d'un consortium... chinois.

"Sur les segments de marché stratégique, je suis partisan d'un Etat qui soit assez protecteur", a admis l'économiste Dembik. "Mais il ne faut pas les effrayer pour autant. Ce sont des investisseurs dont nous avons besoin", a-t-il nuancé.

La preuve: le gouvernement français n'a guère empêché l'entrée du chinois Dongfeng dans le capital de Peugeot en 2014 à un moment où le constructeur français faisait face à d'importantes difficultés.

Au contraire, il s'est même déplacé en Chine pour convaincre ce groupe de se joindre à l'opération. Il est vrai que Dongfeng avait l'avantage d'ouvrir à PSA les portes du marché automobile le plus dynamique au monde et que l'Etat français est aussi entré au capital.

"Le sujet de souveraineté nationale est pourtant plus important quand un groupe investit dans PSA que dans AccorHotels", a toutefois souligné un spécialiste des acquisitions pointant une contradiction des autorités françaises. "Les hôtels ne sont pas délocalisables alors que les usines de voitures le sont", a-t-il prévenu.

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