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Ces femmes veulent être reconnues comme surfeuses, pas comme sex-symbols

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FEMMES SURFEUSES
Ces femmes veulent être reconnues comme surfeuses et non comme sex-symbols | Reuters
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SPORT - La pilule est dure à avaler: en matière de parrainage sportif, les marques ont tendance à mettre davantage en avant les formes des athlètes féminines que leurs performances.

On retrouve ce phénomène dans la plupart des sports féminins, pour ne pas dire tous. La tenniswoman Serena Williams, numéro un mondial, est ainsi moins bien payée par ses sponsors que le numéro 12, Maria Sharapova. Mais cet “écart esthétique” concerne principalement le surf, sport sexiste s’il en est.

Keala Kennelly, l’une des surfeuses les plus extraordinaires, est entrée dans l’histoire en avril en devenant la première femme à remporter le "Barrel of the Year”, décerné par la World Surf League (WSL), devant cinq candidats masculins.

Mais après 22 ans dans le milieu du surf, Keala Kennelly est fatiguée de voir que les surfeuses de talent restent dans l’ombre parce qu’elles n’ont pas le “look mannequin”. Elle indique au Huffington Post Hawaii que les sociétés de surf se plaisent à “présenter les femmes comme des sex-symbols, ce qui est déplacé, car nous sommes d’abord des sportives".

“Cela revient à dire aux jeunes surfeuses que la beauté prime sur la performance."

The ocean is calling #MyBikini @alanarblanchard in the Mirage Colorblock Bikini Photo: @davidmandelbergstudio

Une photo publiée par Rip Curl (@ripcurl_usa) le

L’océan m’appelle #MonBikini @alanarblanchard en bikini Mirage Colorblock Photo: @davidmandelbergstudio

Sans avoir rien demandé, Alana Blanchard (ci-dessus) est incontestablement l’une des principales bénéficiaires de cet “écart esthétique”. Forte de huit sponsors majeurs – dont GoPro, Rip Curl et Rockstar Energy Drink –, elle est généralement considérée comme la surfeuse la mieux rémunérée. Elle n’a pourtant jamais remporté de titre mondial et occupe actuellement la 56e place du WQS (circuit de qualification au Championnat du monde). Pour avoir un ordre d’idée, John John Florence, le surfeur le mieux payé, est classé 13e chez les hommes.

“Tout ce qu’on demande aux hommes, c’est de bien surfer”, ajoute Keala Kennelly. “Les femmes, en plus d’être douées, doivent être très jolies, extrêmement féminines et en dessous d’un certain âge. Nous faisons face à de tout autres exigences.”

On parle davantage de ce problème depuis que Silvana Lima, l’une des meilleures surfeuses professionnelles brésiliennes, a fait savoir, en février, que les compagnies refusaient de la sponsoriser parce qu’elle n’était pas assez jolie.

Les marques “veulent des surfeuses qui soient aussi des mannequins”, souligne l’intéressée, deux fois en lice pour le titre de championne de la World Surf League (WSL). “Quand on n’est pas un top model, on se retrouve sans sponsor, et c’est ce qui m’est arrivé.”

Soyez heureux! 😊

Dans le monde du surf, l’absence de sponsors vous empêche non seulement d’exploiter tout votre potentiel mais peut aussi vous priver de compétition. Si les prix sont dotés de grosses sommes d’argent quand on a intégré le championnat WSL, la plupart des surfeurs ne peuvent se passer du soutien financier de leurs sponsors pour participer aux épreuves qualificatives organisées dans des coins aussi éloignés que Netanya, en Israël, ou Tahara, au Japon. Faute de rassembler les fonds nécessaires, les surfeurs voient l’occasion de se qualifier pour les championnats du monde et de remporter le prix leur passer sous le nez.

Silvana Lima, classée à deux reprises 2e meilleure surfeuse mondiale, a dû se résoudre à vendre sa voiture et sa maison, se rabattre sur l’élevage de bouledogues français et faire appel au financement participatif de ses fans pour effectuer ses voyages. Johanne Defay, nouvelle venue française de 22 ans qui a fini dans le top 8 en 2015, a bénéficié du soutien financier de Jérémy Florès, actuellement 23e du classement hommes de la WSL.

Haha thanks @hurley_lahaina for having me today 😋

Une photo publiée par Carissa Moore (@rissmoore10) le

Haha merci @hurley_lahaina de m’avoir invitée aujourd’hui 😋

L’écart entre surfeuses “mannequins” et surfeuses “bien classées” étant de plus en plus manifeste, certaines sportives ont pris position. Après avoir remporté un titre mondial en 2014, Carissa Moore a décidé de s’attaquer frontalement à ce sujet avec une lettre ouverte à l’industrie du surf dans laquelle elle revendique le droit pour toutes les surfeuses, et pas seulement les plus “sexy”, d’être représentées.

“La sexualisation de notre sport menace de nous faire perdre toute crédibilité”, a-t-elle écrit.

Si Carissa concède que les “petits bikinis” d’Alana Blanchard ont permis au surf de toucher un public plus large, cette dernière devrait aussi être reconnue comme une athlète à part entière. L’industrie devrait comprendre que chacune des femmes présentes sur le championnat possède ses propres “facteurs X” auxquels peuvent s’identifier toutes sortes de filles.

“Je vais privilégier l’approche sportive”, a-t-elle indiqué, en ajoutant que si celle d’Alana Blanchard n’est pas mauvaise, elle ne lui correspond pas. “Je trouve idéal que chacune de nous s’adresse à un public différent. C’est fantastique pour notre sport.”

Vendre autrement qu'avec le sexe

La stratégie de Carissa semble fonctionner. Actuellement 3e surfeuse mondiale, elle est sponsorisée par Red Bull, Hurley, Niket, Garget, les rasoirs pour femmes Schick, les caméras 360Fly et Lost Surfboards.

Pour Neil Ridgway, responsable du marketing chez Rip Curl Global, il est essentiel que tous les surfeurs, hommes et femmes, figurent en bonne place dans la compétition et jouissent d’une influence certaine sur leurs fans s’ils veulent obtenir un parrainage. Étant donné que l’objectif, pour une marque de surf, est de vendre ses produits, il est logique que des sociétés telles que Rip Curl s’engagent dans le parrainage de sportifs susceptibles d’attirer l’attention du plus grand nombre.

Mais, de plus en plus, des sportifs comme Carissa démontrent qu’on peut vendre autrement qu’avec le sexe. Carlo Cavallone, directeur de la création de l’agence de pub 72andsunny, indique au Huffington Post Hawaii que le modèle existant “repose sur une idée reçue selon laquelle le public sportif par excellence est composé de types bas du front qui se fichent pas mal de ce que les femmes peuvent vraiment apporter au sport”.

Son agence a décidé d’axer la publicité de Samsung pour le parrainage de la WSL sur le lien culturel profond qui unit le surf à ceux qui l’aiment plutôt que d’essayer, une fois de plus, de vendre du sexe. La vidéo, sortie l’été dernier, met en scène des communautés de surfeurs très variées, dont des femmes souriantes vêtues de hijabs qui vont à l’eau planche sous le bras.

C’est une bouffée d’oxygène, surtout quand on la compare à la pub Roxy de 2013 dans laquelle on voyait un corps de femme (celui de Stephanie Gilmore, cinq fois championne du monde) se déshabiller et se doucher. La caméra filmait ensuite ses fesses tandis qu’elle ramait dans l’océan.

Mais le nombre de visionnages sur YouTube pourrait nous donner une raison d’espérer. Mercredi 11 mai, la pub Samsung avait été vue plus de 5 millions de fois, soit 3 millions de plus que celle de Roxy. La surf culture, avec tout ce qu’elle comporte de passion et de valeurs, fait donc peut-être vendre.

Cet article, publié à l’origine sur le Huffington Post américain, a été traduit par Catherine Biros pour Fast for Word.

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