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Au Maroc, on perpétue les pires clichés sur les femmes de ménage

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ALLOMAISON
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SOCIÉTÉ - Même si nous sommes en 2016, force est de constater que la publicité contribue à perpétuer les clichés sur la femme. Un peu partout dans le monde, de nombreuses réclames sont pointées du doigt parce qu'elles renvoient une image négative de la femme associée à diverses corvées domestiques. Si la télévision est le média qui cristallise le plus de tensions autour de ce fléau, le web marocain regorge de clichés dégradants.

Un tour sur le site et la page Facebook d'Allomaison, une entreprise de services à la maison, suffit pour en avoir le cœur net. Ici, les femmes marocaines mises en avant ont toutes le même profil. La cinquantaine, souriantes, et issues du milieu rural. Un coq entre les mains ou en train de tendre de l'herbe fraîchement cueillie vers l'objectif de l'appareil photo. Sans parler des photos d'illustration récupérées sur Google. On y voit des jeunes femmes, l'air hilare, gants sur les mains et pouces levés.

Une image dégradante de la femme qui se retrouve aussi dans les textes présentant les prestations offertes par les employées d'Allomaison: "Les cuisinières Allo Maison propres et expérimentées vous concoctent a vous a votre familles (sic) des petits plats hors paire" (re-sic). Le site précise que le client aura le droit de choisir entre une femme de ménage "marocaine" ou "sénégalaise".

Une situation délicate pour les employés de maison

Ce type de publicité fait tristement écho au travail domestique qui est, aujourd'hui encore, loin d'être une sinécure au Maroc. Les employés domestiques, qu'ils soient marocains ou étrangers, travaillent la plupart du temps sans contrat de travail ni couverture sociale. Sans compter la multiplication des tâches auxquelles certains employés doivent faire face, pour un salaire souvent bien inférieur au SMIG.

Récemment, un projet de loi portant sur le travail domestique visant à mettre fin à cette situation a été adopté. Il comporte notamment des dispositions obligeant les employeurs à contractualiser les employés domestiques et à fixer leur salaire minimum. Un projet de loi néanmoins critiqué concernant le travail des "petites bonnes", autorisées à travailler dès 16 ans.

"Une solution svp pour cette odeur indésirable de sénégalaises"

En avril dernier, l'Association lumière sur l'émigration au Maroc (ALECMA) tirait la sonnette d'alarme au sujet des conditions de travail des femmes subsahariennes au Maroc, qui font état de violences et de propos racistes à leur encontre. Le mot "âabid" (esclave) revient souvent dans la bouche des employeurs, selon les témoignages recueillis par l'ALECMA.

Et c'est bien d'un racisme primaire dont il est question ici. Un comportement généralement manifesté à l'abri des regards, mais qui déborde parfois dans la sphère publique. En 2014, une Marocaine avait suscité la polémique après un message publié dans un groupe Facebook destiné aux employées de maison: "Une solution pour cette odeur indésirable des sénégalaises". Ce à quoi une autre jeune femme avait répondu "Moi, c'est à cause de l'odeur que je ne les ramène plus".

Des propos qui n'avaient pas manqué de susciter la colère des internautes, choqués d'un racisme aussi décomplexé. La jeune femme à l'origine de la question s'était par la suite platement excusée. Et avait tenté de se justifier en écrivant qu'elle était enceinte au moment où elle avait posté le message. Elle était donc "terriblement sensible à toute sorte d'odeurs".

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