Huffpost Maroc mg

Hillary Clinton revendique sa victoire dans les primaires démocrates, mais c'est maintenant que ça devient vraiment délicat avec Sanders

Publication: Mis à jour:
HILLARY CLINTON
C'est maintenant que ça devient délicat pour Clinton avec Sanders | Lucas Jackson / Reuters
Imprimer

ÉTATS-UNIS - L’équipe de campagne d’Hillary Clinton a commencé à montrer des signes d’agacement à l’égard de Bernie Sanders (sénateur non-inscrit du Vermont), l’exhortant à relâcher la pression de sa propre campagne et de trouver une issue paisible, face à la perspective quasi certaine que sa rivale emporte un nombre de délégués suffisant pour s’assurer la nomination démocrate.

Cet agacement ne tient pas tant au fait que Bernie Sanders se soit maintenu dans la course jusqu’à aujourd’hui malgré le discours de victoire de l'ex-first-lady -sur ce point, les soutiens d’Hillary Clinton sont unanimes sur le fait qu’il est dans son bon droit- mais plutôt qu’il continue à égratigner sa rivale démocrate, alors qu’il aurait pu lui offrir un basculement plus facile vers l’élection présidentielle proprement dite.

Bernie Sanders continue d'attaquer Hillary Clinton...

La semaine dernière, Bernie Sanders a attaqué Hillary Clinton sur son vote en faveur de la guerre d’Irak, alors qu’elle venait tout juste de prononcer un discours qui avait été très largement reçu comme une critique cinglante de Donald Trump en matière de politique étrangère. Le sénateur s’est ensuite interrogé sur les dons consentis par l’Arabie Saoudite à la Fondation Clinton, un sujet qui constitue du pain béni pour les conservateurs, mais que Bernie Sanders avait jusqu’alors évité.

L’agacement du camp Clinton porte aussi sur les interrogations répétées de Sanders sur les motivations et le sens éthique de la candidate, interrogations qui font généralement suite à des tentatives de séduction, de la part de l’ancienne première dame, à l’égard de donateurs républicains ou issus de grandes entreprises révulsés par Donald Trump. Dans ce que Bernie Sanders estime être une compromission morale, les conseillers de Clinton voient simplement du pragmatisme politique.

“Si Bernie Sanders ou ses soutiens pensent que la recette du succès de l’Amérique consiste à tailler en pièces tous ceux qui ne sont pas d’accord avec vos opinions, alors je ne vois pas quelle est la différence entre cette attitude et celle de Donald Trump, et je ne pense pas qu’une seule personne dans le camp de Bernie Sanders soit justement comparable à Donald Trump”, nous a déclaré Joel Benenson, stratège en chef de la campagne Clinton. “Je pense qu’ils croient que nous avons le devoir d’améliorer la vie des gens, et c’est la raison pour laquelle Bernie Sanders affirme que nous devons tout faire pour barrer la route à Donald Trump.”

... et le camp Clinton commence à s’inquiéter

A certains égards, les griefs de Joel Benenson reflètent une inquiétude largement partagée parmi les démocrates, selon laquelle la large fenêtre qui doit permettre de s’attaquer à Donald Trump est en train de se refermer. En avril, David Plouffe, qui fut le directeur de la première campagne de Barack Obama, a souligné que ce serait un “cas d’école de faute politique grave” si Clinton attendait le 8 juin et le vote des derniers Etats dans les primaires pour lancer sa campagne pour l’élection présidentielle proprement dite.

A n’en pas douter, la candidate a cherché à s’éviter cette automutilation: son équipe de campagne a déjà commencé à élaborer une stratégie à l’échelle nationale pour l’automne, indique un de ses conseillers. Mais nombreux sont ceux qui espéraient qu’elle aurait, à ce moment critique, et encore plus lors de la convention de juillet, largement dépassé les incertitudes liées à une base mécontente.

Les remarques de Joel Benenson sont néanmoins d’une rare franchise. Un consultant du camp Clinton affirme que le plan consiste à “continuer d’être patient” vis-à-vis de Bernie Sanders, en insistant sur un message positif tout en sous-traitant les contenus plus virulents à des seconds couteaux, comme Hillary Clinton elle-même a pu le montrer ce lundi.


"'Nous devons rester unis pour aller à la convention, et en sortir ensemble pour affronter Donald Trump', dit Clinton aux journalistes en Californie."


Ses conseillers ne pensent pas non plus que le drame de la primaire s’étirera jusqu’à la convention, et estiment que les rumeurs, dans les sphères Sanders, d’une épreuve de force à Philadelphie, lieu du rassemblement démocrate, relèvent de la fanfaronnade.

“Je compte prendre au mot le sénateur Sanders, quand il dit qu’il veut contribuer à battre Donald Trump, et je pense que le sénateur Sanders sait que la manière d’y parvenir passe par l’unification du parti démocrate. S’ils ne sont pas sur cette ligne, ce serait une surprise, car les enjeux sont assez considérables.”
Joel Benenson, stratège en chef du camp Clinton.

La pression mise sur Bernie Sanders augmentera certainement après ce mardi. Le New York Times indique que Barack Obama est impatient de se jeter dans le grand bain pour s’attaquer à Donald Trump, vraisemblablement dans un rôle de porte-flingue pour Hillary Clinton. Dans les centres du pouvoir à Washington, un conseiller confirme que le leadership démocrate compte redoubler d’efforts pour convaincre Bernie Sanders de trouver une porte de sortie honorable, et mettre fin au processus des primaires cette semaine.

Face à elle, Sanders compte bien poursuivre sa campagne...

Il faut en plus compter avec l’aspect mathématique des primaires. Ce mardi soir, Hillary Clinton a acquis une majorité de pledged delegates, ces grands électeurs choisis lors des primaires qui ne peuvent voter que pour le candidat pour lequel ils ont été élus. Même si ça ne lui garantit pas de décrocher la nomination, étant donné qu’il faut aussi tenir compte des superdélégués -les élus du parti démocrate au Congrès et autres caciques du parti, qui sont tous libres de leur choix lors de la convention-, les scrutins permettent de lever un obstacle psychologique et crucial.

A ce moment critique, l’argument de Bernie Sanders selon lequel les superdélégués ne devraient pas soutenir Hillary Clinton mais plutôt suivre la volonté des électeurs n’a même plus d’effet sur le plan théorique. Et même ses compatriotes idéologiques du Sénat -dont la sénatrice démocrate du Massachussetts Elizabeth Warren et le sénateur démocrate Jeff Merkley de l’Oregon- ont déjà affirmé qu’ils étaient opposés à une telle issue.

En privé, les conseillers de Bernie Sanders affirment qu’il n’est pas d’un optimisme aveugle face à la tâche à accomplir et au chemin à parcourir. Mais comme le candidat lui-même l’a laissé entendre lundi, il sera plus enclin à poursuivre la route s’il obtient ne serait-ce qu’un résultat honorable lors de la primaire de Californie (résultat en cours de dépouillement).


"Sanders ajoute qu’il fera "certainement" campagne à Washington DC avant le scrutin qui doit s’y dérouler à la mi-juin"


Ces mêmes conseillers avertissent que les efforts qui visent à l’inciter à se retirer de la course -que ces tentatives soient réelles ou seulement perçues- ont toutes les chances de se retourner contre leurs auteurs.

...et il faudra plus de carottes que de bâtons pour l'arrêter

“Il ne doit rien à personne. Aucun financier ne sera contrarié [s’il reste en course]; aucun financeur ne sera contrarié, parce que ce n’est pas le fondement de sa candidature”, affirme un proche conseiller de Bernie Sanders. “Il a bâti quelque chose à partir de rien... Et ça peut être utilisé dans un objectif sain. Mais pour que ça se passe comme ça, il faut qu’il sente qu’on le traite avec respect. Si on essaie de le pousser à faire quelque chose, c’est la mauvaise approche.”

De fait, il existe relativement peu de moyens de pression sur le candidat Bernie Sanders: il n’a rejoint le parti démocrate que récemment et peut s’appuyer sur un appareil de collecte de fonds qui est indépendant des donateurs traditionnels du parti. En conséquence, il faudra probablement plus de carottes que de bâtons pour obtenir une sortie en douceur des primaires.

Le parti a déjà eu quelques difficultés à assurer cet équilibre. Néanmoins, une décision récente du Democratic National Committee (la direction nationale du parti), visant à accueillir plusieurs candidats proposés par Bernie Sanders pour constituer le comité chargé d’élaborer la plateforme démocrate, a pu être bien perçue.

Et il en a été de même du récent discours d’Hillary Clinton qui taillait en pièces Donald Trump. Même si Bernie Sanders y a répondu par une pique visant son vote en faveur de la guerre d’Irak, ses conseillers ont été impressionnés par la capacité de sa concurrente à rabaisser le candidat républicain et à rassurer les superdélégués.

“Je pense que ça l’a aidée”, affirme le conseiller de Sanders déjà cité. “Je ne pense pas qu’un discours seul soit suffisant pour faire basculer un Etat comme la Californie, [mais] c’était un discours qui visait à rassurer le public qui compte le plus pour elle, à savoir les gens vont au final décider de la nomination. Elle l’a prononcé, et il a été bien reçu.”

Cet article, initialement publié sur le Huffington Post Etats-Unis, a été traduit de l’anglais par Mathieu Bouquet.