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Ce qui cloche dans le déjà-vu du feuilleton de "Nouria et les barbus"

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BENGHEBRIT
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Nous avons, une fois de plus, échoué, à organiser correctement des examens du baccalauréat et le régime, ses opposants et les médias nous proposent du déjà-vu, un crêpage de chignon où les rôles sont campés de manière classique.

Le vieux couple des "conservateurs et des moderniste", des "islamistes et des laïcs" qui s’offrent un petit concentré d’échanges aigres, un vieux plat repassé de la diversion faussement idéologique.

Nouria Benghebrit nous est donc proposée par les modernistes présumés comme une héroïne de la modernité faisant face à un complot ourdi par les islamo-machins qu’il faut défendre tête baissée, sans même s’arrêter au détail et encore moins de faire un inventaire.

Même Louisa Hanoune, objet d’une odieuse campagne de la télévision du clan présentement (ou en apparence) dominant, un condensé de journalisme de bas étage, se "retrouve" dans son vieux rôle : elle a enfin la "bonne ministre" du gouvernement à défendre, la bonne wazira contre les méchants vizirs, contre les islamistes et les "comploteurs" à l’identité indéfinie.

Et pour que la mauvaise pièce fonctionne plus ou moins bien, les islamistes n’ont donc pas raté l’occasion de pourfendre une ministre qu’ils accusent de toucher les constantes voire de vouloir nuire à la langue arabe.

Et enfin, il y a les médias (on a même des télévisions offshore qui se sont installées avec agrément et tout le bazar) sans qui cette comédie politique rance et déjà-vu passerait inaperçue.

Que retenir quand on ne veut pas se laisser embobiner l’esprit par ces diversions et encore moins par ces sommations à défendre ou à condamner "l’héroïne" du jour ? Qu’il y a eu, une fois de plus, des sujets du baccalauréat qui ont été fuités. Voilà le fait !

Un ministre normal dans un pays normal ça démissionne

C’est un échec. Pas seulement de Benghebrit, même si dans un pays "normal", un ministre "normal" démissionne quand son administration s’avère incapable de réaliser l’objectif proclamé d’un bac sans fraude.

Ceux qui nous somment d’entrer dans la pièce "Nouria face aux barbus" auraient, on n’en doute pas un instant, trouvé normal qu’un ministre de l’éducation présumé conservateur remette le tablier. Cela ne relève pas d’un jugement sur la personne, mais une démission fait partie d’un minimum d’éthique politique, une pédagogie élémentaire en direction de la structure pour signifier que ce qui s’est passé est grave et que cela ne doit pas passer comme une banalité.

Si Mme Benghebrit n’est défendue -ou combattue- que pour des raisons idéologiques présumées, on fausse le débat sérieux sur le système éducatif, sur la perte de compétence de la technostructure de l’Etat.

Le constat à faire, sans parti pris idéologique, est que l’Etat algérien avec ses dépendances, ses services et ses bureaucrates ne sait plus faire aujourd’hui les tâches qu’il accomplissait correctement il y a 20 ans. L’effet d’entropie dans tout son éclat pendant qu’on fait semblant de croire que ça marche, que tout va, comme le roi nu du conte d’Andersen.

On sort des fumisteries idéologiques quand on aborde la question sous cet angle, ce n’est ni affaire de langue, ni de constante, c’est un problème de compétence. Cela vaut pour l’éducation nationale comme pour le reste des secteurs.

Le complot invisible

Un vieux militant aujourd’hui disparu avait coutume de dire dans une boutade que la part du "complot" dans ce qui arrive en Algérie est marginale alors que le complot invisible car banalisé réside dans l’affaissement généralisé de la compétence nationale.

Quand on fait face à des fuites généralisées des sujets du bac, il est incongru d’invoquer la laïcité, la modernité ou encore l’islam ou les constantes. Il faut plutôt s’interroger sur les raisons qui favorisent ce cynisme ambiant où la triche régulière (élections, business) est devenue banale. Le secteur de l’éducation n’y échappe pas, peu importe qu’à sa tête se trouve Nouria ou Ali.

Il y a trois ans déjà, des candidats au bac qui n’ont pas trouvé le sujet de philo à leur goût ont provoqué des mini-émeutes dans les centres d’examen. Il y avait matière à réflexion philosophique sur les raisons qui poussent des apprenants à contester un processus classique d’évaluation des connaissances.

Les examens ont toujours été une épreuve et on s’y prépare. C’était ainsi il y a deux décennies ou trois. Nul ne trouvait à y redire, on apprend qu’on a des efforts à faire et que l’on doit apporter la preuve que l’on mérite de passer à un autre palier.

Que s’est-il passé pour aujourd’hui des lycéens ou des étudiants regardent les enseignants qui les évaluent à la juste valeur, sans complaisance, comme des obstacles ?

"Et puis quoi, cette moyenne, vous ne la donnez pas de votre poche" s’est entendu dire un enseignant à l’institut des langues étrangères par un étudiant qui a rendu une feuille pratiquement blanche. La moyenne est un "droit", le travail n’a rien à voir, laissez passer… Et, ce n’est pas un secret, pour un enseignant qui reste intraitable, il y a beaucoup d’autres qui ne sont pas regardants et qui se disent "après tout, je ne la donne pas de ma poche, cette moyenne".

Peut-être faut-il interroger l’exemplarité de l’Etat, de ceux qui en ont la charge, les pratiques tolérées, les manquements à la loi qu’il permet, la corruption dans les affaires, les commissions dans les contrats. L’école n’est pas isolée de ce qui se passe dans le pays, elle est à son image. Et il faut s’inquiéter car elle censée être l’image de son futur.

Ahmed Ouyahia, secrétaire général du RND a dénoncé la fraude au bac, cela a fait beaucoup rire sur les réseaux sociaux. Le RND avait été créé le 21 février 1997. Le 5 juin 1997, il a remporté les élections législatives et gagné le titre de "parti né avec des moustache"s.

Le RND dénonce la fraude… Oui, on ne peut pas s’empêcher de rire. Cela nous manquait dans le déjà-vu du feuilleton de Nouria et les méchants.


Cet article a été initialement publié sur le site LIBRE ALGERIE. Nous le publions avec leur aimable autorisation
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