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Enseignement: Quand la France arabise, le Maroc francise

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ENSEIGNEMENT - D’un côté, le Maroc. De l’autre, la France. Deux approches de la modernisation de l’enseignement en tête-bêche. Au moment où on débat dans l’Hexagone de l’entrée dans les programmes scolaires de langues étrangères dont l’arabe, le Maroc renforce l’enseignement en français de certaines matières dans les lycées. C’est un paradoxe souligné par l’historien et journaliste français Benoît Rayski.

Critiquée, Najat Vallaud-Belkacem veut officialiser une vieille recette

Grand chantier de la ministre française de l’Education nationale, la Franco-marocaine Najat Vallaud-Belkacem, l’introduction de la langue arabe à l’école en tant que deuxième langue vivante fait polémique avant même son entrée dans les programmes scolaires. Considérée comme une langue d’origine au même titre que l’allemand, l’italien ou encore l’espagnol, son appellation devrait se transformer en "langue étrangère".

"Nous avons décidé, dans notre réforme éducative, de faire en sorte qu’on commence plus tôt l’apprentissage des langues vivantes étrangères. C’est ce qui nous a conduits à faire commencer, à partir de l’année prochaine, la langue vivante 1 dès la classe de CP et la langue vivante 2 dès la classe de cinquième. […] Et, deuxième point, diversité de l’offre de l’enseignement de langues étrangères. Oui, l’arabe pourra être enseigné dès la classe de CP, dès lors qu’on aura les moyens humains de le faire", avait expliqué la ministre française.

Mais les pourfendeurs de la réforme reprochent à la ministre de vouloir arabiser les programmes scolaires et participer à la promotion du communautarisme. Fin mai à l’Hémicycle, lors d’une séance de questions-réponses au gouvernement, la députée LR Annie Genevard s’était attirée une verte réponse de la ministre française pour avoir fait le parallèle entre langue arabe et communautarisme. Pourtant, l’introduction de la langue arabe à l’école publique française ne ferait que remettre au goût du jour une vieille directive européenne.

Dans les années 70, l’UE prend la directive ELCO (Enseignements de langue et de culture d’origine). Celle-ci permet aux pays membres de l’UE de signer des accords avec des pays comme le Maroc, l’Espagne, la Tunisie, la Serbie, la Croatie, l’Algérie, le Portugal, la Turquie et l'Italie.

Pour permettre aux enfants d’immigrés de conserver le lien culturel avec leurs pays d’origine, les accords sollicitaient, des neuf pays, l’envoi d’un professeur de leur langue. Les cours étaient cependant dispensés hors des heures conventionnelles de cours et sur demande des parents. La directive ELCO est toujours en vigueur et Najat Vallaud-Belkacem ne fait que l’officialiser en oeuvrant à l’entrée des langues étrangères dans les écoles publiques.

Maroc: fin de l’arabisation, place à la francisation

Au Maroc, après trente ans d’arabisation, le conseil des ministres du 10 février 2016 à Laâyoune avait donné un coup de pied dans la fourmilière en validant la mise en place de l’enseignement des matières scientifiques et techniques en français. Bien avant cette décision, le ministre de l’Education Rachid Belmokhtar a porté à bout de bras le projet de l’introduction du français dans les écoles marocaines.

Présenté comme un pan de son projet de sauvetage de l’école publique marocaine, le projet de l’introduction du français dans l’enseignement au Maroc s’est heurté à l’hostilité des enseignants de la langue arabe. La Coalition nationale pour la langue arabe avait vu dans l’introduction du français une "menace réelle pour la sécurité pédagogique et linguistique (…) un dénigrement des valeurs des Marocains et un projet qui va à l’encontre des textes de la Constitution".

Par ailleurs, la réforme Belmokhtar a reçu une volée de bois vert de la part de l’actuel gouvernement. Mieux (ou pire, c’est selon), le chef du gouvernement, Abdellilah Benkirane, avait endossé le costume de défenseur de la langue arabe et n’avait pas hésité à tacler publiquement son ministre de l’Education. Lui emboitant le pas, des ténors du parti de la lampe ont critiqué le ministre de l’Education, annonçant même l’existence d"un lobby francophone" qui exercerait son emprise sur l’enseignement au Maroc.

Mais peut-on vraiment parler d’une francisation des programmes marocains? Pas si sûr, puisque l’enseignement du français s’est installé dans les écoles privées marocaines depuis longtemps. Dans les écoles publiques, en dépit de l’immense partie de l’enseignement donnée en arabe, le français y était enseigné en tant que langue secondaire. De plus, la réforme Belmokhtar ne concerne, pour le moment en tout cas, que les matières techniques et scientifiques. Les matières telles que la géographie, l’histoire et l’éducation civique continuent de se faire en arabe. Il semble que le Maroc ait plus tôt opté pour le moment pour un modèle hybride.

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