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Sur ces magnifiques photos, des petits réfugiés mettent en scène leur histoire et leurs rêves

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ENFANTS REFUGIS
En collaboration avec Save the Children et Pearson, le photographe Patrick Willocq a imaginé une série de photos mettant en scène des enfants réfugiés syriens et burundais. | PATRICK WILLOCQ/ SAVE THE CHILDREN
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RÉFUGIÉS - Tels des enfants présentant un spectacle scolaire, des petits réfugiés du Burundi et de Syrie ont reconstitué, sur une scène de fortune, le moment où ils ont quitté leur pays natal. D’autres se sont déguisés pour incarner le métier de leurs rêves.

Ces images colorées sont issues d’un projet photo de trois mois mené par le photographe français Patrick Willocq, sous la houlette de l’organisation caritative internationale Save the Children et de l’éditeur anglais Pearson, spécialisé dans l’éducation, afin de souligner la condition dramatique des enfants réfugiés. Frustré de voir que les principaux médias se bornent à publier des photos n’exprimant que détresse et désolation, il a décidé de laisser les enfants raconter leur propre histoire.

“Je me suis dit que ces tranches de vie aideraient le monde à prendre conscience de la situation extrêmement complexe que vivent les enfants réfugiés”, déclare le photographe au Huffington Post. “L’idée, c’était d’être à l’écoute des enfants qui ont vécu ces histoires, de les faire participer à la création des décors et de mettre en scène leur vie et leurs désirs.”

enfants refugies
Environ 40 000 petits Burundais vivent dans le camp de réfugiés de Nyarugusu, en Tanzanie. Au cours des dernières décennies, des dizaines de milliers de leurs compatriotes ont fui la violence et l’instabilité politique de leur pays.

M. Willocq a photographié des enfants burundais du camp de Nyarugusu, en Tanzanie, et des enfants syriens des populations réfugiées qu’abrite la vallée de la Bekaa, au Liban. Avec la participation d’artistes locaux et de bénévoles, il a aidé les petits à fabriquer les décors à partir de ce qu’ils trouvaient sur place.

“Je voulais un rendu artistique coloré, naïf et surréaliste qui participe à la dédramatisation des histoires, pour que le public ne soit pas découragé par la rudesse du propos”, explique-t-il.

Selon Save the Children, quelque 40.000 enfants vivent dans le camp de Nyarugusu, qui compte plus de 140.000 réfugiés, ce qui en fait le camp le plus bondé du monde, indiquait le Haut Commissariat aux réfugiés (HCR) en début d’année.

Ils sont en majorité originaires du Burundi. Des dizaines de milliers de personnes ont fui le pays depuis que cette ancienne colonie belge, indépendante depuis 1962, a sombré dans la violence et l’instabilité politique. L’an dernier, le président, Pierre Nkurunziza, a fait part de son intention de briguer un troisième mandat, ce qui, selon de nombreux citoyens, est contraire à la constitution. Cette nouvelle a poussé d’autres vagues de Burundais à l’exode, pour échapper à la violence qui vise les manifestants.

Lundi 23 mai, le nombre de réfugiés dépassait les 260.000, selon le HCR. Ils ont pour la plupart fui vers la Tanzanie, le Rwanda et l’Ouganda voisins.

Sur les 30 millions de réfugiés de moins de 18 ans dans le monde, 3 millions ne sont pas scolarisés

Patrick Willocq a également séjourné dans la vallée de la Bekaa, à la frontière syrienne, qui accueille plus de 365 000 réfugiés, dont 190 000 enfants (plus d’un million de réfugiés vivent au Liban, soit un cinquième de la population totale).

En mars, le conflit sanglant qui fait rage en Syrie et qui a entraîné l’exode de plus de 4,8 millions de réfugiés, est entré dans sa cinquième année. On compte également plus de 6 millions de déplacés à l’intérieur du pays, et près de 500 000 morts et blessés.

Si l’on en croit Save the Children, 30 millions de réfugiés à travers le monde ont moins de 18 ans. Parmi ceux-ci, les 3 millions qui n’ont pas accès à l’éducation constituent des cibles privilégiées pour le travail des enfants, le mariage forcé, le trafic d’êtres humains, voire la radicalisation, écrivait l’ex-Premier ministre Gordon Brown, envoyé spécial des Nations unies pour l’éducation, dans un message publié sur le blog du WorldPost.

Mon souhait pour l’avenir, c’est de trouver un endroit où je me sente chez moi et où je puisse vivre en paix. — Une fille du camp de réfugiés de Nyarugusu, en Tanzanie

Même après avoir fui leur pays, les enfants que l’on voit sur ses photos sont confrontés à l’exploitation, aux dangers et aux difficultés. En échange de journées de douze heures d’un travail éreintant, ceux du camp de réfugiés d’Anjar, au Liban, n’ont droit qu’à 3 $ pour aider leur famille.

Une adolescente de 15 ans du camp de Nyarugusu a peur d’être attaquée lorsqu’elle le quitte pour la corvée de bois. “Mon souhait pour l’avenir, c’est de trouver un endroit où je me sente chez moi et où je puisse vivre en paix, sans tous ces problèmes”, dit-elle.

Un New Deal des enfants déplacés

Avec ces photos, Save the Children souhaite attirer l’attention sur son programme New Deal for Every Forcibly Replaced Child ("Un New Deal pour les enfants déplacés"), qui plaide pour une meilleure protection des enfants réfugiés et une amélioration de leurs conditions d’accès à l’éducation. Des représentants de l’organisation caritative assistaient la semaine dernière au Sommet humanitaire mondial d’Istanbul parrainé par les Nations Unies dans l’espoir de mobiliser des soutiens financiers et logistiques.

Les résultats de cette rencontre au sommet, visant à discuter des améliorations à apporter au système humanitaire mondial, demeurent incertains. La chancelière allemande, Angela Merkel, a été la seule dirigeante d’un pays du G7 à honorer ce projet de sa présence. Médecins sans frontières s’en était désolidarisé ce mois-ci après l’avoir qualifié de “cache-misère pétri de bonnes intentions” tandis que l’ONG Oxfam exprimait sa crainte que ce sommet ne soit qu’un "coûteux débat d’idées".

Les photos de Willocq sont disponibles ci-dessous. Tous les noms ont été modifiés pour préserver l’anonymat des enfants.

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Cet article, publié à l’origine sur le Huffington Post américain, a été traduit par Catherine Biros pour Fast for Word.

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