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La mort d'Harambe est plus complexe qu'un gentil gorille face aux méchants parents

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GORILLE ZOO
Un enfant est tombé dans l'enclos d'un gorille au zoo de Cincinnati aux États-Unis le 28 mai 2016 | Capture Twitter / Amber Soler
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ANIMAUX - Une enquête a été ouverte ce mardi 31 mai pour comprendre comment un petit garçon avait pu aller dans l'enclos du gorille du zoo de Cincinnati. Défaut de négligence des parents? Manquement de sécurité de la part du zoo? Pour l'instant, difficile de faire la lumière sur ce fait divers qui a amené à la mort du gorille Harambe dimanche 29 mai.

Sur Internet, les coupables sont tout désignés, ce sont évidemment les parents du petit garçon. "Ce magnifique gorille a perdu la vie parce que des parents ne surveillaient pas leur enfant" peut-on lire sur la page de la pétition de Change.org qui demande à ce que les parents soient tenus pour responsables. Lancée le jour de la mort du gorille, cette pétition a déjà récolté plus de 300.000 signatures en deux jours.

Mais, résumer cette affaire à une histoire de gentil gorille et de méchants et négligents parents est réducteur. Ce fait divers interroge surtout notre rapport aux animaux et la place que nous avons décidé de leur laisser dans notre société.

"Justice for Harambe"

Le retentissement de cette affaire sur Internet n'étonne pas Anne Simon, chargée de recherches à l'EHESS et qui a travaillé sur les questions d'éthique animale et de représentation des animaux dans la littérature interrogée par Le HuffPost. "On agit comme si ce gorille était un humain, remarque-t-elle. "La pétition s'appelle 'Justice for Harambe', c'est d'ordinaire une expression qui sert à désigner un résistant ou une personne condamnée injustement."

Dans cette perspective, les parents ne peuvent donc qu'être parfaits coupables, directement responsables de la mort de l'animal. "Aux États-Unis en particulier, on raisonne beaucoup en termes de culpabilité et non de responsabilité. Il faut trouver la personne par laquelle la chose arrive. Nous sommes tout de suite dans une logique moraliste." Or, le questionnement n'est pas tant de savoir si oui ou non les parents de ce petit garçon sont de bons parents mais si nous admettons dans notre société, le zoo, ses règles et ses contradictions.

"Au zoo, on bricole le sauvage"

Le zoo est un échantillon du monde sauvage qui doit être aussi vrai pour l'homme que sans danger. Avec l'affaire du gorille Harambe, l'illusion d'un lieu sans danger s'est soudainement dissipée. "Pourtant, si l'on accepte le concept de zoo, il faut aussi accepter qu'il n'existe pas de risque zéro, assure Anne Simon. Dans les parcs zoologiques, la nature doit rester pure et sauvage, on veut la contempler telle qu'on l'imagine: l'ours qui se lève, les loups qui hurlent. À la seule différence que les animaux doivent être sauvages, mais pas trop."

On a accommodé le naturel des animaux à nos normes morales et sécuritaires. "Aujourd'hui, les proies vivantes sont interdites pour nourrir les animaux, rappelle encore Anne Simon. Les soigneurs tuent des proies puis les réchauffent pour que l'animal ait l'impression de manger un proie vivante. On bricole le sauvage pour faire entrer dans notre cadre".

La mort du gorille, un issue inéluctable

Le personnel du zoo a appliqué le principe de précaution, tuer le gorille avant qu'il ne tue ou ne fasse de mal à l'enfant. Mais, face à un gorille de cette taille, face aux cris aussi des personnes autour de l'enclos, y-avait-il vraiment un autre choix? "Les défenseurs du gorille rejettent la sauvagerie du côté des parents et non de l'animal", remarque encore Anne Simon. Le gorille est vu comme protégeant l'enfant des cris des adultes inquiets.


"J'étais en train de protéger le garçon des hurlements des adultes. J'ai eu peur moi aussi"

C'est cette humanisation qui gêne la spécialiste qui s'intéresse également de près aux vidéos d'animaux que l'on se partage en grand nombre sur Internet. Quelques jours avant cette affaire, deux lions ont été tués dans un zoo du Chili après qu'un homme déséquilibré a pénétré leur enclos avec la volonté de se suicider. La comparaison de ces deux faits divers est pertinente selon Anne Simon. "Qu'il s'agisse d'un enfant ou d'une personne irresponsable par ses troubles mentaux, la société humaine a un devoir de protection envers les plus faibles".

"Si on veut respecter les animaux, ce n'est pas en les transformant en humain qu'on va aller dans le sens de l'animalité, c'est en leur laissant de la place", conclut-elle. Laisser de la place aux animaux, autrement dit fermer les zoos? "Cela voudrait dire que l'on se couperait totalement d'une fenêtre sur la vie sauvage, qu'on ne plus facilement côtoyer les animaux en vrai", admet-elle encore. Un débat qui va certainement s'imposer après la prise de conscience du traitement des animaux dans les parcs aquatiques en particulier.

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