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Ce reportage de la MAP a remporté le prix de l'Aman pour le meilleur article

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Ce reportage de la MAP a remporté le prix de l'Aman pour le meilleur article | MAP
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MEDIAS - L'agence de presse MAP a remporté ce mercredi 1er juin le prix de l’Alliance des agences de presse méditerranéennes (Aman) pour le meilleur article. Il s'agit d'un reportage signé Adil Zaari Jabiri et réalisé en septembre 2015. Intitulé "A Bruxelles, la solidarité s’organise pour offrir le gite et le couvert aux réfugiés", il décrit les conditions de vie et le calvaire enduré par des centaines de réfugiés venus d’Irak, de Syrie, de Libye et d’Afghanistan qui ont improvisé un camp de fortune dans un jardin situé à proximité de l’Office des étrangers, l’organe belge qui inscrit les nouveaux venus et délivre les permis de séjours aux migrants. Il raconte aussi comment la solidarité publique et l’aide citoyenne spontanée se sont organisées à travers toute la Belgique pour venir en aide à ces réfugiés. Ci-dessous, le reportage du journaliste Adil Zaari Jabiri, directeur du pôle Europe-occidentale de l’agence de presse officielle marocaine.

Bruxelles – A quelques encablures des bâtiments tout en verre et acier abritant les institutions européennes, un parc couvert de tentes, de tonnelles et de gourbis châtre le regard des passants. Des centaines de réfugiés venus d’Irak, de Syrie, de Libye et d’Afghanistan y ont improvisé un camp de fortune.

Ces rescapés de la mer qui ont réussi à atteindre la terre ferme, bravant la houle de la méditerranée au péril de leur vie, attendent devant l’office des étrangers, l’organe qui inscrit les nouveaux venus et délivre le sésame de l’intégration en Belgique.
Ammar, 32 ans est un réfugié venu d’Irak. Il raconte que son périple vers l’Eldorado européen a duré 24 jours dont d’interminables nuits en mer.

”J’ai laissé ma famille en Irak. J’ai fui la guerre, la misère, Daech, l’enfer”, a-t-il confié à la MAP.

Dans ce jardin-camp, femmes, enfants, vieillards tendent leurs regards pour une main sur l’épaule ou un sourire qui soulageraient leur peine. Ils ne sont pas dans le besoin. Les riverains et les âmes charitables ont fait le nécessaire. Ils apportent par contingents vivres, couvertures, vêtements, jouets et médicaments.

Christine est venue de la province de Limbourg en région flamande. Elle a fait le déplacement avec son fils âgé de 12 ans.
”Je regarde tous les jours les images de ces réfugiés à la télévision. Je ne pouvais plus rester les bras croisés. J’ai apporté ce que je pouvais”, a-t-elle déclaré.

Son jeune garçon, l’air amusé, se prête au jeu de la caméra. Une chaine de télévision flamande est venue l’interroger sur ce geste magnanime. Il n’hésite pas à répondre avec entrain aux questions des journalistes tout en exhibant les objets qu’il compte offrir aux réfugiés de son âge.

A quelques mètres de là, des sans-papiers bruxellois participent à l’intendance du camp.

Marquant leur quartier général d’une banderole où l’on pouvait lire : ”les sans-papiers accueillent les réfugiés”, ces autres damnés de l’Europe donnent ce qu’ils peuvent, orientent, conseillent et jouent même le rôle d’interprètes.

Assaad, lui-même réfugié palestinien installé à Bruxelles depuis deux ans, propose ses services de coiffeur. Il a choisi un coin près des sanitaires mobiles pour installer son ”salon” accueillant gracieusement qui veut s’offrir une coupe de cheveux ou tailler sa barbe.

”Je suis bénévole. J’ai moi-même vécu cette situation. Je fais don de ce que je sais faire. Il faut bien soigner son apparence même en temps de misère”, a affirmé ce jeune palestinien.

Dans ce camp gardé par des soldats qui se font discrets, la solidarité s’organise également à travers les réseaux sociaux. Des volontaires ont créé des pages Facebook pour recueillir les besoins sur place, organiser la collecte, centraliser et coordonner l’aide citoyenne.

Loin de cette ambiance, les ”cols blancs” de l’Union européenne, vraisemblablement sidérés par la photo d’Aylan, ce petit garçon syrien de trois ans rejeté par la mer, ont tenu, jeudi de nouvelles réunions à Bruxelles et à Luxembourg où ils ont évoqué l’épineux dossier de l’immigration. En ordre dispersé, ils ont mis sur la table leurs scénarios de sortie de crise.

Certains ont parlé de répartition des migrants par quotas, d’autres veulent éloigner le problème en dehors de l’Union européenne, en créant des centres d’asile à proximité des zones de conflit.

Chacun répète à qui veut l’entendre que la crise de l’immigration concerne toute l’Europe à laquelle elle doit répondre, en ordre de marche, de manière solidaire et efficace.

Une nouvelle réunion est prévue le 14 septembre à Bruxelles, une autre de plus, où il serait question d’imposer des quotas de migrants à tous les membres de l’Union européenne.

Entre temps, les demandeurs d’asile du célèbre parc bruxellois passeront la nuit à la belle étoile en attendant des jours meilleurs.

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