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Tunisie: Paroles de grévistes du centre d'appel Stream, travaillant pour Orange

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CONVERGYS STREAM CENTRE APPEL TUNIS GRVE
Antony Drugeon
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OFFSHORING - Les conditions de travail dans les centres d'appel sont à nouveau brocardées. Lundi 24 et mardi 25 mai, une grève de deux jours des salariés du centre d'appel Stream - Convergys, dont l'unique client est l'opérateur français Orange, a investi la rue devant les locaux de l'entreprise, à renfort de sonorisation festive, pour dénoncer les conditions de travail qui prévaudraient dans l'entreprise.

La direction de l'entreprise, contactée par le HuffPost Tunisie, n'a, à l'heure où nous publions, pas donné sa version sur ce mouvement social.

Le taux de participation à la grève est de 85% selon Mohamed Ali Zitouni, secrétaire général de l'UGTT au sein de Stream - Convergys, à l'origine de l'appel à la grève, soutenue également par UNI Global Union.

Il s'agit de la première grève touchant cette entreprise, a également indiqué le responsable syndical de même que plusieurs grévistes pour certains depuis une dizaine d'année dans l'entreprise.

Le HuffPost Tunisie
a donné la parole à trois des grévistes rencontrés à ce piquet de grève, pour mieux comprendre leurs griefs.

Abderrahman Benouna, "expert de niveau 1", 30 ans, dont 6 ans à Stream - Convergys
abderrahman

30 appels par jour pour un dépannage technique, avec des profils très divers: des personnes âgées dépassées sur tout ce qui est technique, des gens qui t'insultent, des personnes ivres aussi... le responsable direct est là pour mettre la pression, avec des objectifs, en termes de nombre de clients, de taux de satisfaction. Au niveau disciplinaire c'est très strict, on peut avoir une sanction pour 3 secondes de retard. La prime mensuelle peut être supprimée pour une minute de retard...

Mohamed Hedi Sammouda, manager, 35 ans, dont 10 à Stream - Convergys
mohamed

"Je suis manager, donc je suis plutôt bien placé pour me rendre compte de la manière dont sont prises les décisions. Nous ne sommes informés à l'avance de rien, on doit juste appliquer les consignes venues d'en haut. La discipline est exercée de façon très arbitraire, et il y a des écarts considérables entre ce que décident les conseils de discipline et les sanctions effectivement notifiées ensuite par courrier aux salariés."

Imane Achouri, diplôme d'ingénieur en génie industriel, 27 ans, dont 2 à Stream - Convergys
imane

Je travaille ici depuis 2 ans, mais entre temps je suis tombée enceinte, j'ai un enfant de 9 mois. Je n'ai eu le droit de bénéficier du planning préférentiel [horaires de travail 8h-17h] qu'à partir de son 5e mois. Pourtant avoir un enfant ça demande déjà un budget, d'environ 120 dinars, ce qui pèse beaucoup sur un salaire de 540 dinars. Et ici on ne peut pas vraiment compter sur les primes, qui sont reliées à un système de résultats d'entreprise, pas aux seules performances individuelles. Et tout ça dans une atmosphère où il n'y a pas de respect, on ne nous dit même pas bonjour... comme si on était des esclaves."

Mohamed Ali Zitouni liste parmi les revendications de la grève le respect du droit syndical, l'augmentation du taux d'aménagement horaire (le "planning préférentiel" accordé aux femmes mariées et surtout avec enfants normalement), la révision de certains "licenciements abusifs" (un, récent, tout particulièrement), le climat social (harcèlement professionnel, respect des décisions des conseils de discipline...), la révision des conditions d'éligibilité des primes (actuellement accordées sur une base de bonus / malus dans les résultats opérationnels, puis ventilés en fonction du mérite personnel, les performances individuelles seules étant donc conditionnées aux résultats de l'entreprise) et une couverture sociale effective dès le recrutement dans la société.

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