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Une TV, un ministre, un "miracle": retour sur l'affaire délirante du médicament contre le diabète

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boudiaf zaibet
Comment une affaire aussi incroyable celle du présumé médicament contre le diabète du médecin Toufik Zaibet que la chaîne Echourouk a monté au pinacle amenant le ministre de la santé à s'y impliquer a-t-elle été possible? Les historiens donneront peut-être à cette affaire abracadabrante une explication par l’air du temps, par cette tendance à courir derrière un miracle au lieu de travailler et de chercher.

Dans l’histoire de la presse et de la santé (mentale), il restera cette image publiée par le journal Echourouk de l’inventeur du médicament-miracle reçu par le ministre de la santé avec un titre auto- glorificateur pour la chaîne éponyme : "L'émission "Echourouk" enquête pousse le ministre de la santé à adopter l’invention du médicament pour le diabète"..

echourouk

Après des semaines d’hallucination officielle malgré les mises en garde de la communauté des médecins, le miracle s’est dégonflé : Toufik Zaibet, à l’origine du présumé médicament, a reconnu qu’il ne s’agissait en fait que d’un complément alimentaire.

Il aura fallu attendre 9 jours encore pour entendre un mea-culpa du ministre de la santé de la population et de la réforme hospitalière l’avait soutenu avec ferveur. Le 15 mai dernier, à Tébessa, Abdelmalek Boudiaf a annoncé que le "médicament ne sera ni commercialisé ni vendu !".

Le ministre se mouille, Echourouk pavoise

Fin de miracle. Il reste à revoir le film de ce délire incroyable à propos du médicament présumé. Tout avait commencé donc par Echourouk TV. A force de vouloir une belle histoire à raconter, elle a fini, comme le note le journal du même nom, à pousser le ministre dans le ring. Et à se mouiller imprudemment en annonçant la découverte du remède contre le diabète. Une révolution !

L’émission "Echorouk enquête"(Echourouk Touhakik) fait le buzz autour du chercheur originaire de Constantine. Et le ministre le convoque dans son bureau pour une entrevue filmée aussi par la même chaîne. Le ministre se disait fier de lui et, suprême bonheur pour la TV, il a remercié "Echourouk TV" d’avoir fait la lumière sur ses travaux, à travers son "excellent reportage".».

M.Boudiaf révélait qu’il connaissait Toufik Zaibet depuis douze ans et qu’il allait se charger personnellement de faciliter les procédures en vue de la commercialisation du médicament. Dans ce même reportage, Toufik Zaibet affirme qu’il a "refusé" le prix Nobel et qu’il a rejeté des offres de sociétés étrangères.

La présentatrice, avec un enthousiaste débordant, a même suggéré une protection rapprochée pour le chercheur qui pourrait être menacé par l’industrie pharmaceutique mondiale !

Il y a eu des médecins et des pharmaciens qui ont signé une déclaration dénonçant une propagande visant à promouvoir un faux médicament censé être curatif pour le diabète et déplorant le soutien des autorités à la supercherie.

Les signataires de la déclaration mettaient à l’index le " rôle néfaste et criminel joué par la chaîne de télévision Echourouk dans cette affaire".

Abdelmalek Boudiaf n’a pas apprécié et a reproché aux pétitionnaires de douter du génie algérien: "C’est un remède miraculeux qui va révolutionner le monde de la médecine. Toufik Zaibet est loin d’être un charlatan, il est connu et reconnu en Europe. Laissez-le travailler !".

Le ministre ne changera d’avis qu’après que Toufik Zaibet reconnaisse, lui-même, sur la chaîne de TV publique (A3) que son médicament n’en est pas un. L’affaire a largement amusé la toile Dz. Mais les 4 millions de diabétiques en Algérie n’auront pas goutté cette déplorable affaire.

Dans cette même période, le ministre de l'enseignement supérieur a lui aussi déclaré au micro de la télévision El Bilad que des étudiants auraient inventé à partir de plantes, un remède contre le cancer. Certes, le ministre de l’enseignement supérieur a été très prudent… Mais cette recherche du miracle est quand même aberrante...

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