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En exposition à Alger jusqu'en juin : les Aurès restitués par la mire du photographe Kays Djilali

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Depuis samedi 14 mai, un vent des Aurès souffle sur le Palais de la culture Moufdi-Zakaria à Alger qui abrite jusqu’au 4 juin, l’exposition "Aurès, patrimoine, mémoire et résistance" réalisée par le photographe Kays Djilali* en collaboration avec l’association "Les amis de Medghacen" et les éditions Chihab.

aurès ciel

Montrée pour la première fois à Alger, cette exposition est le fruit de trois années de travail dans les Aurès à la rencontre des hommes, femmes, paysages, architecture, animaux, etc., qui habitent cette région de l’est de l’Algérie. Ce travail a été effectué dans le cadre du livre "Aurès, vivre la terre chaouie" paru en 2011 aux éditions Chihab. Une nouvelle édition augmentée est prévue pour 2017.

Le Huffington Post Algérie s’est entretenu avec le photographe Kays Djiliali sur cette expérience au long cours dans cette région de l’Algérie peu souvent placée sous les feux des projecteurs.

HuffPost Algérie : Comment est né ce livre prolongé par une exposition photographique sur la région des Aurès ?

Kays Djilali : Tout a commencé avec le projet des éditions Chihab, dirigées par Azeddine Guerfi, de vouloir faire un livre qui montrerait toutes les facettes des Aurès : les paysages, l’architecture, le patrimoine, les animaux, la flore, les habitants, etc..

On ne se connaissait pas, on a discuté et j’ai accepté de réaliser le travail photographique car cela faisait longtemps que j’avais envie de découvrir cette région inconnue pour moi jusqu’à présent. L’idée était de raconter les Aurès vus par des personnages intéressants, connus ou anonymes mais qui sont tous reliés par l’amour pour leur région.

Des habitants passionnés, impliqués et engagés. C’est pour que cela que l’on retrouve à la fois l’ancien moudjahid, l’artiste, l’herboriste, l’ancien tagueur, le collectionneur de tracteurs, etc. Au total, le livre contient 54 portraits.

tracteur

"Le portrait est une responsabilité car s’il ne plaît pas, on se sent mal ensuite. Beaucoup de gens pensent qu’ils ne sont pas photogéniques. A cette remarque, les photographes répondent, en général, avec humour : 'Nous sommes tous photogéniques, il y a des bons et mauvais photographes'. J’aime bien utiliser le noir et blanc pour les portraits car c’est là que l’on voit le plus de détails. Le noir et blanc permet de faire ressortir ce qu’on ne verrait pas en couleur sauf avec un œil bien exercé."

Comment avez-vous travaillé ?

Entre 2008 et 2011, j’ai effectué plusieurs séjours de deux à sept jours à travers toute la région, de Batna à Barika, en passant par Khenchela, Oum-El-Bouaghi, El Kantara, etc. La plupart du temps, les rencontres se faisaient au grès des contacts.

Pour les portraits, j’ai souvent accompagné les auteurs en charge de l’écriture, Nadia Bouseloua et Rachid Mokhtari. Dès que nous arrivions à obtenir un rendez-vous avec une personne intéressante, je me déplaçais et j’en profitais pour visiter les environs.

Il y avait bien sûr des lieux incontournables à photographier tels que le balcon du Ghoufi, les ruines de Timgad, les gorges d’El Kantara, les ksours de Biskra, la ville de M’chounèche, etc. mais j’ai aussi découvert de magnifiques endroits grâce aux habitants. Et malgré le travail au long cours, il n’y a pas tout, encore aujourd’hui je découvre des endroits. Pour les paysages, je suis parfois revenu maintes et maintes fois après un premier repérage pour avoir la bonne lumière.
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aurès paysage

Ce ciel très bas et très chargé en nuages, c’est vraiment les Aurès. J’aime bien les ciels tourmentés, je les préfère aux ciels tout bleus. Comme la région est riche en reliefs, il y a beaucoup de contrastes géographiques et climatiques avec des versants verdoyants et humides et d’autres secs et chauds. Souvent on trouve des montagnes à 360 degrés tout autour. La région recèle aussi de lacs naturels riche en faune. Au cours d’un de mes séjours, j’ai réussi à capturer un vol de grues cendrées.

Que retenez-vous de cette expérience ?

Dans cette ambiance d’un pays un peu blasé, je retiens avoir croisé des personnages, perdus dans des villages reculés, qui avancent malgré les difficultés et ont une foi inébranlable dans l’avenir. Humainement aussi, j’ai rencontré beaucoup de tendresse.

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Si les Aurésiens peuvent apparaître un peu rudes au départ, dès qu’on les connaît, ils se révèlent très doux. J’ai rencontré des éleveurs de lévriers, il fallait voir comment ils chouchoutaient leurs chiens…

A la sortie du livre en 2011, les personnes rencontrées tout au long du projet ont organisé une fête au cours de laquelle ils m’ont offert une superbe kachabiya et m’ont baptisé chaoui!

ksar aurès

"Ce ksar est surprenant. Il se trouve sur le versant sud des Aurès, aux portes du Sahara, dans une impasse de plusieurs kilomètres. Il est vraiment isolé et on y trouve des traces ottomanes. Je n’imaginais pas que les Ottomans étaient arrivés si loin au Sud.".

Racontez-nous un moment marquant de ces trois ans de voyages à travers les Aurès ?

Un épisode qui m’a frappé c’est l’arrivée au village de Heda, un des personnages du livre qui est danseuse dans des troupes folkloriques. En arrivant dans ce village en montagne, on essaye de chercher où elle habite mais on ne savait pas trop comment la décrire.

Avec nos idées reçues, on se dit que peut-être ça ne va pas plaire cette femme qui vit seule. Mais en fait, pas du tout. Le garçon à qui l’on a demandé a crié devant tous les hommes du café : "On a des invités pour Heda"!

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C’est que dans les Aurès, les femmes divorcées ou veuves sont des femmes libres, elles mènent leur vie comme elles l’entendent, on les appelle "3azaba". Et c’est le cas de Heda, elle est complétement intégrée à la communauté, elle n’est pas du tout mise en marge. Elle voyage et se déplace sans qu’on la juge.

Quels sont vos projets photographiques futurs ?

J’aimerais travailler sur l’Atlas saharien, de Laghouat à Aïn Sefra. J’ai bien envie de travailler la côte algérienne aussi car j’aime beaucoup la mer. Je fais d’ailleurs de la plongée. Je voudrais photographier la mer en hiver et les habitants des côtes. Chaque année je reporte ce projet. J’espère bien que cette année sera la bonne.

*Kays Djilali est né en 1961 à Alger. Il a commencé la photo en 1985 après avoir quitté la télévision algérienne. Il a réalisé plusieurs livres, expositions (sur les ksours et portraits d’écrivains algériens notamment) et même un documentaire sur les migrants intitulé « Le piège » tourné en Algérie, Mali, Maroc et Espagne. "Alger sous le ciel" avec des textes de Malek Alloula, aux éditions Barzakh, est son dernier ouvrage

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