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Libye: le groupe EI accusé d'une cinquantaine d'exécutions à Syrte (HRW)

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LIBYE
Manifestation à Benghazi pour réclamer une opération militaire pour reprendre la ville de Syrte au groupe EI, sans aide étrangère, le 6 mai 2016 | AFP
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Human Rights Watch a accusé mercredi le groupe jihadiste Etat islamique (EI) d'avoir mené au moins 49 exécutions extrajudiciaires à Syrte, son bastion en Libye, soulignant que ces meurtres constituaient des crimes de guerre.

En outre, l'EI soumet la population de cette ville côtière de l'ouest de la Libye à "rude épreuve" depuis son arrivée à la fin 2014, notamment en détournant nourriture, médicaments, carburant et argent, dénonce l'ONG.

Au moins 49 personnes ont été exécutées par décapitation ou par balle pour crimes présumés de blasphème, sorcellerie et espionnage, affirme HRW dans son rapport de 41 pages. L'ONG s'est notamment entretenu avec 45 habitants ayant quitté Syrte pour se réfugier dans la ville côtière de Misrata à 240 km à l'ouest, ainsi que par téléphone ou courriel.

"Les habitants de Syrte évoquent des scènes d'horreur, de décapitations publiques, de dépouilles dans des uniformes orange suspendues à des échafaudages comme +crucifiées+ et d'hommes arrachés de leurs lits par des combattants masqués en pleine nuit", indique le rapport.

"Ils racontent que la police de la moralité, aidée par des informateurs, patrouille les rues, menaçant, punissant et fouettant les hommes qui fument, qui écoutent de la musique ou dont les épouses ou soeurs ne portent pas l'abaya (longue robe ample et flottante) noire".

'Dans la peur'

La vie à Syrte est "insupportable" et tout le monde "vit dans la peur", témoigne Ahlam, une habitante de 30 ans citée dans le rapport. "Il n'y a pas d'épiceries, l'hôpital n'a ni médecins ni infirmiers, les médicaments manquent (...) Il y a des espions à tous les coins de rue. La plupart des gens sont partis mais nous, nous sommes coincés. Nous n'avons pas assez d'argent pour partir", poursuit-elle.

Plus des deux-tiers des 80.000 habitants de la ville ont fui après l'arrivée de l'EI, selon le rapport.

Le groupe jihadiste actif en Syrie et en Irak a profité du chaos dans lequel est plongée la Libye depuis la révolte qui mit fin à la dictature de Kadhafi en 2011 pour s'implanter dans ce riche et vaste pays pétrolier. Il y disposerait de 3.000 à 5.000 combattants, des étrangers pour la plupart, selon des sources françaises et américaines.

Les 49 exécutions de Syrte ont été précédées "de procédures en grande partie secrètes bafouant les normes internationales fondamentales relatives à l'équité des procès", estime HRW.

"Le meurtre de civils, de blessés ou de combattants en détention, par les membres d'une partie prenante d'un conflit est un crime de guerre, tout comme l'exécution de personnes sans procès équitable devant un tribunal ordinaire", souligne HRW. "La nature et ampleur des exécutions extrajudiciaires et autres actes pratiqués par l'EI en Libye pourraient également constituer des crimes contre l'humanité", ajoute-t-il.

"L'EI a également enlevé et fait disparaître des dizaines de miliciens libyens, dont beaucoup pourraient être morts", indique l'ONG basée à New York en citant des élus locaux en exil et des miliciens de groupes opposés aux jihadistes.

Les jihadistes ont en outre pillé et détruit les maisons de ceux qu'ils considèrent comme des ennemis, et ordonné la fermeture de boutiques de lingerie ou de vêtements occidentaux, selon HRW.

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