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Que manque-t-il à Pedro Almodóvar pour décrocher la Palme d'Or au Festival de Cannes?

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PABLO ALMODVAR PALME DOR
AFP
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¡ Nada ! Malgré cinq films en compétition, parmi lesquels des chefs-d’œuvre incontestés, Pedro Almodóvar n'a jamais fait chavirer le jury du Festival de Cannes qui le prive de la Palme d'Or depuis 1999 et sa première montée des marches pour Tout sur ma mère. Cinq ans après avoir foulé le tapis rouge pour la dernière fois, le cinéaste espagnol présente Julieta, une nouvelle oeuvre mélodramatique qui pourrait - enfin - lui apporter la consécration cannoise.

Souvent favori, jamais lauréat, l'absence de Pedro Almodóvar au palmarès du Festival de Cannes apparaît comme une anomalie tant l'Espagnol est considéré comme l'un des plus grands cinéastes vivant. Pour Fernando Ganzo, le rédacteur en chef du magazine So Film, "Almodóvar est le réalisateur 'palmable' qui garde le plus grand côté populaire", ce qui n'est pas forcément une qualité du côté de Cannes.

Découvrez la bande annonce de Julieta

Depuis quelques années, le réalisateur ibérique bouleverse sa façon de raconter les histoires pour rendre ses films plus accessibles à l'étranger. Malgré tout, la culture espagnole - qui fait son style si particulier - reste omniprésente dans son oeuvre et constitue le principal frein à l'exportation du second degré mordant et de la subtilité de ses films.

Ces quelques éléments de réponse n'expliquent pas, à eux seuls, pourquoi Almodóvar n'a pas encore reçu de Palme d'Or. Pour cela, il faut se pencher précisément sur chaque édition, et ainsi, se rendre compte que les échecs du cinéaste espagnol relèvent à chaque fois de situations et de circonstances bien particulières.

1999: Tout sur ma mère

Les frères Dardenne imbattables

Pour son premier film sélectionné à Cannes, Almodóvar raconte l'histoire tragique de Manuela, une mère célibataire qui voit son fils mourir sous ses yeux, fauché par une voiture. Alors que son monde s'effondre, elle décide de partir à la recherche du père de son enfant.

Malgré un film exceptionnel qui a mis en émoi les cinéphiles du monde entier, Almodóvar ne fait pas le poids face aux frères Dardenne, très appréciés du Festival de Cannes. Avec Rosetta, ils remportent - à l'unanimité - leur première Palme d'Or face au - relativement - jeune réalisateur espagnol de 49 ans. Pour Fernando Ganzo, la fougue d'Almodóvar n'avait que très peu de chances face à la puissance des "très cannois" Dardenne, vus comme "le meilleur choix consensuel possible." Pour sa première montée des marches en sélection officielle, Almodóvar se contente du prix de la mise en scène.

Hors compétition. 2004: La Mauvaise Éducation

L'année du documentaire

Abus de pouvoir, viol, trahison, meurtre: avec La Mauvaise Education, Almodóvar signe un chef d'oeuvre très sombre. Sous l'image d'un puzzle narratif complexe, le réalisateur espagnol déroule l'histoire limpide d'une amitié débutée dans un collège religieux d'une Espagne post-franquiste et d'un long voyage déroutant vers la vérité.

Seulement, à Cannes, en 2004 la mode est aux documentairex engagés et aucun film ne peut l'arrêter. Fahrenheit 9/11 de Michael Moore et Mondovino de Jonathan Nossiter, sont tous les deux sélectionnés en compétition officielle. Quentin Tarantino délivre la Palme d'Or à Michael Moore pour son violent réquisitoire contre le président américain de l'époque, George Bush. Un geste qui se veut autant politique qu'artistique.

A noter que La Mauvaise Education est projeté en séance d'ouverture et hors compétition. Il faut dire que l'oeuvre d'Almodóvar est un film à tiroirs très complexe, le genre de long métrage "rarement apprécié à Cannes", selon Fernando Ganzo.

2006, Volver

Les femmes d'abord

Pour beaucoup, Volver est la plus belle oeuvre du cinéaste ibérique. Et on comprend pourquoi. En espagnol, volver signifie "revenir". Un verbe qui campe l'histoire du film du début à la fin: revenir, pour Almodóvar, c'est filmer à nouveau la Mancha, sa terre d'origine. Revenir, pour l'actrice Carmen Maura, c'est tourner avec un cinéaste dont elle avait accompagné les débuts. Enfin, revenir, pour Irene, son personnage, c'est surgir d'entre les morts, dans la vie tumultueuse de ses deux filles, Sole et Raimunda.

Pourtant grand favori, Almodóvar voit encore la Palme d'Or lui échapper. Cette année-là, le jury choisit de récompenser toute la distribution féminine de Volver plutôt que de primer le cinéaste. Un choix compréhensible tant les personnages de Pénélope Cruz, Carmen Maura et Lola Dueñas sont profonds. Malgré la déception, c'est une consécration pour le réalisateur espagnol qui a toujours mis les femmes au centre de sa vie et de son oeuvre cinématographique.

2009: Étreintes brisées

Le Ruban blanc de Michael Haneke trop fort

Qu'est ce qui compose l'oeuvre de Pedro Almodóvar? Des histoires et encore des histoires. Étreintes brisées est un film d'amour: le cinéaste espagnol raconte le destin terrible d'une passion impossible et déclare sa flamme au cinéma. Son dix-septième film consacre, donc, le récit gigogne au sein duquel intrigues et époques s'imbriquent et se juxtaposent.

Le réalisateur espagnol n'est jamais aussi bon que lorsqu'il raconte des histoires. Mais en 2009, son conte merveilleux autour du désir obsessionnel d'un aveugle cinéaste, ne peut lutter avec le Ruban Blanc de Michael Haneke qui raconte la montée du nazisme en Europe. "Ce sont des genres de sous-texte qui plaisent au jury", confirme Fernando Ganzo.

Ainsi, Michael Haneke reçoit sa première Palme d'Or des mains d'Isabelle Huppert alors que le film d'Almodóvar ne remporte aucun prix, malgré ses onze nominations.

2011: La piel que habito

La plus grosse déception pour Almodóvar

Avec La piel que habito, Pedro Almodóvar signe un film dérangeant. C'est l'histoire d'une situation démente, filmée calmement, chirurgicalement, comme si tout était normal, d'où un effet de gêne et d'angoisse maximal. Une jeune femme est retenue prisonnière dans une maison isolée. Un chirurgien applique sur elle une nouvelle peau naturelle et la surveille constamment par écrans interposés, jusqu'à l'obsession.

Avec cette nouvelle histoire, Almodóvar pensait avoir réalisé un film totalement différent, digne d'être primé à Cannes. Pour le côté novateur, il a incontestablement réussi, mais pour ce qui est de la Palme d'Or, c'est encore raté. L'année 2011 marque le retour de Terrence Malick qui signe le merveilleux The Tree of Life. Pour son come-back, le cinéaste américain remporte sa première Palme d'Or. Almodóvar, lui, se contente du prix de la jeunesse.

Pour Fernando Ganzo, si Pedro Almodóvar avait remporté une Palme d'Or plus tôt, son histoire avec le Festival de Cannes aurait été plus heureuse: "s'il avait eu la Palme pour Tout sur ma mère, il en aurait eu une autre. Le jury aime bien consacrer un artiste puis le féliciter de sa constance", explique-t-il en prenant l'exemple des frères Dardenne et de Michael Haneke récompensés à deux reprises.

C'est l'année ou jamais pour le réalisateur espagnol, qui avec Julieta, signe un mélodrame sentimental épuré et précis dans lequel les rire succèdent aux larmes en une fraction de seconde. Du Pedro Almodóvar dans le texte.

Désormais, tous les regards sont tournés vers Georges Miller, le président du jury de ce 69ème Festival de Cannes qui pourrait consacrer le premier cinéaste espagnol depuis 1961 et le succès du réalisateur Luis Buñuel avec son long métrage Viridiana.

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