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Milouda Hazib: "Nous sommes face à un gouvernement amateur" (INTERVIEW)

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PARLEMENT - À quelques mois des élections législatives, l'heure est au bilan. À la tête du groupe parlementaire du Parti authenticité et modernité (PAM) à la Chambre des représentants, Milouda Hazib livre, dans cette interview, un point de vue de l'opposition sur le bilan du gouvernement, la mise en oeuvre de la Constitution ainsi que les luttes parlementaires incessantes entre majorité et opposition.

HuffPost Maroc: Quelle est votre appréciation des rapports du gouvernement avec l'opposition?

Milouda Hazib: Le comportement du gouvernement avec le parlement ne traduit pas le contenu de la Constitution de 2011 (qui garantit, dans son article 10, à l’opposition parlementaire un statut lui conférant des droits à même de lui permettre de s’acquitter convenablement de ses missions afférentes au travail parlementaire et à la vie politique ndlr). Et alors que la Constitution prévoit que l'opposition dispose d'une loi organique, qui lui ouvrira de nouvelles possibilités et la renforcera en tant qu'institution, le gouvernement n'a toujours pas élaboré cette loi. De manière plus générale, le gouvernement a échoué à mettre en oeuvre la Constitution.

Dans quelle mesure le gouvernement a, selon vous, failli à mettre en oeuvre la Constitution?

L'aspect le plus important de la mise en oeuvre de la Constitution, c'est les lois organiques. Or, beaucoup de lois organiques n'ont pas encore été déposées au parlement. Le gouvernement était censé déposer ces lois de manière graduelle, au cours de son mandat, mais au lieu de cela, il a choisi de tout expédier au parlement durant cette dernière année, qui précède les élections. Le gouvernement souhaite faire passer rapidement ces lois, sous la pression du temps, sans nous laisser l'occasion de les examiner en profondeur.

Ce qui l'aide, c'est la majorité numérique. Et, alors que dans tous les gouvernements qui ont précédé, il y a eu une démarche participative, et il a toujours été possible de trouver des compromis et des terrains d'entente, ce gouvernement n'accepte jamais les propositions de l'opposition, même lorsque celles-ci sont dans l'intérêt général du peuple.

Il arrive que des partis comme le PPS s'opposent à des projets de lois du gouvernement...

Oui, mais lors du vote, ils finissent par rentrer dans les rangs. On aurait pu comprendre, s'il s'agissait d'un parti de droite qui a regroupé, autour de lui, tous les partis de droite, ou un parti progressiste qui se serait entouré des forces progressistes. Mais quand un parti de droite et un parti de gauche viennent former gouvernement, il n'y a rien à attendre d'eux. Parce que quelles que soient les prises de position du groupe parlementaire du PPS, il devra toujours s'en tenir à la discipline de vote, ceci, au détriment de ses convictions. Même eux sont prisonniers de l'hégémonie du PJD.

Comment expliquez-vous ce que vous appelez l'hégémonie du PJD?

C'est une question difficile. Peut-être qu'à un certain moment, les citoyens ont décidé de faire confiance à ce parti, qui n'a jamais été dans la gestion auparavant. Il faut aussi prendre en compte le fait que les partis traditionnels ont connu un certain recul, et on peut considérer que les votes en faveur du PJD ont, en même temps, été un vote sanction contre les autres partis politiques.

Mais après que les gens ont donné une chance au PJD, en 2011, nous ressentons, aujourd'hui, un recul de la popularité du parti, car les Marocains ont été déçus par le PJD.

Vous reprochez parfois au gouvernement d'adopter des postures d'opposition ...

En effet, car l'un des problèmes principaux de ce gouvernement, c'est qu'il mélange les situations, et veut adopter plusieurs postures. Il veut gouverner tout en étant présent dans la justice en tant qu'autorité judiciaire. Il veut être au parlement, comme autorité législative, et, aussi, rester dans l'opposition. Quand un gouvernement sort manifester le 1er mai, on se demande contre qui manifeste-t-il. Y-a-t-il un autre gouvernement que nous ne connaissons pas?

Quel regard portez-vous sur le bilan de ce gouvernement?

Le travail de l'exécutif montre bien qu'il s'agit d'un gouvernement amateur, sans expérience ni compétence. Les résultats, nous ne les voyons pas, car il n'y en a tout simplement pas, en dépit du discours populiste du Chef du gouvernement, qui essaie de donner l'illusion d'avoir réalisé bien des choses. Les seules réalisations exécutés par ce gouvernement sont celles mises en place par les gouvernements précédents.

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