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16 mai 2003: L'horreur du terrorisme s'abattait sur Casablanca, ils témoignent

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CASABLANCA MAY 2003
Exterior view, early May 17, 2003, of the damaged exterior of the Hotel Safir following a suicide bomb attack in Casablanca. At least 24 people were killed and 60 wounded in suicide bomb attacks in Morocco's biggest city Casablanca on Friday, just hours after the United States said al Qaeda "killers" were poised to strike again. Among the targets were a Jewish centre and Spanish club. This was the first major attack of its type in Morocco in recent years and followed suicide bombings of expatria | STR New / Reuters
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MEMOIRE - 16 mai 2003. Une date qui a fait basculer Casablanca dans l'horreur. Pour la première fois de son histoire, le Maroc est touché par un attentat terroriste. En l'espace d'une soirée, plusieurs points de la ville sont touchés et 45 personnes sont tuées tandis qu'une centaine d'autres sont blessées.

Cette attaque est menée par des jeunes issus du bidonville de Sidi Moumen. Quatorze Casablancais qui vont faire rentrer le nom de leur quartier dans la postérité de la plus sombre des manières. Âgés de 20 à 23 ans, il se sont lancés, le 16 mai 2003, dans une expédition terroriste, et ont mené une série d'attaques suicide dans toute la ville.

Au restaurant "la Casa de Espana", un vigile se fait poignarder à l'entrée de l'établissement. Les terroristes déclenchent leurs bombes une fois à l'intérieur. Vingt personnes sont tuées. La majorité sont des musulmans qui dinaient paisiblement. A l'hôtel Farah, c'est un vigile et un portier qui meurent suite aux explosions.

L'ancien cimetière israélite de Casablanca fait également partie des cibles des terroristes. L'un d'entre eux se fait exploser à une centaine de mètres des lieux, près d'une fontaine, tuant trois personnes. Une autre attaque vise un restaurant italien dont le patron est de confession juive, tandis qu'un terroriste se fait exploser près du consulat belge en emportant deux policiers avec lui.

Une attaque n'a heureusement pas fait de victimes. Deux terroristes se sont fait exploser dans un centre social hébraïque, fermé ce jour-là. La majorité des victimes sont marocaines, et la France et l'Espagne sont les seuls autres pays à avoir perdu des ressortissants.

"Ce moment restera gravé dans ma mémoire"

"Je resterai à jamais hanté par le souvenir de cette funeste soirée du 16 mai 2003", confiait Mhammed Mahboub au magazine Maroc Hebdo. Grièvement blessé lors des attentats, Mhammed a "eu la mâchoire et plusieurs membres brisés, mon corps est toujours criblé d’éclats métalliques. J’ai vu des gens se faire déchiqueter, certains ont été décapités, d’autres ont perdu leurs bras ou jambes", témoignait-il.

Le souvenir des attentats ne le quittera pas. "Chaque nuit je fais des cauchemars. L’autre fois, j’étais attablé dans un café de l’avenue Moulay Youssef à Casablanca quand, subitement, le tonnerre a grondé. Je me suis jeté à plat ventre. Les gens autour de moi ne se rendaient pas compte, ils riaient. Pour ma part, j’étais terrorisé. Au moindre mouvement brusque, ne serait-ce qu’un claquement de porte, je suis envahi par une effroyable peur. Ce sont des moments que je vis comme des exécutions répétitives. Car même si je ne suis pas mort physiquement lors des attentats, on m’a exécuté moralement", déclarait-il à Maroc Hebdo.

De son côté, le ministre de la Santé Houcine El Ouardi confiait au site d'information H24info.ma: "j'étais de garde au CHU de Casablanca: j'ai passé 3 jours sans sortir de l’hôpital. Je mangeais sur place. J'ai passé mon temps à soigner des victimes de l'attentat, recevoir des hommes et des femmes démembrés, des morceaux de corps humains. C'était la première fois, en tant que médecin de garde, que je devais faire face à une telle catastrophe. Ce moment restera gravé dans ma mémoire. J'étais ahuri, sidéré de voir de telles choses", se remémorait-il.

Revenant sur les attentats, le footballeur Abdelaziz Bouderbala déclarait à H24info.ma: "j’habitais sur le boulevard Zerktouni à l’époque, non loin du restaurant Casa España. On a entendu l’explosion mais on ne savait pas ce qui se passait sur le coup. En regardant les infos, on a confirmation que c’était une explosion. J’ai tout de suite appelé ma famille pour avoir de leurs nouvelles. Ca m’a affecté, on n’a pas seulement passé une nuit blanche mais des nuits blanches. Un grand footballeur marocain a perdu la vie dans les attentats (Abdellatif Beggar). Il dinait avec un de ses amis au restaurant la Casa España. Sous le choc, je n'arrivais pas à croire ce qui se passait."

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