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Amar, le solitaire éboueur de la mer de Tipaza

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AMAR ADJILI
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Tipaza n’est pas que les ruines romaines ou le tombeau de la chrétienne. Tipaza c’est aussi une côte turquoise séductrice unique en Méditerranée. Son charme déployé, elle est parvenue à convaincre Amar Adjili, un jeune émigré algérien habitué aux va-et-vient entre l’Europe et l’Amérique, à y poser ses valises et à s’y installer.

Subjugué par le paysage de la région et la douceur de vivre de ce lieu envoûtant, Amar décide de faire des randonnées matinales pour profiter de la beauté des côtes turquoises. Il eut un choc en se constatant les nombreuses décharges sauvages et les détritus amoncelés entre Matarés et le Chenoua.

Déchets ménagers, bouteilles en plastiques, canettes et autres n’incommodent visiblement personne, selon le constat du jeune homme. L’indifférence est totale. L’incompréhension aussi.

C’est ainsi que Amar décide de se consacrer aux nettoyages des plages de la ville.

Armé de sa volonté de rendre la propreté à ces lieux de villégiature très prisées par les familles, il décide de nettoyer les quatre kilomètres que forment les plages de la ville de Tipaza.

Cela fait plus d'un mois qu’il se lève à l’aube, fait sa prière à la mosquée de la ville et se rend à pied sur la plage pour ramasser les déchets laissés par des citoyens peu soucieux de l’hygiène publique, des responsables communaux indifférents et des responsables des complexes touristiques et des pêcheurs qui ont transformé la mer en poubelle qui vomit chaque jour ses rejets sur le rivage.

Armé de pelles, de râteaux et de sacs poubelles pour ramasser les ordures. Amar l’infatigable ne veut pas qu’on parle de lui. Son seul vœu est de provoquer un déclic chez les citoyens. Les amener à faire des gestes envers la nature pour préserver le beau pays dont ils ont été dotés.

Amar, qui vit d’une pension de handicapé auditif, a été aussi opéré du rein et de la colonne vertébrale. Des soucis de santé qui ne l’empêche nullement de se consacrer au nettoyage de la plage. Il accomplit sa tâche avec dévouement ne se contentant pas de ramasser les déchets en surface. Il creuse le sable pour déterrer les détritus qui peuvent y être enfouis.

Dans ces dizaines de sacs poubelles ramassés, il se dira offusqué d’y découvrir de tout : des couches bébés enfouis dans le sol, des bouteilles en verre, du plastique sous toutes ses variantes, des sacs, des bouchons, des boites de conserves, des seringues, des gravats, de la ferraille et autres déchets dangereux pour les personnes qui se promènent sur la plage.

Certains badauds pensent qu’il est rémunéré d’autres croient que c’est un doux rêveur et dans les deux cas il ne récolte pas plus qu’un "ya3tik al saha".

Ratiba, une résidente du Chenoua est l’unique personne à avoir apprécié son geste et lui a prêté main forte en premier.
S’armant, chaque matin, de son sac poubelle et partageant son couvert et ses pauses café ou thé avec lui, elle croit bien faire d’alerter le maire de la ville.

Se disant enchanté par ce geste d’un citoyen algérien conscient et volontaire, il promet d’envoyer, dès le lendemain, une équipe d’agents de la commune pour aider à enlever les sacs remplis de déchets. Une promesse restée sans suite au grand dam du jeune Amar.

Loin d'être découragé Amar, continue son oeuvre et persiste à croire qu’il existe beaucoup de bonne volonté en Algérie qui ne demande qu’à émerger.

Tout au long de son chemin, Amar contemple les résidences construites sur la plage, remarque des incongruités architecturales, l’inconscience des gens qui font des extensions dangereuses sur la plage avec l’avancée de la mer, les soubassements du complexe culturel du Chenoua menacé par les eaux qui creusent en profondeur…..et s’interroge sur le rôle des autorités !

Remarquant quelques points de déversement des oueds et autres rejets liquides ménagers, Amar n’a pas hésité à consolider les abords de ces derniers avec des pierres afin de délimiter l’endroit de l’écoulement et d’attirer l’attention des promeneurs sur la dangerosité du lieu.

Le seul souhait d’Amar est que les gens qui l’encouragent sur les réseaux sociaux viennent l’aider ou en fassent de même dans leurs propres villes.

Certains ont commencé à se porter volontaire le week-end pour l’assister. La chaine même si elle n’est pas longue, elle se consolide autour de Amar qui trouve maintenant d’autres personnes aussi soucieuses que lui de la protection de l’environnement. Il a même fait parler de lui dans des journaux et s'est fait même inviter sur le plateau de la matinale de la télévision algérienne.

Amar ne s'en enorgueillit pas pour autant. La médiatisation de son action renforce sa conviction de la possibiliter de changer les choses.

C’est aussi, sa manière de créer un réseau d’amis de la mer et alerter sur l’incivisme et l’indifférence devenus monnaies courantes.

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Amar, l’éboueur de la mer de Tipaza
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Amar reçu par …l’ambassadrice du Canada

L’ambassadrice du Canada, Isabelle Roy, très sensible aux questions écologiques a reçu Amar Adjili, l’écologiste solitaire qui a décidé de nettoyer seul les quatre kilomètres de plage de Chenoua.

Pour la diplomate, il n’y a pas de fatalité, et à force de persévérance et d’effort on finira par venir à bout de ce fléau de la mauvaise gestion des déchets et de l’incivisme des citoyens, comme cela a été le cas au Canada dans les années 1960.

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