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Youssef Britel: "Mon film sur la Marche verte n'est pas un film politique"

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YOUSSEF BRITEL
Youssef Britel: "Mon film sur la Marche verte n'est pas un film politique" | Capture d'écran
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CINÉMA - Cinq mois après sa présentation hors compétition au Festival international du film de Marrakech, "La Marche verte" ("Al Massira") de Youssef Britel vient de sortir dans les salles de cinéma. Genèse du film, financements, cinéma engagé... Le réalisateur se confie.

HuffPost Maroc: Votre film a reçu une vraie standing ovation lors de l'avant-première au Festival de Marrakech. Maintenant qu'il est sorti en salles, rencontre-t-il le succès escompté?

Youssef Britel: Je reçois tous les jours une centaine de messages de spectateurs émus et touchés. A chaque fois que le film se termine, toute la salle se lève pour applaudir. Mais le manque de salles de cinéma au Maroc pose problème. Dans certaines villes comme Oujda, Agadir ou Meknès, le film ne peut pas être projeté. On est donc en train de mettre en place une stratégie pour organiser des projections un peu partout au Maroc, en installant des projecteurs sous des tentes par exemple, avec un prix d'entrée symbolique de 10 ou 15 dirhams, pour que tous les Marocains, même ceux qui n'ont pas de cinéma dans leur ville, puissent voir le film sur grand écran.

Vous avez sorti "La Marche verte" à un moment-clé de la diplomatie marocaine en matière de défense du Sahara. Qu'est-ce qui vous a poussé à faire ce film?

La Marche verte me tient à coeur depuis que j'ai commencé à faire du cinéma. En 2004, j'ai gagné le concours national organisé par le Centre cinématographique marocain pour mon premier court-métrage qui racontait l'histoire d'un vieux monsieur qui avait participé à cette marche. Dans mon premier long métrage, "Chaïbia la paysanne des arts", je fais un clin d'oeil au discours de Hassan II sur l'appel à la marche. Après avoir rencontré des jeunes producteurs qui partageaient le même rêve que moi d'en faire un film, on s'y est mis en catimini en 2012. On a fait un premier court-métrage sur le sujet, sorti sur Internet, avant de s'atteler au film final.

Mais ce n'est pas un hasard si vous l'avez sorti en avant-première en 2015, quarante ans après la Marche verte...

On s'était donné ce challenge-là, de sortir ce film pour les quarante ans de la Marche verte. Quarante est un chiffre symbolique chez les musulmans, c'est l'âge de la maturité. C'est à quarante ans que le prophète reçoit la première révélation. Pour moi, "La Marche verte" est avant tout un film sur notre histoire, il n'est nullement politique et n'a rien à voir avec ce qui s'est passé avec les Nations unies ces derniers mois au sujet du Sahara. Mon seul souci en tant que cinéaste engagé, c'est de raconter une histoire qui fait partie de notre Histoire, et de m'éclater avec des décors superbes et des acteurs têtes d'affiche.

Drone, hélicoptère, 1300 figurants... Vous avez en effet sorti les gros moyens pour ce film, avec un budget important (18 millions de dirhams). Comment l'avez-vous financé? Avez-vous reçu des aides extérieures?

Nous n'avons été aidés par aucun ministère, nous n'avons reçu que des aides privées. Les producteurs, qui s'y connaissent bien en marketing et en finance, ont fait beaucoup de placement de produits. De nombreuses personnes nous ont aussi aidés de manière spontanée, pour nous prêter des tentes dans le désert, du gasoil ou même des bouteilles d'eau. J'espère que cela va encourager les privés à faire du cinéma.

Votre film est avant tout une histoire marocaine, mais vous faites aussi intervenir un journaliste juif, une militante espagnole anti-franquiste et un Subsaharien qui se joignent à la marche. Pourquoi avoir choisi ces personnages-symboles?

Vous imaginez bien qu'une heure trente pour un film sur un événement comme la Marche verte n'est pas suffisant. J'avais le souci d'essayer de représenter le maximum de gens sans dénigrer personne et sans tomber dans le cliché. D'où l'idée de trouver un journaliste (interprété par Michel Botbol, ndlr), qui recueille l'avis de ces gens pendant la marche.

Vous faites dire au Subsaharien que le Maroc jouera un rôle important sur le continent africain dans quelques années... Pourquoi cet "anachronisme", qui fait écho à la stratégie africaine lancée par le roi depuis quelques années?

C'est ça la magie du cinéma. On a la possibilité de faire ce genre de petit clin d'oeil, ce n'est pas un anachronisme. On peut parler d'anachronisme si l'on avait vu un billet de 100 dirhams datant de 2006 par exemple. Quelqu'un qui raconte des histoires n'est pas forcé de respecter la vraisemblance... C'était un clin d'oeil au Maroc d'aujourd'hui, qui joue effectivement un rôle important sur le continent africain et qui j'espère va continuer à le jouer.

Vous avez un autre projet de film en cours. Pouvez-vous nous en parler?

Oui, il se déroule pendant l'époque de la colonisation, sous Mohammed V, durant la Seconde guerre mondiale exactement. C'est une histoire d'amour entre deux amis, qui devrait mettre en scène une star américaine. Le scénario est presque fini, nous sommes en repérage et le tournage devrait commencer en février 2017 si tout se passe bien. C'est un film qui fera parler de lui, en bien ou en mal. Mais je ne peux pas en dire plus.

Vous vous apprêtez à partir à Cannes... Qu'allez-vous y faire?

Nous allons au marché du film, nous sommes sur une distribution européenne de "La Marche verte" qui est en train d'être adapté en français et en anglais, et nous avons traduit la bande annonce en chinois. La Chine (et ses 25.000 salles de cinéma) est en effet un marché que l'on cherche à exploiter. On tente. Si ça marche, tant mieux, sinon on rectifiera le tir pour le prochain film.

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