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Massacres du 8 mai 1945 : fin tragique d'une marche pacifique

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MASSACRES 8 MAI 1945
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L’Algérie s'apprête à commémorer le 71e anniversaire des massacres du 8 Mai 1945 commis par la France coloniale dans le sillage de la victoire sur le nazisme et la libération de Paris.

Les pratiques répressives de la machine de guerre coloniale ont fait le 8 mai de cette année là. La féroce répression qui s'était abattue sur les victimes innocentes avait, paradoxalement, coincidé, ce jour là, avec la joie exprimée par les alliés suite à leur victoire sur la nazisme, marquant la fin de la 2è guerre mondiale.

Ce jour de liesse en Europe, était pour les Algériens, le début d'une répression brutale, marquée, pendant plusieurs semaines, par des actes innommables dans de nombreuses villes de l'Est.

La marche pacifique engagée dans la matinée du 8 mai 1945 près de la mosquée de la gare de Sétif s'était achevée par l'assassinat de milliers de civils algériens par la France coloniale.

Croyant que la répression de la marche permettra l'éradication du mouvement national, l'occupant français abattra sauvagement plus de 45.000 personnes à travers plusieurs régions de l'Algérie, notamment à Sétif, Guelma et Kherrata.

Une marche pour l'indépendance

Dans une déclaration à l'Agence de presse algérienne (APS), le président de la Fondation du 8 mai 1945, Abdelhamid Selakdji, témoin de cette répression, a rappelé le déroulé de cette sinistre journée.

La marche avait débuté à 8 h30 devant la mosquée de la gare à Sétif vers la stèle commémorative du soldat inconnu près de la mosquée Benbadis actuellement.

Elle se voulait une célébration de la fête de la victoire des alliés contre les nazis et un rappel à la France de la promesse qu'elle avait faite aux Algériens, appelés à combattre les nazis pour libérer la France : "Aidez-nous à libérer la France et vous aurez votre indépendance".

Une marche pacifique pour la liberté

S'agissant des préparatifs du mouvement national à la marche du 8 mai 1945, M. Slakdji a rappelé que c'est le Parti du peuple algérien (PPA interdit à l'époque) qui avait planifié dans la clandestinité la manifestation.

Le PPA avait désigné les membres de son bureau : Mahmoud Guenifi, Abdelkader Yahla dit Yala (Scouts Musulmans Algériens) et Mohamed Fatache pour négocier au nom des Amis du Manifeste et de la Liberté avec le sous-préfet français pour obtenir l'autorisation de la marche.

Les négociateurs avaient "arraché" l'autorisation difficilement après avoir convaincu le sous-préfet que la marche sera non-violence, a indiqué le président de la Fondation du 8 mai 45.

Pour faire preuve de bonne foi, les organisateurs ont exhorté les participants à la marche de "laisser de côté, bâtons et toute sorte d'objets qui peuvent être considérés comme armes, à l'intérieur de la mosquée", a-t-on encore noté.

Les organisateurs avaient désigné les militants Belkacem Bella dit Hadj Slimane et "Babaya" pour porter une gerbe de fleurs pour la déposer devant la stèle du soldat inconnu.

Selon Slakdji, les jeunes Scouts musulmans algériens étaient au second carré de la marche, suivis de "10.000 à 12.000 manifestants" durant un jour de marché hebdomadaire.

Évoquant les préparatifs clandestins qui avaient précédé la marche, le président de la Fondation 8 mai 45 a révélé que le PPA avait confié à certains de ses militants la mission de "préparer des bannières de 3 mètres de longueur et 70 cm de largeur", sur lesquelles étaient écrits "l'Algérie musulmane", "Vive l'Algérie libre" et "libérez Massali El Hadj".

Dans le même sillage, le PPA avait chargé Cheikh Bachir Amroune de confectionner le drapeau algérien (50 sur 30 cm) et a désigné le militant Aissa Cheraka, connu pour sa fidélité au mouvement national, de dissimuler le drapeau sous son burnous avant de le soulever à un endroit précis.

Le jour "J", les responsables du PPA étaient déterminés à faire savoir leurs revendications légitimes aux autorités coloniales en incitant les manifestants à lever les bannières dans des endroits précis du centre-ville, où il était supposé y avoir une forte présence des colons.

Le PPA a également instruit les Scouts musulmans algériens d'entonner des chants patriotiques à l'instar de "Hayou Ecahamel El Ifriqui" (Vous les jeunes saluez le Nord africain) dès l'arrivée au boulevard principal (Ex Boulevard de Constantine) "8 mai 1945 actuellement".

Le drapeau algérien, l'histoire d'un héros

Dès que les manifestants sont arrivés devant l'hôtel de France et lorsque le drapeau algérien fut hissé, la police coloniale avait usé de la force et de brutalité pour diviser les manifestants.

Le président de la Fondation du 8 mai 1945 a affirmé que l'intervention "sauvage" et "extrêmement violente" de la police de l'occupant français visait à "récupérer le drapeau algérien et les bannières, en provoquant des bousculades et des scènes de chaos et de violence". Le drapeau tomba, mais le jeune manifestant, Saal Bouzid, intervint pour le reprendre.

Ce geste patriotique avait coûté la vie à Saal Bouzid, premier martyr des massacres du 8 mai 1945 à Sétif, après avoir été abattu par le commissaire de police Olivieri.

La manière avec laquelle la police française a tenté, vainement, de stopper la marche, souligne M. Selakdji, n'était qu'un début "d'un bain de sang" et d'un "génocide" contre les civils algériens, sortis manifestés pacifiquement pour revendiquer la liberté et le droit à l'indépendance.

L'esprit du 8 mai 1945 plus vivant que jamais

Si aujourd'hui les héritiers des militants qui ont fait le 8 mai 1945, ne pourront pas reproduire la marche sur son itinéraire habituel de la mosquée à la stèle de Saal Bouzid, à cause des travaux du tram de Sétif, l'esprit de cette manifestation patriotique continue à vivre dans l'intimité familiale, comme le note bien le chroniqueur Saad Ziane sur Libre Algérie.

"Cette histoire n’a pas été ossifiée ou fossilisée par les cérémonies rituelles qui agacent les Algériens par leur insincérité et surtout par leur côté langue de bois. Une histoire de héros, de combattants et d’organisation de tout un peuple que l’on tente d’appauvrir dans des discours convenus, compassés, cela ne passe pas."

71 ans après ce crime colonial que la France ne reconnait toujours pas, les héritiers du 8 mai 1945 savent très bien qu'ils suaront toujours trouvez assez de ressources pour préserver leur nation . "Dans cette histoire que nous avons conservée et qui nous a préservés malgré les terribles méfaits du système mis en place dans le pays, le 8 mai 1945, est notre acte de naissance en tant que nation. Un sursaut de survie d’une société exténuée, réduite à l’indigence. Une société clochardisée, à l’article de la mort qui a trouvé, au plus profond d’elle-même, les ultimes ressorts pour renaître et se battre. Le 1er Novembre est né le 8 mai 1945. Il est le deuxième acte du sursaut national", rappelle encore Saad Ziane.

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