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À la veille des législatives, l'opération séduction de Nabila Mounib auprès des artistes

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POLITIQUE - Entre la politique et la culture, la frontière est poreuse, et le devient d'avantage à l'approche des élections. Le Parti socialiste unifié (PSU), dont la secrétaire générale Nabila Mounib multiplie dernièrement les apparitions en compagnie d'artistes marocains, en sait quelque chose.

Au lendemain de son concert au Festival Jazzablanca le 23 avril, le groupe N3rdistan a été invité à un événement au siège du PSU, à l'occasion de la journée mondiale du livre et du droit d'auteur. Nabila Mounib prend alors la pose en compagnie des membres du groupe. Les clichés sont postés sur Facebook et retiennent l'attention des internautes.

"Ils sont venus à l'événement parce que ça parlait de poésie, et ça les intéressait", lance Nabila Mounib, contactée par le HuffPost Maroc. Walid Bensalim, leader du groupe marocain installé en France, préfère prendre ses distances. "Nous sommes pour la démocratie directe, nous ne votons pour personne. Même si on a une sympathie pour le PSU car ils ont une femme à leur tête et ça change un peu des autres partis marocains", explique-t-il.

Pas plus tard que ce mercredi 4 mai, la chanteuse Oum a invité la patronne du PSU au premier concert de sa tournée, qui a eu lieu à Casablanca. A la fin du spectacle, la femme politique et la chanteuse se rencontrent dans les coulisses, échangent quelques mots avant de prendre la pose pour un cliché qui se retrouve une nouvelle fois sur le web.

Ce "positionnement" du Parti socialiste unifié n'est pas nouveau. "Pour les élections de septembre, nous avions demandé à Momo Merhari (fondateur de L'Boulevard, ndlr) s'il voulait bien appeler à voter pour nous. L'actrice Kamar Essaadaoui et le couturier Amine Bendriouich ont, eux, été contactés par une amie proche de nous. Ils ont tous accepté", nous confie une militante du PSU. Reda Allali, le leader du groupe Hoba Hoba Spirit en fera de même, mais de manière spontanée, selon notre interlocutrice.

Résultat: plusieurs vidéos d'artistes et d'acteurs culturels et associatifs ont été tournées afin d'appeler à voter pour la Fédération de gauche démocratique (groupement de trois partis de gauche, dont le PSU). Le rappeur Hamza Hachlaf, l'artiste et fondatrice de la cinémathèque de Tanger Yto Berrada ou encore Momo de L'Boulevard figurent parmi les "ambassadeurs culturels" du PSU.

A en croire Nabila Mounib, cette proximité s'explique par la ligne du parti: "nous avons un projet de société qui se base sur une réforme culturelle que nous souhaitons initier dans notre pays. C'est dans notre ligne d'encourager les artistes et les acteurs culturels".

La femme politique assume d'ailleurs cette proximité: "si on avait la possibilité de le faire, nous serions dans tous les événements culturels", lance Nabila Mounib, qui tient à préciser qu'"aucun artiste n'a jamais touché de cachet pour faire campagne pour le parti".

Une appréciation mutuelle

Si le PSU se dit honoré de bénéficier de supporteurs dans le camp des artistes, et "espère en avoir davantage pour les prochaines élections, même si la popularité des artistes n'a pas forcément d'impact sur les votes à moyen terme", selon Mounib, les "égéries" du parti disent également se reconnaître dans la vision politique du parti socialiste et saluent son engagement pour la scène culturelle.

C'est le cas pour Reda Allali, qui dit pourtant ne pas être "dans une logique d'analyse politique". Pour lui, cela relève même de l'évidence. "Lorsque nous avons eu des soucis avec la liberté de création, ils ont été là pour la défendre", dit-il, en faisant référence au procès surréaliste des rockeurs casablancais accusés de satanisme en 2003. Lors de cette affaire très médiatisée, "ils ont été le seul parti que nous avons approché et qui nous a soutenus", se rappelle le leader du groupe rock casablancais.

Idem pour le leader du groupe de rap L'bassline, Hamza Hachlaf, qui n'a pas hésité à faire du porte-à-porte pour Omar Balafrej, qui s'était présenté en tête de liste de la Fédération de gauche démocratique à l'Agdal, à Rabat. Le jeune artiste avait publié une vidéo où il expliquait ce qui distinguait la campagne de la FGD des autres partis politiques, vantant "le contact direct avec les gens" ainsi que le respect de l'environnement.

De Chekhsar à Enrico Macias

Le PSU n'est pas le premier parti marocain à avoir adopté cette approche, très populaire outre Atlantique. Lors des élections législatives de 2011, le Parti de la justice et du développement (PJD) avait misé sur le rappeur Chekhsar. Le jeune artiste, 21 ans à l'époque, chantait dans les meetings du parti islamiste et vantait sur sa chaîne YouTube les avantages à voter pour le parti de la lampe.

Mais l'expérience a tourné court. Et pour cause: l'image de Chekhsar s'est vite détériorée lorsqu'il s'est lancé dans la prédication new age. Sur ses vidéos, il enchaîne les bad buzz et le PJD finit par se séparer de lui.

Aux Etats-Unis mais aussi en France, afficher sa proximité avec des artistes devient monnaie courante chez les politiques, à l'approche de chaque élection présidentielle. En 2012, Nicolas Sarkozy et François Hollande s'étaient entourés de dizaines de célébrités. Le clan UMP avait réussi à séduire Gérard Dépardieu, Enrico Macias ou encore Claude Lelouch, tandis que son adversaire avait misé sur Yannick Noah et Benjamin Biolay, entre autres. Tous faisaient des apparitions dans les meetings électoraux et certains n'hésitaient pas à pousser la chansonnette.

Le revers de la médaille

Mais cet engagement politique n'est pas toujours sans conséquences pour les artistes. Alors que Reda Allali défend la thèse selon laquelle "la musique dans le contexte où l'on vit est nécessairement politique", d'autres artistes ont par le passé regretté leur engagement auprès d'un parti ou d'un homme politique.


Faudel et Nicolas Sarkozy au Zénith par ump

Tête d'affiche atypique de la campagne présidentielle de Sarkozy en 2007, Faudel a ainsi signé la fin de sa carrière arhalltistique. Alors qu'il assurait lors d'un meeting à Bercy, le 29 avril 2007, que le leader UMP est "quelqu'un qui a su donner aux gens l'envie d'écouter les politiques", il déclarait un an plus tard au Parisien qu'il était juste "un bon client, symbole de réussite, issu de l'immigration d'un quartier populaire", mais a mis du temps à réaliser qu'il était, pour Sarkozy, "l'arabe de service", selon ses dires.

Idem pour le rappeur français Doc Gynéco, qui s'était rangé du côté de Sarkozy, au point de lui consacrer un livre. En 2012, il avouait au Parisien que cet engagement politique lui a "coûté cher" et qu'il le regrettait.

LIRE AUSSI: Ce qu'a dit Nabila Mounib à l'ambassadrice de Suède au Maroc

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Quand les leaders politiques posent pour la photo
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