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Turquie: Ahmet Davutoglu sur le départ, Erdogan consolide son pouvoir

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AFP
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Le Premier ministre turc Ahmet Davutoglu devrait convoquer jeudi un congrès extraordinaire du parti islamo-conservateur au pouvoir qui ouvre la voie à son départ en raison de profondes divergences avec le président Erdogan, le véritable maître de la Turquie qui doit consolider ses pouvoirs.

M. Davutoglu ne devrait pas se représenter à la direction de sa formation et perdrait automatiquement son poste de Premier ministre, les deux fonctions étant liées selon les statuts de l'AKP.

Le congrès du Parti de la justice et du développement (AKP) sera organisé le 28 ou le 29 mai à Ankara, ont indiqué les grands médias nationaux après un entretien exceptionnel mercredi soir entre le Premier ministre et le président Recep Tayyip Erdogan au palais présidentiel.

"Davutoglu se retire", proclamait jeudi à la une le journal à gros tirage Hürriyet. Le journal Milliyet évoquait "une transition démocratique" en douceur convenu entre les deux hommes pour éviter une crise au sommet de l'Etat.

M. Davutoglu doit s'exprimer dans l'après-midi devant la presse après une réunion de la direction de l'AKP en matinée.

Des divergences ont éclaté au grand jour ces dernières semaines entre l'homme fort de Turquie et le chef de l'exécutif, élu à la tête de l'AKP en août 2014 dans la foulée de l'élection à la présidence de M. Erdogan.

Le départ de M. Davutoglu pourrait ajouter aux turbulences au moment où la Turquie, partenaire clé de l'Europe dans la crise migratoire, fait face à de nombreux défis: menace jihadiste, reprise du conflit kurde, extension de la guerre en Syrie à sa frontière sud.

M. Erdogan, qui a gardé les rênes de l'AKP, n'aurait pas apprécié que son Premier ministre semble négocier seul l’accord des politiques migratoires entre Bruxelles et Ankara et la volonté affichée de celui-ci de retourner à la table des négociations avec la rébellion kurde.

Selon le chroniqueur Abdülkadir Selvi, fin connaisseur de l'AKP, M. Davutoglu "ne présentera pas sa candidature" lors du congrès. Il n'aura donc pas à remettre sa démission, a-t-il dit sur CNN Türk.

Lorsqu'il a été élu président après trois mandats de Premier ministre depuis 2003, M. Erdogan a désigné comme successeur l'universitaire spécialisé dans les affaires moyen orientales Ahmet Davutoglu, son ancien conseiller en chef et chef de la diplomatie, faisant, pour beaucoup, le pari de la docilité.

Erdogan aggresif, Davutoglu modéré

Mais celui-ci, perçu comme une figure modérée contrairement à l'agressif mais très populaire Erdogan, s'est peu à peu taillé une place sur la scène politique turque, et négociant un accord crucial avec Bruxelles sur les migrants qui a conduit mercredi la Commission européenne à soutenir une exemption de visas historique pour les Turcs.

Les deux hommes se sont aussi publiquement opposés au sujet du placement en détention provisoire de journalistes pendant leur procès, mesure à laquelle M. Davutoglu s'est dit défavorable.

La décision prise la semaine dernière par l'instance dirigeante de l'AKP de retirer à M. Davutoglu le pouvoir de nommer les responsables du parti à l'échelle locale a sonné le glas du pouvoir de M. Davutoglu au sein des cadres de l'AKP.

Depuis son élection à la tête de l'Etat, M. Erdogan ne cache pas son ambition de modifier la constitution pour instaurer un régime présidentiel, un projet publiquement soutenu par M. Davutoglu, mais qui semble peu pressé de le mettre en œuvre.

"Nous allons attendre que cette question prenne de la maturité", a déclaré le Premier ministre, ce qui aurait déplu au chef de l'Etat impatient d'obtenir un renforcement de ses prérogatives.

"Demain matin, la politique turque sera entrée dans une période où le système présidentiel aura de facto commencé", a déclaré à l'AFP Fuat Keyman, directeur du groupe de réflexion Istanbul Policy Center.

Et le journal d'opposition Cumhuriyet analyse l'ingérence de M. Erdogan dans les affaires de l'exécutif comme une "révolution de sérail", affirmant que M. Davutoglu "doit payer la facture" de la recrudescence du conflit kurde et de la guerre en Syrie.

Plusieurs noms sont cités dans la presse pour succéder à M. Davutoglu : Binali Yildirim, compagnon de route de M. Erdogan et actuel ministre des Transports, Mehmet Ali Yalçin, ex-président du Parlement, Yalçin Akdogan, vice-Premier ministre actuel mais aussi le gendre du président, Berat Albayrak, ministre de l'Energie.

"Quel que soit le nouveau Premier ministre, il est clair que cela signifie que le président aura plus de pouvoir sur le gouvernement", a déclaré Ozgur Altug, économiste chez BGC à Istanbul.

Ces nouvelles ont provoqué une certaine crispation des marchés en début de journée: la Bourse d'Istanbul affichait une perte de 2,1% et la monnaie turque se dépréciait d'au moins 1% contre le dollar et l'euro.

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