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La flamme olympique est arrivée au Brésil en plein drame politique (VIDÉO)

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JEUX OLYMPIQUES - Ça y est : la flamme olympique est arrivée sur le sol brésilien, théâtre des prochains Jeux Olympiques, les 31es de l'ère moderne. C'est mardi 3 mai que le symbole de l'olympisme a été présenté à Brasilia, la capitale du pays et première étape d'un parcours dans tout le Brésil jusqu'aux JO de Rio en août.

Cette arrivée était forcément un acte symbolique puisqu'il pourrait être le dernier de Dilma Rousseff en tant que présidente du pays. Dorénavant, durant trois mois et à travers plus de 300 villes, la célèbre torche passera par des rituels indigènes, voguera à bord d'un canoë, fera du cheval, sera suspendue à un hélicoptère ou plus simplement portée à pied par l'un des 12.000 relayeurs, jusqu'à son arrivée le 5 août dans le mythique stade Maracana de Rio, ouvrant les premiers Jeux à se dérouler en terre sud-américaine.

Comme le montre notre vidéo en tête d'article, c'est Fabiana, capitaine de l'équipe du Brésil féminine de volley double championne olympique en titre, qui a été sa première relayeuse. Dilma Rousseff a allumé le flambeau avec un feu provenant du site antique grec d'Olympie. "Nous traversons une période très difficile, vraiment critique de l'histoire du pays et de l'histoire de la démocratie mais le Brésil saura offrir le meilleur accueil aux athlètes et aux visiteurs étrangers", a-t-elle affirmé.

Ironie de l'Histoire : dans l'Antiquité, l'arrivée de la flamme annonçait une trêve militaire et politique permettant à ce que les athlètes puissent se rendre au tournoi d'Olympie. Mais signe de la tension politique actuelle au Brésil, les premiers relais ont été marqués par quelques pancartes exhibées par des manifestants.

Celle qui est à la tête du pays depuis 2011 risque ainsi fort de ne pas assister à la compétition. Elle sera effectivement mise à l'écart du pouvoir - pendant 180 jours au plus - si le Sénat le décide à la majorité simple, dans le cadre d'une procédure en destitution, ce qui est vraisemblable selon les estimations de la presse locale. À l'issue de son procès devant les sénateurs pour avoir maquillé les comptes publics, un vote des deux tiers sera requis pour la destituer.

Une trêve olympique ?

En cas de mise à l'écart provisoire et/ou définitive, elle serait remplacée par son vice-président, Michel Temer, leader du premier parti du pays, les centristes du PMDB, qui faisait partie jusqu'en mars de la coalition gouvernementale. Un homme que Dilma Rousseff a notamment traité de "traître" et dont elle a assuré qu'il était le principal conspirateur du "coup d'Etat" parlementaire dont elle se dit la victime.

Ex-guérillera de 68 ans, Dilma Rousseff fait face à une dynamique politique puissante, car une majorité écrasante de députés avaient avalisé le processus de destitution, et à une impopularité personnelle record. Elle ne cesse pourtant de martelé qu'elle se battrait jusqu'au bout. Mais la présidente brésilienne semble malgré tout empêtrée dans une ambiance de fin de règne et aurait, selon le quotidien Folha de Sao Paulo, "donné l'ordre de vider ses tiroirs".

Par ailleurs, l'étau judiciaire ne cesse de se refermer sur ses proches. Pour preuve : le 3 mai au soir, le procureur général du Brésil a demandé à la Cour suprême d'ouvrir une enquête sur trois de ses ministres et surtout sur son prédécesseur et mentor, Luiz Inacio Lula da Silva, dit Lula, dans le cadre du scandale de corruption Petrobras.

Pays divisé et manœuvres désespérées

Face à la menace grandissante, la chef de l'Etat a donc joué son va-tout en lançant l'idée d'une élection présidentielle anticipée. "Le soutien augmente au sein" du Parti des travailleurs au pouvoir (PT, gauche) pour un scrutin anticipé le 2 octobre quand se tiendront les municipales dans le pays, et "les sondages montrent que la population souhaite" cette solution, a déclaré le sénateur Paulo Paim (PT) au journal O Globo.

Dilma Rousseff réfléchirait à une démission assortie d'une réforme constitutionnelle convoquant de nouvelles élections. Cette initiative semble avoir peu de chances de trouver un écho favorable au Congrès, vu le faible soutien parlementaire de la présidente, mais pourrait lui servir à mettre la pression sur son possible successeur, Michel Temer.

Celui-ci, dont des proches sont également dans le collimateur de la justice, ne pèse que un à 2% des intentions de vote, selon un récent sondage. Dilma Rousseff, elle, rappelle sans cesse qu'elle a recueilli 54 millions de suffrages, et accuse son vice-président d'utiliser l'arme de la destitution pour s'emparer du pouvoir sans passer par les urnes.

Mais si le Sénat baisse le pouce, il n'y aura plus de rendez-vous olympique pour elle. Elle serait alors "très triste", parce qu'elle a "déployé de grands efforts pour la tenue de ces Jeux", a-t-elle dit dernièrement sur CNN.

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