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Entretien avec Said Kahla, l'ultra marathonien sur les cinq continents

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SAID KAHLA
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Comme nous nous l'écrivions dans le texte du portrait, le Dr Said Kahla, spécialiste en anesthésie-réanimation et médecine d'urgence, est un ultra marathonien hors pair. Outre l'exercice de son métier qui l'accapare énormément, son temps libre est réparti entre trois passions : la participation aux ultra marathons qui se tiennent sur les cinq continents, la peinture artistique et la photo. Ici, un entretien avec notre athlète et artiste d'exception.

A bien y regarder, votre parcours en tant qu'ultra marathonien est plutôt époustouflant. On voit bien, à travers vos nombreuses participations, que c'est autant de défis que vous relevez avec brio. Quels sentiments éprouvez-vous après chaque exploit ?

Said Kahla: Voyez-vous, pour ne citer que la "Bad Water", c'est 218 km de course en plein désert de Californie. En 2012, nous avions pris le départ à 95 coureurs et j’ai fini 13ème. Nous avions des températures de 57° le jour et 40° la nuit. Je me dissocie complètement de la dureté ou de la longueur de l’épreuve, des conditions climatiques ou autres facteurs aggravants. Il ne reste que le travail bien fait dans sa globalité. Le second sentiment, c'est de la reconnaissance : la reconnaissance envers mon corps qui a fait fi des contraintes et a été beaucoup plus loin que ce qu’il est censé faire, parce que mon esprit l’y a en quelque sorte incité. Enfin il y a le sentiment d’avoir partagé mes souffrances avec les autres athlètes. La famille de l’ultra marathon a son propre code basé sur le respect et ce, quelque soit le classement en fin d’épreuve.

Quelles ont été les autres épreuves d’intérêt auxquelles vous avez participé ?

S.K: Il y a de part le monde un certain nombre de courses qualifiées de mythiques. Surgères en France en faisait partie (*). Il y a aussi la "Sakura Michi" au Japon avec 100 coureurs au départ et 70 à l’arrivée. Une course identique mais, à mon avis, probablement la plus dure au monde, est le "Spartathlon" qui part d’Athènes pour rejoindre Sparte après avoir traversé la moitié de la Grèce. Je suis arrivé au bout de cette course de 246 km en 35h. Des 370 coureuses et coureurs sélectionnés de par le monde, à peine 111 sont arrivés à la fin de l'épreuve. Je suis le premier africain à avoir fini cette course qui existe depuis plus de 20 ans. J’ai aussi participé à "l’Ultra Trail" du Mont-blanc qui fait 171km mais avec un dénivelé de plus de 1700 mètres. Et puis il y a la "Bad Water", dont je vous ai déjà parlé. Mais j’ai aussi achevé l’ "ultra marathon du Hoggar" avec ses 180 km, le "Baltic-run", 242 km, qui va de Berlin à la Mer baltique et le "Swiss Jura Marathon", 350km. Cette dernière épreuve est certes une course d’étape, mais pas moins dure pour autant. Il y a enfin l'"ultra marathon de Taiwan" qui fait pratiquement tout le tour de l'ile chinoise et qui présente les mêmes difficultés -sinon plus- que les courses citées précédemment.

said kahla grece

Au terme du Spartathlon de Grèce



L'ultra marathon de Surgères en France semble particulier pour vous car vous y aviez déjà représenté officiellement l’Algérie et vous courriez sous son drapeau. Cette course retenait toute votre attention depuis bien longtemps. Comment l’aviez-vous préparée ?

S.K: Je n’ai pas eu l’occasion de préparer particulièrement cette course, car l’invitation ne m’était parvenue que tardivement. Il faut savoir que chaque année, il n’y a que 24 personnes qui étaient invitées à cette course. Les organisateurs invitaient qui ils veulent en tenant compte, bien sûr, des classements internationaux. Je m'explique : lors d’une interview réalisée par la publication "Ultrafondus Magazine", j’ai répondu que j’avais fini le Spartathlon de Grèce en tant qu'Algérien. C’est peut être ça qui m’avait valu une invitation à Surgères. Du coup, j’ai du changer ma planification. Mes obligations professionnelles ne me permettant pas de faire 150 km d’entraînement par semaine, comme la plupart des participants de Surgères en France, j’avais donc opté, en guise de préparation à cette course, pour un 48 h en république Tchèque au mois de mars 2009. Cette course se déroule en salle, dans un pavillon de la Foire de Brno, sur une piste bétonnée circulaire de 250m. Je n’ai pu réaliser que 290 km en 48 h. Pour être pris au sérieux, il aurait fallu aligner un 3 comme premier chiffre. Cela ne m’a pas trop dérangé vu que je me trouvais en phase de préparation. Trois semaines plus tard, je suis arrivé au bout de la "Sakura Michi". Cette course traverse le Japon sur 250 km qu’il faut terminer en moins de 36 h. Sinon, il m'arrive de réaliser, par ailleurs, au moins deux fois par semaine,15 km en forêt et un marathon le dimanche pour faire du kilométrage.

said kahla hoggar

Said Kahla et quelques coureurs au cours de l' ''ultra marathon du Hoggar''



Ayant, pour ainsi dire, accompli victorieusement votre grande tournée mondiale, avez-vous songé à l’idée de l’organisation d'un grand rendez vous similaire, ici même en Algérie ? Un ultra marathon des Hauts Plateaux à partir de Sétif, par exemple ?

S.K: Pourquoi pas ? Mais voyez-vous, les grandes manifestations sportives sont très budgétivores. Sans sponsors solides, ces manifestations sont vouées à l’échec. Par ailleurs, elles ne peuvent se faire sans le volontariat et l’engagement de beaucoup de personnes. Surgères en France avait un budget de 80.000 € et pas moins de 350 personnes se relayaient pendant 48 h bénévolement pour la table de marque des tours de passage des coureurs. Pourtant...

LIRE AUSSI: Said Kahla, un ultra marathonien hors pair, méconnu des Algériens

Pour l'Algérie, j'estime qu'il faudrait commencer par le début et penser à de petites épreuves, quelque soit le site : multiplier les courses comme, par exemple, les 100 km des Zibans pour intéresser les sportifs et la population locale. Cela dit, il est évident que si je pouvais apporter mon expérience à un projet comme celui de l'ultra marathon des Hauts plateaux, je le ferais volontiers et avec grand plaisir.

Alors, peut-être un message en ce sens, en direction des responsables sportifs concernés ?

S.K: Oh oui, je souhaiterais vivement pouvoir faire deux choses en Algérie ; pour peu, bien entendu, que les pouvoirs publics concernées me fassent l'honneur de m'y inviter : ce serait donner des conférences sur mon expérience d'ultra marathonien. Et surtout initier des stages techniques de formation d'ultra marathoniens algériens qui à leur tour deviendraient, pourquoi pas, de futurs champions dans cette spécialité.

Notes :
(*) Cette course n’existe malheureusement plus, faute de moyens financiers.

Bio express Said Kahla

La soixantaine bien campée, Said Kahla, est médecin spécialiste en anesthésie-réanimation et médecine d’urgence. Enseignement primaire à Bougâa (W.de Sétif) puis secondaire au Lycée Kérouani à Sétif. Etudes de médecine à Constantine, spécialité en Allemagne. Après son service militaire à Sidi Bel Abbés, Said Kahla crée le service d’anesthésie-réanimation au CHU de Sétif.

Depuis le début des années 90, il est chef de clinique dans un hôpital semi privé de 2300 lits en Allemagne. Membre élu du conseil municipal de sa ville de résidence en Allemagne et président de l’association des Algériens d’Allemagne (Algid). Durant ses moments libres, Saïd fait de la peinture dans son atelier personnel. Il a, entre autres événements, exposé dans des galeries à Sarrebruck, Hambourg, New York, Paris et Berlin. Plusieurs de ses œuvres sont également exposées en permanence à la Présidence de la République à Alger.

A 40 ans, il termine son premier marathon en 3h 15m. Il est membre du comité directeur de l’Association des ultra marathoniens Allemands (DUV) qui, avec ses 1500 adhérents, représente la plus grande organisation mondiale d’ultra marathoniens. Said Kahla n'est pas étranger au fait que l'ultra marathon de Biskra-Oued Djellal, qui se tient chaque année au mois d'avril sur un parcours saharien de 100km non stop, soit devenu aujourd'hui une course classique, unique en Afrique, et homologuée par les instances internationales.

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