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Tunisie: Le journalisme, un métier d'hommes? Trois journalistes femmes y répondent

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PRESSE - On parle souvent des difficultés inhérentes au métier de journaliste: précarité financière, instabilité, des lignes éditoriales changeantes ou tributaires des rapports de forces politico-économiques, l'hostilité d'une partie de la population qui les assimile à des propagandistes, ou encore certains agissements des forces de l'ordre à leur égard...

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A côté de ces difficultés propres au métier de journaliste en général, y a-t-il des difficultés spécifiques aux femmes journalistes ?

Le HuffPost Tunisie a recueilli ces témoignages.

Insaf Boughdiri: Rédactrice en chef de "Yawm Al Thamen" sur El Hiwar Ettouni

Insaf Boughdiri se dit perçue par certains comme une "intruse" à ce métier. Le journalisme, elle l'a choisi parce que c'est "sa vocation", "sa passion". Elle en était consciente dès l'obtention de son baccalauréat, pourtant elle n'a pas fait des études en journalisme: "Ma famille avait des appréhensions par rapport au métier de journaliste. J'ai fait des études en sciences juridiques. Une formation solide qui m'a beaucoup aidée d'ailleurs après dans mon métier de journaliste".

Son diplôme en poche, elle entamera une carrière de journaliste, malgré la réticence de son entourage: "Je ne me voyais pas faire autre chose", explique-t-elle.

"Il y a une idée répandue qui fait du journalisme un métier d'hommes. On ne conçoit pas qu'une femme travaille en dehors des horaires administratifs, qu'elle puisse rentrer tard parfois, voyager seule, etc".

Faisant fi de ces préjugés, Insaf Boughdiri grimpe les échelons du métier, de la presse écrite, elle se lance à la télé. D'abord à Nessma TV puis à El Hiwar Ettounsi en tant que rédactrice en chef de "Yawm Al Thamen", une émission politique de prime.

"Je n'ai pas rencontré d'obstacles liés au fait que je suis une femme mais plutôt ceux du métier en général".

Insaf déplore, toutefois, le manque de visibilité des journalistes femmes sur les écrans notamment dans les émissions politiques, tout en le comprenant: "Les propriétaires des médias choisissent souvent de miser sur des têtes connus, qui sont généralement toujours les mêmes et souvent des hommes. Propulser une 'inconnue' à l'écran demande de l'audace".

Elle écarte cependant l'idée que le choix des animatrices se fasse sur la base de leur apparence uniquement: "Il ne suffit pas d'être belle, ou beau d'ailleurs, pour pouvoir assurer devant une caméra".

Insaf Boughdir note plutôt un autre aspect difficile inhérent au métier: "C'est vrai qu'être journaliste, c'est un travail à plein temps, la vie privée peut en subir les conséquences. J'ai vu des collègues mettre en parenthèse leur carrière pour s'occuper de leurs enfants. C'est un choix et il faut en assumer les conséquences".

Nayma Charmiti: Propriétaire du site électronique "Arabesque"

Nayma a fait des études en journalisme. Elle était derrière les manettes de l'émission "Elhak Maak" de Moez Ben Gharbia sur El Hiwar Ettounsi. Une position "confortable" mais "loin d'être enthousiasmante", lance-t-elle.

"A la télé, ce n'est pas ta compétence qui te permet d'évoluer mais plutôt tes relations personnelles, ton réseau", déplore-t-elle.

Lassée par "ce système prédominé par des lobbies", elle prend "le risque" de créer son propre média avec des moyens modestes.

"Voyant le développement à venir du "social media", j'ai tout laissé tomber et avec le peu de moyens que j'avais et l'emprunt de ma banque, j'ai lancé mon site".

Jeune, femme et propriétaire de son média, une nouveauté pour les publicitaires qui ont tendance à la comparer au parcours de ses collègues hommes, déplore-t-elle. "Une comparaison qui ne tient pas, puisque ces hommes ont des années derrière eux dans ce secteur et bénéficient de certains privilèges dus à leurs réseaux".

Le fonctionnement en réseau, Nayma le fustige aussi pour le manque de visibilité des femmes sur les écrans: "Rares sont les journalistes au devant de la scène médiatique: C'est un secteur dirigé par des hommes pour les hommes. Les présentateurs, les chroniqueurs et même les spécialistes invités sont en majorité des hommes alors qu'il y a énormément de femmes compétentes en la matière", conclut-elle.

Rym Hasnaoui: Journaliste-reporter à la radio Express Fm

Rym Hasnaoui est une jeune journaliste de 28 ans. C'est à radio qu'elle entame sa carrière, d'abord à la radio Sabra Fm puis à Express Fm. Un créneau qui lui plait.

"J'aime le travail sur le terrain, être là quand il faut, là ou il faut pour couvrir des manifestations, les attaques terroristes, etc".

Rym a d'ailleurs couvert les attaques terroristes à Sousse et du Bardo mais aussi le Dialogue national "avec les aléas de ce genre de couverture: travailler des heures sans arrêt, être exposée comme d'autres à toutes sortes d'agressions".

Elle affirme que ses supérieurs hiérarchiques ont rarement sous-estimé sa capacité à être sur le terrain lors d'évènements à risque parce qu'elle était femme.

"On me fait souvent confiance mais je me rappelle d'une fois où la rédactrice en chef avait peur pour moi, s'inquiétant par rapport au fait que je sois une femme sur le terrain, me demandant comment j'allais faire si ça dégénère, s'il y avait des attaques à la gaz lacrymogène, etc. partant de l'idée qu'une femme est fragile", lance-t-elle avec le sourire.

Il est à noter que 51% des journalistes en Tunisie sont des femmes, selon une étude du Syndicat national des journalistes tunisiens (SNJT).

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