Huffpost Maroc mg

Si les profs sont plus empathiques avec leurs élèves, ceux-ci se comportent mieux

Publication: Mis à jour:
Imprimer

EDUCATION - La punition systématique n'est pas forcément la meilleure des réponses sur les bancs de l'école. De même que faire preuve d'empathie n'est pas un signe de faiblesse ou de manque de contrôle de la part d'un prof. Des chercheurs de l'Université de Stanford ont demandé à des enseignants de collège de se montrer plus empathiques lorsque les élèves avaient des problèmes de comportement. Résultats, le nombre d'élèves exclus de classe a été réduit de moitié sur une année scolaire.

Les résultats de cette étude conduite par trois chercheurs en psychologie ont été publiés dans la revue Proceedings of the National Academy of Sciences (PNAS) à la fin du mois de mars 2016. Parmi eux, Jason Okonofua, qui a dirigé cette étude, explique avoir voulu montrer que lorsque l'élève est exclu de la classe, cela peut endommager la relation entre l'élève et le professeur et mener à plus de problèmes de comportements.

teacher empathy

Première expérience. Les profs peuvent-ils changer d'avis sur leur rapport à l'élève?

Trois expériences ont été menées. La première s'intéressait à l'état d'esprit des professeurs. Le mode de réflexion de 39 profs californiens a ainsi été étudié: un premier groupe d'enseignants a dû lire deux articles de recherche en psychologie sur "l'importance de la relation professeur-élève pour que ce dernier apprennent le self-control". Le second groupe s'est vu lui confier un corpus sur "l'intérêt de la punition et de l'exclusion de l'élève pour que le professeur soit maître dans sa classe". Tous les enseignants ont ensuite été amenés à s'interroger sur le cas fictif d'un élève nommé Darrell, décrit comme turbulent (il se levait par exemple au milieu du cours pour jeter des déchets dans la poubelle). Les deux groupes d'enseignants ont en majorité agi en fonction de ce qui avait été démontré dans l'article.

"S'intéresser à cette relation permet d'humaniser les élèves", explique Jason Okonofua, l'auteur principal de cette étude, sur le site de l'Université de Stanford. "Cela permet de ne plus les voir seulement comme des étiquettes mais comme des personnes qui grandissent, qui peuvent changer, qui peuvent apprendre à se comporter de manière plus appropriée avec de l'aide."

Deuxième expérience. Qu'en pensent a priori les élèves?

Dans la deuxième expérience, 302 collégiens se sont imaginés dans un collège difficile. Ils devaient anticiper ce que pourraient être les réactions des professeurs, les punitions qu'ils infligeraient ou l'écoute et la disponibilité dont ils pourraient faire preuve. La majorité d'entre eux se sont déclarés plus favorables à une attitude empathique de la part de leur professeur, assurant qu'ils le respecteraient plus et seraient plus motivés à mieux se comporter en classe.

Troisième expérience. L'expérience grandeur nature pendant un an

Enfin, la troisième expérience, de plus grande ampleur, a consisté en l'observation des relations entre 31 enseignants de mathématiques et 1682 collégiens dans cinq établissements de Californie pendant une année scolaire.

Un premier groupe d'enseignants a d'abord commencé par travailler en ligne en lisant des articles sur l'empathie et sur comment cela pouvait enrichir leur relation à l'élève. Les professeurs ont tout au long de l'expérience décrit comment ils sont parvenus à garder de bonnes relations avec les élèves quand ils se comportaient mal pour que leur vécu puisse servir les futurs enseignants qui feraient face aux mêmes problèmes.

L'un des professeurs s'est ainsi confié: "J'ai l'impression que j'ai besoin de gagner le respect et la confiance de mes élèves. Je sais que plusieurs d'entre eux ont de mauvaises expériences avec d'autres professeurs donc j'ai besoin de prouver à mes élèves que je suis là pour eux et que je ne vais pas les laisser tomber."

Le deuxième groupe d'enseignants a dû s'interroger lui sur un tout autre sujet, l'importance de la technologie sur le développement des élèves. Les chercheurs ont mesuré le taux d'exclusion de cours pendant toute l'année scolaire. Selon les chiffres fournis par les collèges, 9,8% des élèves dont les professeurs se sont intéressés à la technologie ont été exclus contre 4,6% des élèves dont les enseignants avaient été sensibilisés aux bienfaits de l'empathie.

L'empathie très utile en dehors de l'école

Si l'expérience demande à être renouvelée à plus grande échelle, les chercheurs se sont félicités d'avoir vu qu'"en changeant la position d'un seul enseignant, les élèves ont un meilleur comportement dans toutes les classes". "Ces résultats pourraient marquer un tournant dans la compréhension de la société des origines et remèdes des problèmes de disciplines", selon l'auteur de l'étude.

Cette étude pourrait aussi s'appliquer hors de l'école, comme "dans certaines relations, dans lesquelles l'ascendant d'une personne peut avoir un impact disproportionné sur les autres, comme les docteurs face à leurs patients, les chefs face à leurs employés ou encore la police face à des civils".

Si entretenir de bonnes relations avec les élèves est l'un des piliers de la profession des enseignants, certains d'entre eux sont obligés d'appliquer une politique de tolérance zéro à l'égard des écarts de conduite. "Les professeurs sont pris entre deux modèles, le modèle punitif qui dit qu'il faut punir les enfants pour qu'ils se comportent mieux et un modèle qui fait le cœur de cette profession, selon lequel enseigner est centré autour d'une relation forte avec les enfants, surtout ceux qui posent problème."

En Finlande, des profs plus empathiques, de meilleurs résultats

Une étude de grande ampleur menée par trois universités finlandaises depuis 2006 suit plusieurs milliers d'enfants et leur relation avec les professeurs et la coopération entre parents et professeurs. Selon les premiers résultats de cette étude, une attitude empathique et chaleureuse de l'enseignant a des conséquences positives sur la motivation et la compétences des enfants en lecture, en écriture et en arithmétique.

Comme l'explique Sciences Humaines, "l’interaction entre l’enseignant et l’élève influe davantage sur les résultats scolaires que les outils pédagogiques ou la taille des classes. Pourquoi? Parce qu’elle joue un rôle décisif dans les mécanismes qui conduisent un enfant à avoir confiance en ses capacités et à se fixer des objectifs. Et cette relation compte autant lors des premières années d’école que par la suite, lorsque les compétences attendues se complexifient."

Sur le web