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Au Maroc, malgré l'évolution du cadre législatif, la parité peine à être instaurée selon le CESE

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WOMEN MOROCCO
L'échec cuisant des politiques visant à instaurer la parité | Youssef Boudlal/Reuters
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PARITÉ - La femme marocaine jouit-elle de tous ses droits sur les plans professionnel et social? Réponse avec les grandes lignes du projet du rapport du Conseil social et environnemental du Maroc, dont une première mouture sera discutée ce jeudi 28 avril par l'assemblée générale de l'organisation.

"Les gouvernements successifs ont affirmé leur volonté de renforcer les droits des femmes", concède le projet de rapport, estimant néanmoins que "la situation des femmes marocaines n'évolue pas de manière satisfaisante, et même régresse dans certains domaines". Cela passe notamment par les inégalités professionnelles, la banalisation du harcèlement dans l'espace public ou encore la précarité de femmes à la charge de leur foyer, de plus en plus nombreuses, mais toujours plus pauvres.

Elles sont de plus en plus éduquées...

Les chiffres sur l'accès à l'enseignement supérieur et à la recherche scientifique sont néanmoins rassurants. 48,3% des diplômés des différents instituts supérieurs au Maroc étaient des femmes entre 2014 et 2015. Ce taux a même dépassé les 50% dans plusieurs domaines comme la médecine dentaire, le commerce et la gestion ou encore la pharmacie et les sciences juridiques, rappelle le CESE.

Concernant la scolarisation des enfants dans les milieux ruraux, le progrès est "spectaculaire", note le projet de rapport. Le taux de scolarisation des filles est en effet passé de 63% à 90% entre 2004 et 2014.

Mais ce n'est pas pour autant que le bilan établi par le CESE est positif. L'organisation pointe notamment un taux d'abandon scolaire qui reste plus élevé chez les filles, estimé à 3% à l'école primaire et à 10% au secondaire. Les femmes restent également particulièrement touchées par l'analphabétisation. Elles sont deux fois plus concernées par ce fléau que les hommes, surtout en milieu rural, où 60% des femmes ne savent ni lire ni écrire.

... Mais sont toujours marginalisées dans le milieu professionnel

Une fois diplômées, les plus chanceuses doivent affronter un monde toujours aussi inégalitaire. Sur-représentées dans les secteurs où les conditions de travail sont précaires, comme l'agriculture, le travail domestique et le textile, elles se font rares dans les postes de responsabilités.

"Les femmes représentent près d'un tiers des cadres supérieurs et plus de la moitié des ouvriers et des manoeuvres", souligne le projet de rapport. Et les chiffres ne vont pas en s'améliorant. Alors qu'elles représentent plus de la moitié de la population diplômée, elles ne sont que 17,4% à travailler dans les villes. Un taux qui a drastiquement chuté de près de 10 points en deux décennies.

Quand on leur demande les raisons de leur inactivité économique, 19% expliquent cela par le découragement. A niveau d'étude équivalent, les femmes ont moins de chance de trouver un emploi, selon le CESE, qui alerte également sur le fait qu'elles sont "plus exposées à la pénibilité du travail".

Les femmes sont également moins rémunérées que les hommes pour effectuer une même tâche. Le Haut commissariat au plan évaluait d'ailleurs cet écart à 40% en 2010. Un fossé creusé davantage dans le milieu informel, mais qui sévit néanmoins dans le secteur formel, où une différence de 15% est toutefois observée.

De plus en plus de lois protègent les femmes...

Le CESE note "avec satisfaction" l'amendement en 2014 de l'article 475 du code pénal qui assurerait l'impunité à quiconque épousait sa victime mineure en cas de viol. D'autres évolutions du cadre législatif ont vu le jour, à l'image de la modification de la moudawana et l'inscription de l'égalité des sexes dans la Constitution depuis 2011. Mais ces évolutions ont-elles un réel impact sur l'amélioration de la place de la femme dans la société? Non, estime le CESE, rappelant notamment le boom des mariages des mineures ces dernières années au Maroc.

82,5% des mineurs mariés sont de sexe féminin, et pas seulement en milieu rural, rappelle l'organisation. Car si l'âge légal est fixé à 18 ans par le code de la famille, les mariages des mineurs a augmenté de 91% en l'espace de neuf ans, atteignant un pic de 35.152 cas en 2009, selon les chiffres officiels. Cela s'explique par plusieurs tabous et contraintes sociales, fait savoir le CESE, qui cite notamment le concept de "l'honneur de la famille", la "prémonition contre la débauche" ou encore "l'enfouissement de scandales", qui passent souvent avant le bien-être de la fille concernée.

... Mais leur efficience dans la réalité n'est pas prouvée

L'efficacité de ces évolutions législatives n'a donc pas permis de balayer les inégalités. Le CESE prend d'ailleurs l'exemple des cheffes de ménages. 20% des foyers marocains sont actuellement dirigés par des femmes, mais ce chiffre n'est pas encourageant pour autant, car ces femmes à charges vivent pour la plupart dans la précarité. Veuves ou divorcées, elles sont 75% à ne pas avoir de revenus afin de répondre aux besoins de leurs foyers et dépendent toujours des aides de leurs familles et proches. Un facteur qui les rendrait plus vulnérables aux condamnations à la prison.

Alors que les femmes représentent seulement 2% de la population carcérale, le tiers d'entre elles sont divorcées et le quart sont veuves. Dans le milieu carcéral, ce n'est pas mieux car elles font face à davantage de mauvais traitements que les hommes. Selon une étude publiée par le CNDH en 2013, les femmes "pâtissent davantage de traitements cruels et de comportements dégradants". Le rapport soulignait notamment les difficultés d'accès aux soins de santé sexuelle et reproductive, ainsi que l'absence de traitement particulier en cas de grossesse.

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