Huffpost Maroc mg

Al Badil Addimocrati sera un parti sans zaïm politique

Publication: Mis à jour:
ALI EL YAZGHI
Al Badil Addimocrati sera un parti sans zaïm politique | DR
Imprimer

VIE PARTISANE - Ce sera un parti sans secrétaire général, où les grandes décisions seront prises après un vote direct auquel prendront part tous les militants du parti, et qui sera doté d'un forum de débats et de discussion dont l'objectif sera d'élargir la participation aux débats de société.

À dix jours de son congrès constitutif, qui se tiendra le 7 mai, le parti Al Badil Addimocrati a en effet déjà posé ses fondements. "Suite à une réunion tenue dimanche 24 avril, nous avons validé les documents politiques et juridiques essentiels pour la création du parti", déclare au HuffPost Maroc Ali El Yazghi, l'un des principaux coordinateurs du parti.

Le congrès constitutif se tiendra au théâtre Abderrahim Bouabid, à Mohammedia. Un choix opportun pour les membres du parti, qui considèrent que "le choix du lieu a une portée symbolique. Abderrahim Bouabid est l'une des grandes figures de la gauche marocaine, et nous nous revendiquons de son école", explique Ali El Yazghi.

Si la loi impose de tenir les congrès constitutifs avec, au moins, 1.000 congressistes issus du tiers des régions du Maroc, le congrès d'Al Badil "mobilisera près de 1.500 congressistes issus des différentes régions du royaume", ajoute El Yazghi.

Un parti sans zaïm

"Un camarade a fait une analogie assez drôle et pertinente. Pour lui, Al Badil Addimocrati ne sera ni le Real ni le Barça, dans le sens où nous n'aurons pas de Messi ni de Ronaldo, mais plutôt un jeu d'équipe comme celui de l'Atlético de Madrid", tente El Yazghi.

Al Badil Addimocrati sera donc un parti sans zaïm. En lieu et place du secrétaire général, "l'idée que nous avons développée, c'est qu'il n'y aura pas de leader, mais un coordinateur national", explique notre interlocuteur, qui y voit bien plus qu'un choix de terminologie. "Il s'agit un choix politique qui consacre le primat de l'équipe, du groupe, sur la figure du dirigeant."

Ce choix s'est fait après "une réflexion sur les erreurs et les pesanteurs qui minent le champ politique marocain. Nous avons relevé ce qui ne marche pas, et nous nous sommes inspirés de ce qui marche. Nous avons étudié des expériences au niveau européen, dont celles des partis sociaux-démocrates suédois, et nous nous sommes aussi inspirés d'autres exemples, comme celui du parti socialiste au Chili", explique Ali El Yazghi, qui estime que ce "travail de fond nous a permis de sortir avec une réflexion unique, qui nous permettra de construire un parti avec une véritable démocratie participative."

L'autorité et le pouvoir traditionnellement accordés au zaïm irrigueront les instances du parti, qui se dotera d'"une instance suprême, qui sera le forum national, et qui sera représentatif de toutes les régions, de tous les secteurs." À l'instar des autres structures d'Al Badil, "qui font actuellement l'objet d'une réflexion, au sein d'une commission créée pour cela, et qui proposera une structuration adéquate pour le parti", le forum national "devra tenir compte de certaines exigences de représentativité: une obligation de diversité régionale, culturelle et professionnelle. Un minimum de 30% de femmes et de 30% de jeunes y siègeront", nous explique El Yazghi.

Loin de n'être qu'une "histoire de quotas, il s'agit avant tout d'une question de représentativité. C'est une orientation que nous avons choisi, et il est donc tout à fait normal que les critères la reflètent."

Vote électronique et forum de débats et de proposition

La démarche participative que souhaite mettre en place Al Badil Addimocrati s'exprimera aussi de manière plus directe, via le vote. "Toutes les décisions importantes qui concerneront le parti seront prises après un vote auquel participeront tous les militants et militantes de notre formation. Il n'y aura pas de direction qui décide de ce qui sera entrepris, ni de minorité qui contrôle les structures et prend les décisions."

Cette participation directe des militants à la vie de leur parti "pourrait être difficile à mettre en place", reconnait-il. Toutefois, "d'un point de vue technique, c'est désormais possible avec l'utilisation généralisée des réseaux sociaux. Aujourd'hui, nous sommes en train de créer un module informatique que nous mettrons en place sur notre site. Il permettra l'adhésion électronique, le vote électronique. Chaque militant et militante disposera d'un code qui lui permettra de voter."

Le parti compte aussi fonder un forum de débats et de proposition. Quel en sera le rôle? "Il y a des questions où on ne sent pas l'adhésion de la base. L'une des grandes faiblesses des partis de gauche, aujourd'hui, c'est le manque d'encadrement politique", estime El Yazghi, citant l'exemple des "débats qui apparaissent, de temps en temps, ne sont pas assez participatifs pour créer des tendances sociétales importantes. Je cite l'exemple du débat sur l'avortement, qui est resté un débat élitiste, et non un débat ouvert et public. Idem pour la peine de mort", constate-t-il.

"Ce sont des débats primordiaux de la gauche, mais qui sont malheureusement restreints à des salons ou à des espaces fermés, sans que l'on ne cherche à mobiliser la base politique", se désole notre interlocuteur. Le forum de débats et de proposition d'Al Badil cherchera donc à remédier à cela, en "permettant l'élargissement de la participation à ces débats, en renforçant la capacité d'encadrement, et en ramenant du soutien au projet de société que nous défendons."

L'objectif est aussi d'être dans "une approche d'ouverture. Nous essayons de nous ouvrir sur les jeunes, les cadres, les gens compétents présents dans la société, qui ont une tendance de gauche mais qui ne sont pas présents dans le champ politique aujourd'hui. Ils ont besoin d'une alternative qui leur permette de s'exprimer, d'agir", estime El Yazghi, qui met l'emphase sur le fait que "cette volonté d'ouverture est absente dans les partis de la gauche traditionnelle, surtout lorsqu'il s'agit des jeunes".

Le parti créera-t-il une chabiba pour ses jeunes?

"Cette question sera tranchée lors du congrès. Mais d'ores et déjà, l'orientation générale, c'est de ne pas reproduire l'erreur commise par beaucoup de partis, et qui consiste en la création d'une chabiba sans indépendance politique et financière, et qui est plus un terrain de bataille de leaders politiques qu'une chabiba. L'idée c'est d'en faire une structure estudiantine, qui se consacrera aux problématiques estudiantines, et une fois que ses membres ne seront plus étudiants, ils passeront au parti", indique notre interlocuteur, qui ajoute que "le taux de 30% de jeunes qui siégeront au niveau national, local, ainsi qu'au sein de chaque instance du parti permettra un renouvellement générationnel continu."

Non-cumul des mandats

Autre aspect qui, pour El Yazghi, plombe la vie politique marocaine, le cumul des mandats ne sera pas permis au nouveau parti. "Nous avons choisi de limiter les responsabilités que peut assumer un membre du parti à deux, sans plus. L'une sera exécutive, l'autre non. On peut, par exemple, être responsable de région et membre de section, mais non pas responsable de section et de région", révèle El Yazghi.

LIRE AUSSI: