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Salim Ejnaini, cavalier non-voyant hors pair (PORTRAIT)

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SALIM EJNAINI
Salim Ejnaini, cavalier non-voyant hors pair |
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ÉQUITATION - "Fermez un oeil, regardez au milieu d'une paille, et troublez le tout. Voilà à quoi ressemblait ma vue avant que je la perde complètement". Aujourd'hui, Salim Ejnaini a 24 ans. A l'âge de six mois, il sort d'une maladie avec un tout petit restant visuel, de l'ordre de 1/10e avec une grosse correction. "Je n'y voyais quasiment rien et à 16 ans, j'ai cessé définitivement de voir".

Pourtant, le jeune homme passionné d'équitation depuis son adolescence ne s'est jamais laissé abattre. Il vient de recevoir le "Prix de la reconnaissance" lors de la 12e édition du Trophée Maroc Equestre organisé à Skhirat. L'année dernière, il remportait le Grand Prix du CSI Handisport à La Baule en France, sous les couleurs du Maroc.

Né à Bordeaux et aujourd'hui kinésithérapeute pour enfants handicapés la moitié de la semaine, Salim n'a jamais vraiment baigné dans le milieu équestre, mais explique avoir toujours eu un lien fort avec les chevaux, une passion nourrie après qu'un ami de la famille l'a fait monter.

"C'était un rêve inaccessible"

A 11 ans, sa mère lui propose de choisir une activité sportive. "J'ai osé lui dire que je voulais faire de l'équitation, même si pour moi c'était un rêve inaccessible, étant donné mon handicap", confie-t-il. Un an plus tard, il finit par trouver un club en région parisienne qui accepte de le prendre. "J'y voyais très mal quand j'ai commencé à monter. Je distinguais à peine les visages mais je devinais les couleurs, imaginais les formes et les objets".

Sa monitrice, à cheval devant lui, le guide à la voix et lui donne des indications de direction. "Droite, droite, gauche, saute!". Entre les deux chevaux, ils placent une distance de sécurité de trois mètres. Et les obstacles? "On arrive à sauter à des niveaux de hauteur de un mètre environ. Ma monitrice a appris en même temps que moi, et on s'est pris de passion pour ce travail-là".

salim ejnaini

"Depuis que je n'y vois plus rien, je me sens beaucoup plus libre"

Paradoxalement, Salim a vécu comme une libération le fait de perdre complètement la vue. "Ce que je voyais me gênait presque plus qu'autre chose, ça me demandait plus de concentration pour peu de résultats, car je me focalisais sur la vue. Depuis que je n'y vois plus rien, je me sens beaucoup plus libre, je n'ai plus cette espèce de vision brouillée. Je monte avec tout le reste des sens et j'y prends énormément de plaisir. Je trouve d'autre sensations et j'ai beaucoup progressé".

A tel point qu'aujourd'hui, Salim veut courir seul. "On est en train de mettre en place une autre méthode, qui vise à supprimer le cheval-guide pour un impératif de performance et de sécurité", nous explique-t-il. Car travailler avec un cheval devant soi peut présenter des dangers. S'il fait tomber une barre par exemple, le cheval de derrière risque de tomber dessus. "J'ai envie de travailler en véritable binôme avec mon cheval et d'être seulement guidé par une personne à pied qui m'indique où sont les obstacles, et une autre qui me donne des indications de direction via une oreillette".

Le jeune cavalier, qui a eu l'occasion de courir sous les couleurs de son pays d'origine pour le concours de La Baule, seul concours para-équestre international, espère maintenant susciter des vocations au Maroc. "Les infrastructures ne sont pas forcément propices à ce que ce genre d'initiative se crée d'elle-même au Maroc, où il y a un manque d'information et de formation pour les cavaliers non-voyants", déplore Salim. "C'est pour cela que je veux médiatiser mon expérience. Pour que des personnes non-voyantes se disent que c'est possible d'aller au bout de sa passion".

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