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Maroc: Les clefs pour comprendre le débat autour de la convertibilité du dirham

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ECONOMIE - Depuis une semaine, le débat économique marocain cristallise autour de la question de la convertibilité du dirham, qui semble désormais à l’agenda des pouvoirs publics chérifiens. A l’origine de cet engouement, une déclaration "technique" du gouverneur de la banque centrale marocaine, Abdellatif Jouahri, relayée par l’agence de presse américaine Bloomberg, qui a aussitôt placé au centre de l’agenda cette question cruciale pour l’intégration du Maroc dans l’économie mondiale.

Dans son intervention, le banquier central marocain - réputé à la fois pour son orthodoxie en matière monétaire et son franc-parler sur l’état réel de l’économie marocaine - affirmait ainsi que le Maroc serait "quasiment prêt à franchir le pas", en concertation avec les organismes multilatéraux que sont le Fonds Monétaire International (FMI) et la Banque Mondiale, avec lesquels Jouahri s’est entretenu la semaine dernière.

Ce n’est pas la première fois que cette question de la convertibilité du dirhams est évoquée par le Maroc. Toutefois, selon plusieurs observateurs de la chose économique, le royaume serait quasiment en position de pouvoir effectivement agir cette fois-ci, pour plusieurs raisons fondamentales.

Une économie plus diversifiée

En premier lieu, la structure productive du Maroc a fondamentalement changé au cours des trente dernières années. Comme on peut le voir dans l’illustration ci-dessous issue de l’Atlas de la complexité économique de l’université de Harvard.

structure dexportation

Le Maroc est désormais mieux intégré dans la chaîne mondiale du commerce et a fait émerger de nouveaux secteurs tels que l’automobile et l’aéronautique, ce qui lui donne un avantage compétitif substantiel et une meilleure résilience aux chocs conjoncturels.

Certes, les exportations de phosphates et de produits phosphatés continuent d‘occuper une place majeure dans les exportations du royaume, mais leur capacité à progresser est beaucoup plus réduite que celle des autres secteurs, dont le taux d’intégration devrait également augmenter.

Une amnistie fiscale qui éloigne le spectre de la fuite de capitaux

Parmi les effets pervers les plus redoutés par les économistes lorsque la flottabilité d’une monnaie est envisagée, figure en première place la question de la fuite des capitaux par les hommes d’affaires et possédants économiques. En clair, il est craint que les riches ne sortent leur argent du pays. Dans le cas du Maroc, la réussite de la contribution libératoire de 2015, qui a vu la régularisation de près de 3 milliards de dollars d’actifs possédés par les Marocains à l’étranger, conjuguée à la défiance vis-à-vis des paradis fiscaux, éloigne le spectre d’une fuite de capitaux, même si ces derniers devront être surveillés.

Une projection africaine qui booste les entreprises marocaines

Le troisième élément est plus immatériel, à savoir la dynamique enclenchée par le Maroc en Afrique de l’Ouest, où il commence à devenir un acteur de premier plan. Cette zone est en effet devenue en moins de dix ans le réservoir de croissance du royaume, notamment dans le secteur des services. En libéralisant sa monnaie et en supprimant le contrôle des changes, le Maroc pourrait alors passer à la vitesse supérieure et s’affirmer comme le "hub" de la région en se plaçant au centre des échanges avec l’Europe et les Amériques.

De manière générale, cette réforme permettrait, selon de nombreux experts, au royaume de changer de catégorie et de prétendre, véritablement à l’émergence en étant mieux intégré dans l’économie mondiale et en projetant de la confiance autour de son projet économique.

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