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Notes de lecture de "L'Algerie. Sortir de la crise" d'Abdellatif Benachenhou

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BENACHENHOU
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L’ouvrage Algérie. Sortir de la crise est structuré autour d’une thèse principale : la dépense publique est inefficace économiquement et injuste socialement ; les comportements des agents économiques freinent la diversification économique et la modernisation sociale, dans un contexte extérieur incertain, rendant le statu quo intenable et les perspectives sociales et politiques incertaines.

Selon la formule consacrée, les "insiders" consommateurs et producteurs (ceux qui sont à l’intérieur du système et qui en tirent profit) excluent ceux qui restent à l’extérieur, les jeunes sans emploi, beaucoup de femmes et les ruraux pauvres.

La vision est simple : l’économie est, par nécessité, politique parce qu’ « elle a pour objet les stratégies, les politiques et les comportements des acteurs sociaux : Etat, entreprises et ménages ». Elle est donc, au cœur du changement social et des rapports de force au sein de la société.

Pour l’auteur, la constitution et la gestion des patrimoines ont été soutenues et perverties par les politiques publiques : "La consommation est plus forte que les actifs générateurs de richesse des entreprises." Etant hégémonique, "l’Etat a une responsabilité, mais d’autres agents économiques se complaisent dans le statu quo généré par les subventions, les exonérations, l’effacement des dettes et la prise en charge des intérêts".


"La structure des recettes ordinaires reflète la fragilité de l’économie"

Tous les paramètres rendent le statu quo intenable et les perspectives incertaines, estime Abdellatif Benachenhou. Tout le désordre économique actuel a "pour origine principale les politiques publiques de prix, de prélèvement obligatoires, de gestion du patrimoine public et d’organisation de l’économie".

La hausse de la consommation, la crise de l’investissement productif "ruinent toute possibilité" de construire une sortie de crise : "Le modèle social algérien est unique au monde. Il est le résultat de son histoire et de son modèle politique mouvementé. Outre la fourniture gratuite du service public, d’éducation, de formation et de santé, les Algériens reçoivent des prestations sociales diverses en provenance du budget, pour le soutien des prix des produits alimentaires et pour l’accès au logement, mais aussi, et surtout, des subventions implicites, à travers les prix des biens et services, les produits énergétiques et l’eau, dont le coût est énorme pour la collectivité et les générations futures."

L’auteur montre qu’il y a trop de rente, pas assez d’impôts efficaces et de cotisations équitables. La fiscalité ordinaire, "le volume et la structure actuelle des recettes ordinaires reflètent la situation fragile de l’économie, la montée du secteur informel et l’essor des importations qui sont, de loin, la première source fiscale du pays".

Ils reflètent aussi « le niveau élevé des exonérations fiscales qui confortent la consommation et limitent la pression fiscale ». Depuis plusieurs décennies, "les prix ont toujours été ignorés" et c’est la volonté politique, et non la rareté des biens et les conditions de marché, qui "continue de [les] déterminer". La politique des prix "constitue le socle principal du désordre économique actuel, et toute remise en ordre sérieuse devra intégrer une révision en profondeur du système des prix".


"La sortie des subventions et la lutte contre l’inflation sont prioritaires"

La politique de subvention « est aussi importante. En 2013, "les transferts budgétaires ont représenté 1.710 milliards de dinars, soit plus de 11% du PIB et 40% de la fiscalité pétrolière". Les subventions "constituent l’essentiel des transferts, auxquels il faut ajouter la gratuité de l’enseignement supérieur qui consomme plus de 2% du PIB".

Sur le plan social, "les transferts actuels n’atteignent pas toujours les plus démunis en matière de logement, de santé et d’enseignement supérieur" et, sur le plan économique, les conséquences seraient aussi négatives et en dépit d’un effort considérable, le tableau n’est pas brillant : "Les conditions de production du logement, ses modalités de distribution et le mode de recouvrement des dépenses laissent beaucoup d’Algériens sur le bord de la route, les automobilistes vivent au crochet des piétons, les étudiants bousculent les élèves et les cotisants et les indigents ne sont pas égaux devant la santé."

L’auteur consacre une deuxième partie de son ouvrage à la question du dépassement de "la crise structurelle de l’économie algérienne". Il préconise la réforme des prélèvements obligatoires pour "réintégrer l’ensemble des activités, dans la base fiscale", la réforme de la fiscalité pétrolière et celle de la fiscalité ordinaire.

La réforme des charges sociales, écrit-il, "est un impératif budgétaire" mais "la sortie des subventions et la lutte contre l’inflation sont prioritaires". L’impératif de sortie des subventions "s’impose par nécessité économique et équité sociale", explique-t-il avant d’identifier une série de mesures "pour un nouveau régime de croissance".

L’Algerie. Sortir de la crise, Abdellatif Benachenhou, Alger : Editions Diwan, novembre 2015, 313 pages, 1.000 DA.

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