Lynchage homophobe à Beni Mellal: Le récit des faits

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Quatre mois de prison pour l'une des victimes du lynchage homophobe à Beni Mellal | Montage Pink News
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HOMOPHOBIE - Depuis la publication vendredi 25 février de la vidéo de l'agression homophobe qui a ciblé un couple à Beni Mellal, les condamnations annoncées par les médias marocains divergent. Même l'information selon laquelle l'une des victimes aurait écopé de deux mois de prison, avancée par le HuffPost Maroc, s'est avérée inexacte. Retour en détail sur le récit d'une agression qui a choqué l'opinion publique.

Si la vidéo n'a été postée sur les réseaux sociaux qu'en fin de semaine dernière, les faits remontent en réalité au 9 mars, indique au HuffPost Maroc une source au tribunal de première instance de Beni Mellal. Suite à son hospitalisation, une des victimes a été interrogée par la police le soir même, poursuit notre interlocuteur.

La victime (l'homme ensanglanté dans la vidéo), qui était dans "un état d'ébriété avancé lors de son premier contact avec les autorités", a déclaré aux enquêteurs que les blessures contractées ont eu lieu suite à "une bagarre avec un marchand d'eau de vie" et a été, dans un premier temps, relâché.

Ce n'est qu'après l'apparition de la vidéo que l'homme a été une nouvelle fois interrogé par la police. "Je ne voulais pas vous dire la vérité parce que je ne voulais pas que cette histoire se sache", a dit la victime lors de ce deuxième interrogatoire.

La deuxième victime comparaitra le 4 avril

L'homme, âgé d'une quarantaine d'années, a alors été présenté devant la justice (dossier n° 222 au tribunal de première instance de Beni Mellal), avec deux de ses ravisseurs. Si ces derniers ont été condamnés à deux mois de prison avec sursis, pour être entrés par effraction dans le domicile du couple et leur avoir asséné des coups et blessures à l'aide d'armes blanches, la victime de lynchage a écopé de quatre mois de prison ferme pour homosexualité, assortis d'une amende de 500 dirhams.

La seconde victime, qui avait pris la fuite dans un premier temps, a été interpelée et présentée devant le procureur du roi en fin de semaine dernière, avec quatre autres personnes accusées d'avoir participé au lynchage. Ils sont actuellement en état de détention provisoire, nous confie notre source.

Après une première audience qui s'est déroulée le 28 mars, tous seront présentés devant le procureur du roi le 4 avril (dossier n° 275 au tribunal de première instance de Beni Mellal). L'enquête de la police est toujours en cours, ajoute notre interlocuteur, qui précise que d'autres personnes susceptibles d'avoir participé à l'agression homophobe sont toujours recherchées par la police.

Selon une source auprès du Conseil national des droits de l'Homme, les habitants du quartier Ait Thich, où l'agression s'est déroulée, sont actuellement en train de se mobiliser pour éviter la détention des auteurs du lynchage.

Indignation générale de la société civile

Les internautes, comme les différentes associations actives dans le domaine des droits de l'Homme s'insurgent du "laxisme" du jugement prononcé au nom des agresseurs, ainsi que les poursuites judiciaires menées contre les deux victimes, qui se trouvent actuellement en prison.

Dans un communiqué, le collectif Aswat qui lutte pour les libertés de la communauté LGBT au Maroc, estime que "le traitement de ce dossier contraste avec les accords signés par le Maroc dans le domaine des droits de l'Homme ainsi que les prédispositions de la Constitution de 2011 concernant la protection de la vie privée des individus".

Le collectif, épaulé par différentes associations comme l'Association marocaine des droits humains, l'Observatoire marocain des droits de l'Homme et l'association Bait Al Hikma, appelle à "la libération immédiate de la victime agressée, l'ouverture d'une enquête concernant les assaillants et l'annulation de l'article 489 du code pénal afin de garantir les libertés individuelles et la protection de la vie privée des citoyens".

Jusqu'à quand?

Au lendemain du lynchage d'un jeune homosexuel à Fès en juin 2015, le ministre de la Justice Mustapha Ramid avait assuré "que tout débordement qui se substitue à la loi et à la justice sera sévèrement puni". Pour un militant des droits de l'Homme, contacté par la rédaction, "la décision de la justice concernant cette affaire sonne comme une récompense aux agresseurs qui ont non seulement violenté un couple mais sont également entrés par effraction dans leur domicile et ont publié une vidéo des faits sur les réseaux sociaux".

Depuis quelques mois, les vidéos de lynchages homophobes se sont multipliées sur Internet, provoquant la colère et l'indignation de la société civile. Malgré la gravité des faits, les jugements prononcés par les tribunaux répondent rarement aux attentes des défenseurs des droits de l'Homme. En ce qui concerne la victime de Fès, certainement la plus médiatisée, ses ravisseurs ont écopé d'une peine de quatre mois de prison ferme, un jugement jugé insuffisant, alors que des spécialistes estimaient que cet acte relevait de la "tentative de meurtre".

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