Benkhalfa affirme que la dette n'est pas une "maladie" et en appelle au "civisme" des acteurs économiques

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Le ministre des finances Abderrahmane Benkhalfa a développé un argumentaire lié à l’économie islamique pour défendre l’emprunt obligataire que le gouvernement s’apprête à lancer en avril prochain.

Mardi, au cours de l'émission "l'Invité de la rédaction" de la radio nationale, M. Benkhalfa a déclaré que l’emprunt permettra d’engranger un bénéfice qui sera partagé entre le souscripteur et l’Etat. L’Etat peut lancer des projets et gagner de l’argent, en plus de la fiscalité qui lui revient. Le souscripteur gagne aussi de l’argent grâce un taux de cinq pour cent, supérieur à celui de l’inflation, a-t-il dit.

Ces arguments rejoignent la "mourabaha" (partage des bénéfices), concept défendu par les banques islamiques pour justifier les taux d’intérêt. Ces taux constituent des bénéfices versés par tranches, alors qu’une vision rigoriste de l’islam considère ces taux comme illicites.

M. Benkhalfa a également défendu l’idée de s’endetter, qui n’est plus un «tabou». Pour le moment, le gouvernement vise l’épargne interne, le pays ayant besoin de dinars pour combler le déficit budgétaire. Mais le ministre des finances ouvre aussi la porte à un endettement externe, en soulignant que la dette « n’est pas une maladie ».

«S’endetter et bien utiliser cette dette, gagner de l’argent et faire assurer de la croissance et de la dynamique économique est une bonne chose », a-t-il dit. «Une dette n’est pas une maladie, au contraire. Une dette bien utilisée est un instrument et un levier de croissance».

Incertitudes

Combien le gouvernement espère obtenir grâce à cet emprunt ? M. Benkhalfa ne fixe pas de seuil. Sans doute échaudé par l’échec de la «mise en conformité fiscale», formule autorisant l’argent informel à être placé en banque contre une taxe de sept pour cent, M. Benkhalfa s’est contenté de dire que la souscription sera ouverte pour rapporter «autant que possible».

Il a espéré que cette démarche puisse dynamiser le marché financier, parallèlement aux actions visant à donner un rôle catalyseur à la bourse d’Alger. Le ministre des finances a toutefois noté que l’entrée de l’Etat comme emprunteur sur le marché risquait d’en faire un concurrent pour les entreprises et pour l’économie de manière générale.

Il faut inverser l’équation. Il ne faut pas se demander s’il faut recourir aux emprunts ou non, mais se demander ce qui est bon pour l’économie. Les grands groupes, comme Sonatrach ou Sonelgaz, peuvent recourir à des emprunts sur le marché international, mais ils ne pourront compter sur la garantie de l’Etat, a-t-il précisé.

Quand les réserves de change avaient explosé, frisant les 200 milliards de dollars, l’Algérie avait remboursé ses dettes par anticipation. Cette décision avait été présentée comme une grande œuvre du président Bouteflika.

Incantations

A côté de ce discours très construit sur la dette, M. Benkhalfa affiche toutefois une impuissance évidente à peser sur les évènements.

Le prix du pétrole est une donnée «exogène», reconnait-il. Il propose même de l’oublier. La mise en conformité fiscale, sur laquelle il a beaucoup misé, est un échec. A peine 250 personnes y ont souscrit. L’investissement ne rebondit pas.

Même si M. Benkhalfa estime que l’Algérie devrait devenir «La Mecque des IDE», les résultats sont encore orientés vers la baisse. Selon lui, les devises, l’or et l’immobilier constituaient jusque-là les placements favoris des Algériens.

Il les appelle donc à orienter leur argent vers l’investissement. Mais les mesures annoncées pour favoriser l’investissement et la croissance demeurent sans effet. Ce qui réduit le ministre des finances à recourir à des incantations quand il fait appel au «civisme» des acteurs économiques.

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