Comment le Maroc veut lutter contre la corruption

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CORRUPTION - Le gouvernement Benkirane a-t-il échoué à lutter contre la corruption? Oui, répond sans concession Mohamed Moubdii, ministre de la Fonction publique et de la modernisation de l’administration. Les chiffres sont là pour le démontrer. Car malgré un léger rebond en 2014 dans l’indice de perception de la corruption dans le secteur public, publié chaque année par l’ONG Transparency International, le royaume a chuté en 2015 de huit places pour se retrouver à la 88e sur les 168 pays classés.

Pourtant, les initiatives pour mettre fin à ce fléau qui gangrène l’administration marocaine se sont multipliées ces dernières années: mise en place d'un numéro vert pour dénoncer les actes de corruption, présentation devant la justice des dossiers pointant cette pratique par le Cour des comptes ou encore proposition d'une nouvelle loi encadrant l'Instance nationale de la probité, de la prévention et de la lutte contre la corruption.

Conscient que la corruption constitue un "grand danger pour la société et l'économie" du pays, selon les termes de Moubdii, le gouvernement tente un dernier recours: une stratégie nationale de la lutte contre la corruption dont le plan s'étale de 2015 à 2025, présentée officiellement mercredi 27 janvier à Rabat. Objectif ultime: une administration plus intègre mais aussi un assainissement radical des secteurs les plus touchés.

Un Fonds dédié à la lutte contre la corruption

Pour ce faire, le ministre de la Fonction publique et de la modernisation de l’administration veut se donner les moyens de ses ambitions. Une stratégie en trois phases: une première qui s'étend jusqu'à 2016 avec un budget de 840 millions de dirhams, une deuxième, de 2017 à 2020 qui devrait mobiliser 937 millions et une dernière qui nécessitera 18 millions de dirhams entre 2021 et 2025. En tout, 1,8 milliard de dirhams étalés sur dix ans, soit une moyenne annuelle de 180 millions de dirhams.

Comment sera financé ce projet? Une ligne budgétaire spécifique sera mise en place avec le Chef du gouvernement comme ordonnateur, et sera accompagnée par la création d'un Fonds de lutte contre la corruption alimenté par une contribution directe du budget de l'Etat et la coopération internationale.

Cette fois-ci, le ministre semble avoir appris des erreurs des anciens projets qui ont peiné à porter leurs fruits. "Cette stratégie a une vision, des buts et des référentiels, des mécanismes et des garanties afin de jauger son efficacité", a-t-il annoncé lors de la conférence de présentation de la stratégie.

Des objectifs bien déterminés

Mais pour Moubdii, pas question d'avancer dans le vide. Sa stratégie veut aboutir à des rendements concerts et se fixe déjà des ambitions bien définies. A l'horizon 2025, le Maroc ambitionne ainsi d'obtenir une note de 60 sur 100 pour l'indice de perception de la corruption (elle est de 36 actuellement), gagner 20 rangs dans le classement Doing Business de la Banque mondiale qui mesure la réglementation des affaires et son application effective, et enfin remonter de 25 places dans l'indice de compétitivité publié annuellement par le Forum économique mondial.

C'est à ces fins que la stratégie de lutte contre la corruption veut cibler les secteurs les plus touchés, à savoir la sûreté nationale, la gendarmerie, la fonction publique, la santé et la justice. "Ce sont pourtant les secteurs sur lesquels nous avons le plus axé nos précédentes opérations anti-corruption", s'étonne Moubdii. A la fin de chacune des trois phases de la stratégie, une évaluation sera effectuée. "Cela nous permettra de calculer la réelle efficacité des projets et de rectifier le tir si nécessaire", estime le ministre de la Fonction publique.

C'est donc un dernier recours pour le gouvernement Benkirane, moins de huit mois avant la fin de son mandat. Cette stratégie arrive-t-elle donc trop tard? "Non", estime Mohamed Moubdii qui rappelle que "plusieurs lois et projets ont été mis en place dans la lutte contre la corruption, et affirment la volonté du gouvernement d'en venir à bout".

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