Les Tunisiens du Prix Nobel de la paix 2015 appellent à rouvrir la frontière entre le Maroc et l'Algérie

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QUARTET TUNISIEN
Les Tunisiens du Prix Nobel de la paix 2015 appellent à rouvrir la frontière entre le Maroc et l'Algérie | AFP
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DIPLOMATIE - Des représentants du "Quartet tunisien" du dialogue national, qui a reçu le prix Nobel de la paix en 2015, ont appelé, jeudi à Bruxelles, à la réouverture des frontières entre le Maroc et l'Algérie.

"Il est inacceptable que deux pays du Maghreb liés par l'histoire, la religion et la langue continuent à garder leurs frontières fermées'', a affirmé Ahmed Ben Tahar Galai, vice-président de la ligue tunisienne des droits de l'homme.

Une entrave à l'intégration maghrébine

"Nos parents nous ont légué un projet merveilleux, celui d'unifier les peuples de la région, de lui réserver un avenir prospère mais malheureusement aujourd'hui il y a des familles séparées, avec un coût social énorme et des pertes économiques importantes'', a-t-il déploré dans une déclaration à l'agence MAP en marge de sa participation à la session plénière du Comité économique et social européen.

Ce défenseur des droits de l'homme, qui affirme avoir participé à des manifestations à Oujda pour l'ouverture des frontières du côté algérien, a regretté la persistance dans la région de conflits qui entravent l'intégration maghrébine.

"Le conflit du Sahara entre le Maroc et l'Algérie, les violations des droits de l'homme à Tindouf et le manque d'une réelle volonté politique de dépasser les différends régionaux'', sont autant de facteurs qui empêchent la concrétisation du "rêve maghrébin", a souligné M. Ben Tahar Galai, estimant qu'''un ensemble maghrébin fort et uni constituerait un contrepoids pour le dialogue avec l'Europe et tous les autres groupements régionaux''.

Pour lui, le meilleur soutien que l'Europe peut apporter à ce projet, c'est de ne pas imposer son modèle ni ses lois, mais respecter les différences et les spécificités des peuples de la région, leurs cultures et leurs valeurs. "L'Union européenne doit écouter la société civile du Maghreb. Elle doit respecter les spécificités culturelles des sociétés de la région, loin de tout intéressement ou européocentrisme'', a-t-il ajouté.

"Dépasser les conflits artificiels"

Pour sa part, Houcine Abassi, secrétaire général de l'Union générale tunisienne du travail (UGTT) a estimé que les peuples de la région payent aujourd'hui le coût du non Maghreb, qualifiant d'''inadmissible'' le fait de maintenir les frontières fermées entre le Maroc et l'Algérie.

"C'est un crime à l'endroit des peuples et des générations qui se sont succédés que de garder des frontières fermées'', s'est-il insurgé, soulignant que "l'avenir du grand Maghreb est tributaire d'une réelle volonté politique de dépasser les conflits artificiels et de se concentrer sur l'intégration et le bien être des peuples de la région''.

Le syndicaliste tunisien s'est, par ailleurs, félicité du haut niveau de coordination entre les sociétés civiles des pays du Maghreb. "Cette excellente coordination aura inéluctablement un impact sur la volonté politique pour parvenir à concrétiser le grand projet maghrébin'', a-t-il ajouté.

La frontière maroco-algérienne est fermée depuis 1994 suite à l'attentat survenu à Marrakech dans l'hôtel Atlas Asni perpétré par deux ressortissants d'origine algérienne. Le Maroc avait imposé des visas aux Algériens, et en retour, l'Algérie avait fermé la frontière.

"Un retour à la normalité"

"La population frontalière a presque de tout temps entretenu des relations familiales et commerciales soutenues", indique Fatiha Daoudi, auteure d'une récente thèse sur le vécu frontalier algéro-marocain depuis 1994. "De la sorte, la fermeture des frontières n’est pas respectée par cette population au quotidien. Son unique résultat est l’apparition et l’installation d’une sorte de 'déviance routinière' sous forme de trafics des biens et des personnes, acceptée par les différents intervenants (contrebandiers, passeurs, population et contrôleurs des frontières). Seule, la société civile appelle à un retour à la normalité".

La fermeture de la frontière n'empêche pas certaines initiatives communes entre les deux pays de voir le jour. En octobre 2014, une page Facebook appelait Marocains et Algériens à venir disputer un match de volleyball sur la frontière. La rencontre n'avait néanmoins pas pu avoir lieu.

La Banque mondiale estime à plusieurs milliards de dollars le coût annuel de la non existence d'une union maghrébine. Selon la Commission économique de l’Afrique, la création d'une telle union ferait gagner aux cinq pays du Maghreb l’équivalent de 5% de leurs PIB cumulés.

Pour rappel, le prix Nobel de la paix 2015 a été décerné au Quartet parrain du dialogue national en Tunisie composé de l'Union générale tunisienne du travail, la Ligue tunisienne des droits de l'homme, l'Ordre national des avocats tunisiens et l'Union tunisienne de l'industrie, du commerce et de l'artisanat.

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