Les hammams marocains profitent des énergies renouvelables pour faire des économies

Publication: Mis à jour:
HAMMAMS DURABLES
En moyenne, entre 250 et 350 tonnes de bois par an sont utilisés pour chauffer l'eau. | GERES/Jessica Bordeau
Imprimer

ÉNERGIES - On dirait une grosse marmite, de celles qu’on voit dans les contes pour enfants. Dans un registre plus mature, on appelle ça une chaudière. Installée derrière l’un des nombreux hammams du quartier Yacoub Mansour, à Rabat, cette imposante cuve en tôle d’une capacité de 6.000 litres n’est que le maillon d’une chaîne. Brassant environ 450 kilos de bois par jour, dire qu’elle "consomme" est un euphémisme. Ce n’est pas Khadija Kadiri, gestionnaire du hammam depuis 35 ans, qui dira le contraire.

Celle qui assiste depuis une quinzaine d’années à des séminaires de gestion des bains publics à travers le Maroc, notamment à Fès et Marrakech, déplore un secteur "pas du tout structuré" qui attise parfois la grogne des acteurs politiques. "Le ministère de l’Environnement regrette la pollution et le gaspillage généré par les hammams, c’est pourquoi nous tentons de travailler main dans la main pour pallier ce problème", glisse-t-elle un tantinet amusée.

Sans compter qu’aucun chiffre officiel sur le nombre de hammams au Maroc n’est disponible. Khadija Kadiri les estime à une dizaine de milliers.

Alternative

Soucieuse de préserver l’une des "richesses du patrimoine culturel marocain" et consciente des enjeux économiques – "ça fait vivre des familles entières" –, Khadija Kadiri a décidé de "prendre le taureau par les cornes". Depuis un mois à peine, trois panneaux solaires sont installés sur le toit du hammam. L’objectif? Privilégier les énergies renouvelables pour chauffer l’eau, réduisant ainsi la consommation de bois qui "coûte de plus en plus cher" et tend à se raréfier à cause du changement climatique.

Pour les gestionnaires et propriétaires de bains publics, le défi est osé: maintenir des prix abordables pour la clientèle tout en rentabilisant leur fonds de commerce. "L’augmentation du prix du bois nous fait perdre beaucoup d’argent. Or, on ne peut pas non plus constamment augmenter le tarif d’entrée, surtout dans les quartiers populaires. Il faut bien trouver une solution plus optimale", consent la gestionnaire. A l’heure actuelle, le dispositif est encore trop récent pour mesurer les économies réalisées. Et rentabiliser les 320.000 dirhams investis.

Diagnostic

L’installation des capteurs solaires a été chapeautée par le projet Hammams durables, lancé l’an dernier par l’ONG française GERES (Groupe énergies renouvelables, environnement et solidarités) en partenariat avec l’association marocaine ENSEN (Energie, solidarité et environnement). Financée par le Fonds français pour l’environnement mondial (FFEM), cette vaste opération de modernisation énergétique des hammams, qui comprend aussi une éventuelle restauration des chaudières, va être réalisée sur l’ensemble du territoire. D’ici 2018, une quarantaine de bains publics devraient en bénéficier.

"Nous intervenons pour effectuer un diagnostic technique et mettre en relation les offres des fournisseurs et les attentes des propriétaires en leur faisant bénéficier d’un appui technique personnalisé. Tous les hammams ne fonctionnent pas de la même manière. Il faut donc adapter les solutions au cas par cas", souligne Mathieu Goudet, agroéconomiste en charge du projet. Une mission qui vise notamment à diminuer la consommation de bois et d’eau, réduire la facture énergétique, la pollution locale et les émissions de gaz à effet de serre.

Et enrayer la fermeture des hammams: "dans certains bains, le combustible (le bois, ndlr) peut représenter jusqu’à 95 % des frais. Quand on sait que pour environ 200 clients par jour, il faut compter près d’une tonne de bois et 21 mètres cubes d’eau chaude, on comprend pourquoi certains propriétaires en viennent à mettre la clé sous la porte", explique Mathieu Goudet.

Un critère risque toutefois de susciter des réticences chez les propriétaires et gestionnaires de hammams: "il faut compter entre 100.000 à 1 million de dirhams pour une rénovation". La douche risque d’être un peu froide.

LIRE AUSSI:

À lire aussi sur le HuffPost Maghreb

Close
10 adresses pour une évasion écologique au Maroc
sur
Partager
Tweeter
PUBLICITÉ
Partager
fermer
Image affichée

Suggérer une correction