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Tunisie: Amnesty International dénonce la violation des droits humains dans le cadre de l'état d'urgence

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AMNESTY INTERNATIONAL
facebook/amnesty international tunisie
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"Le retour à des mesures répressives et abusives" des forces de sécurité tunisiennes à la suite de l'attentat de Tunis perpétré le 24 novembre dernier inquiète Amnesty International.

Dans un communiqué publié mercredi, l'ONG dénonce la descente de police opérée le 27 novembre à La Goulette causant la frayeur des habitants.

"Les autorités tunisiennes doivent protéger la population, enquêter sur les attaques contre les civils et traduire leurs auteurs en justice. Cependant, ils ne doivent pas piétiner les droits humains en soumettant les familles terrifiées à des raids, en conduisant des arrestations de masse et en effectuant des détentions arbitraires", affirme Saïd Boumedouha, directeur adjoint du programme Moyen-Orient et Afrique du Nord d'Amnesty International.

Selon Amnesty, 1880 raids ont été réalisés à travers le pays et 155 personnes ont été arrêtées pour suspicion d'appartenance à une organisation terroriste depuis la déclaration de l'état d'urgence par les autorités tunisiennes le 24 novembre dernier. En outre et selon les chiffres du ministère de l'Intérieur, au minimum 138 autres personnes ont été placées en résidence surveillée.

"Les Tunisiens sont appelés aujourd'hui à choisir entre leur sécurité et leurs droits et libertés, mais ils veulent les deux à la fois; et il est du devoir de l'Etat de chercher à protéger les personnes, tout en respectant les droits de l'Homme pour tous. La longue et douloureuse expérience des abus sous l'ancien président Ben Ali a jeté une ombre sur les réalisations des cinq dernières années, et le gouvernement actuel doit veiller scrupuleusement à ce qu'il n'y ait pas de retour à la torture et à la répression au nom de la lutte contre le terrorisme", affirme l'ONG dans son communiqué

Dans la nuit du 26 au 27 novembre dernier, une descente de police a eu lieu dans un quartier de la Goulette. La police a arrêté entre 50 et 70 personnes selon des témoignages recueillis par Amnesty International faisant vivre aux résidents une "nuit de terreur".

L'entrée violente, l'usage des armes, l'absence de raisons, les insultes et les menaces rapportées par les habitants du quartier ont eu un impact négatif sur les habitants et principalement "les personnes âgées souffrant de maladies chroniques telles que le diabète ou l'hypertension", rapporte Amnesty International.

"Le recours à des tactiques inappropriées en arrêtant des dizaines de personnes et leur refusant l'accès à leurs avocats violent les obligations des droits humains en Tunisie. C'est une gifle pour les droits de l'homme acquis depuis la chute de l'ancien président Ben Ali", affirme Said Boumedouha.

Selon la nouvelle loi antiterroriste adoptée en juillet, les personnes soupçonnées de terrorisme peuvent être gardées en détention provisoire pendant 15 jours sans accès à un avocat, ni à une personne extérieure, "ce qui accroit les risques de torture et autres mauvais traitements", affirme l'ONG.

Pour Said Boumedouha, "les autorités tunisiennes doivent promptement inculper ou libérer toutes les personnes détenues, et veiller à ce que ceux qui sont en détention soient traités humainement , soient protégés contre la torture et aient accès à un avocat et à leurs familles dans les plus brefs délais".

L'état d'urgence qui a été décrété le 24 novembre dernier pour une durée de 30 jours, après l'attentat de Tunis perpétré le jour-même contre un bus de la garde présidentielle causant 12 morts et 20 blessés, est régit par un décret datant de 1978.

Celui-ci prévoit, entre autre, que "(...) les autorités (...) peuvent ordonner des perquisitions à domicile de jour et de nuit" sans autorisations requises.

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