Accord d'association Algérie-Union Européenne : le constat renversant d'un ex-ambassadeur à Bruxelles

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FEDERICA MOGHERINI LAMAMRA
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Avant d’entamer une possible révision de l’accord d’association avec l’Europe, Abdelhalim Benatallah, ancien ambassadeur à Bruxelles, détaille les causes de l’échec de cet accord. Renversant.

A écouter M. Abdelhalim Benatallah, ancien ambassadeur à Bruxelles où il a suivi les négociations sur l’accord entre l’Algérie et l’Union européenne, l’Algérie a mené ce processus de travers. De bout en bout.

Invité mardi de Care (Cercle d’action et de réflexion sur l’entreprise), M. Benatalah a déclaré que l’accord n’était pas dicté par des objectifs précis, mais avait "des impératifs politiques". "Sortir de l’isolement" était le principal but de la décision prise alors par le président Abdelaziz Bouteflika, a-t-il dit.

Pour M. Benatallah, "l’idéal aurait été d’adhérer à l’OMC, et ensuite de négocier l’accord avec l’UE", car, admet-il, "on ne peut pas être acteur commercial sans importer les règles de l’OMC." C’est l’inverse qui a été fait, mais aujourd’hui, "nous arrivons trop tard à l’OMC", où "le ticket d’entrée OMC est devenu exorbitant", a-t-il dit. Le résultat est très difficile.

L’accord "fonctionne comme une minuterie qui n’est plus contrôlée", estime M. Benatallah, ajoutant : "On savait l’accord déséquilibré", mais le but n’était pas d’entrer en compétition avec l’Europe, mais de réserver une place pour les produits algériens "avant qu’il ne soit verrouillé".

On applique les règles de l’OMC sans y être

Un problème non réglé, la non adhésion à l’OMC, s’est retourné contre nous. Pourtant, précise-t-il, "l’accord avec l’UE transpose tous les règlements de l’OMC", avec un résultat paradoxal : "nous sommes en dehors de l’OMC, mais nous appliquons ses règles."

Une adhésion à l’OMC aurait le mérite d’éliminer au moins "l’insécurité juridique". Quand on adhère à l’OMC, on ne peut revenir en arrière, car les autres membres ne le permettraient pas. En outre, cela imposerait une contrainte, celle de consultations internes et externes avant de prendre toute décision".

Même le Maroc et la Tunisie refusent de coordonner avec l’Algérie, car ces deux pays ne veulent pas "avancer vers l’arrière", a-t-il ironisé. "Ce n’est pas la faute de l’accord si les exportations n’ont pas décollé", dit-il, imputant la responsabilité à l’administration algérienne.

Selon lui, "l’accord d’association devait aussi servir de levier de politique interne" pour engager les réformes nécessaires, car "signer cet accord sans engager les réformes n’avait pas de sens". Ce qui l’amène à dire qu’il "ne faut pas imputer au partenaire les problèmes que nous n’avons pu résoudre depuis tenter ans", mais rappeler que "l’accord devait être synchronisé avec les réformes"

Faire semblant de réformer

M. Benatallah s’est lancé dans une longue digression pour comprendre pour quoi cela n’a pas marché. Il a d’abord noté qu’en termes de réformes, l’Algérie est le pays ayant le niveau "le plus faible de la région, dans une zone peu performante".

Pour lui, "l’Europe a fait semblant de croire" que les pays du sud de la Méditerranée vont réformer, et les pays du sud "ont fait semblant de réformer". Pourtant, "sans réforme, pas de salut pour l’accord association".

Il va plus loin en affirmant que "l’accord avec l’UE et toute l’économie" du pays "n’ont pas d’avenir sans des réformes économiques". Aujourd’hui, affirme M. Benatallah l’Europe est "prête" à revoir l’accord, mais "elle risque de nous dire : réformez d’abord ".

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