Eva from Morocco, le rap au féminin

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EVA FROM MOROCCO
Eva from Morocco, le rap au féminin | DR
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PORTRAIT – "J'ai toujours su que je pouvais chanter. J’ai appris que je pouvais aussi rapper". Eva from Morocco, Ibtissam Farah de son vrai nom, a 22 ans. Après des années passées sur les bancs de l’école à écrire des chansons sur ses cahiers en écoutant 2pac, la jeune fille originaire d’Agadir a compris qu’elle n’était pas faite pour les études.

"J’ai quitté l’école après la première année de lycée. Je voulais vivre de ce que j’aime: le rap", nous confie-t-elle dans son hôtel au pied de la kasbah de Tanger, les traits à peine tirés après une journée de route depuis Agadir. En concert samedi soir dans le cadre du festival des Nuits Sonores de Tanger, la jeune rappeuse, cheveux décolorés, bouche pulpeuse et t-shirt sérigraphié, semble confiante.

"Je suis très excitée de participer à un festival de cette envergure. Et même si c’est un peu flippant, je vais donner tout ce que j’ai", lance-t-elle dans un anglais parfait. Car si la chanteuse est fière de ses origines marocaines, elle défend ardemment son droit à rapper "in english".

Une décision qui n’est pas forcément vue d’un bon œil dans le milieu du rap au Maroc. "Beaucoup de gens me demandent pourquoi je ne rappe pas en darija. Je ne suis pas bonne pour ça, c’est tout", explique-t-elle. "Et j’aimerai me faire connaître à l’étranger. C’est plus facile en anglais qu’en arabe".

Rappeuse housewife

Soutenue depuis le début par sa mère qui la poussait à chanter devant les invités quand elle était petite, sensible à la musique grâce à un père guitariste, Eva from Morocco a fait son bonhomme de chemin dans le milieu du rap quasiment toute seule.

Quasiment, car c’est aidée par son manager, depuis devenu son mari, qu’elle a réussi à percer en signant sur son label Agadir Live. "C’est lui qui gère ma communication, il est bon dans ce qu’il fait. Moi, je ne fais que rapper. En dehors de ça, je suis une ‘housewife’ (‘femme au foyer’, ndlr)!", explique-t-elle en riant.

"C’est la seule rappeuse marocaine qui s'est mariée et continue à rapper", nous glisse son manager. "Toutes les autres arrêtent leur carrière après leur mariage, mais moi je l'ai encouragée".

Get rich or die tryin’

Après avoir débuté en 2010 par des covers, elle écrit ses propres compositions deux ans plus tard et se produit dans plusieurs petits festivals dans le royaume. Ce n’est pourtant pas au Maroc que la rappeuse voit son avenir. Eva, qui a choisi comme nom de scène un prénom facile à prononcer dans toutes les langues, se voit déjà poursuivre sa carrière de l’autre côté de l’Atlantique.

"Le problème ici, c’est que tu as beau avoir du talent, et les gens ont beau t’apprécier, il sera toujours très difficile de gagner ta vie avec le rap", explique-t-elle, assez pessimiste sur l’état de l’industrie musicale au Maroc. "Les gens ne veulent pas payer les artistes. Si tu veux rapper et être riche, ce n’est pas ici qu’il faut travailler!".

Winneuse

Grande fan de Trip Lee, un rappeur américain chrétien connu pour faire souvent référence à Dieu dans ses chansons, Eva est souvent comparée à Iggy Azalea ou Nicky Minaj par les gens qui l’écoutent.

"Mais je leur réponds que non, je suis moi-même! J’ai mon propre style et mon histoire", se défend la rappeuse. "J’ai toujours été une ‘winneuse’, pas une ‘lâcheuse’. D’ailleurs dans mes chansons, je parle des problèmes que j’ai pu rencontrer depuis le début de ma carrière, mais j’essaie de motiver les gens en leur disant: n’abandonnez pas!".

Un leitmotiv qui paie lors de ses concerts. "A chaque fois que je monte sur scène et que j’entends crier les gens: ‘encore! encore!’, je me dit 'c’est bon, I did it! ('je l’ai fait")". Ambitieuse, la jeune femme estime que même si elle ne trouvera peut-être pas sa place ici (certains lui disent qu'elle ferait mieux de rester à la maison), elle sait que si elle réussit aux Etats-Unis, les Marocains "seront fiers" d'elle.

"Car même s'ils me demandent toujours pourquoi je ne chante pas en darija, ils adorent Shakira, Rihanna ou Nicky Minaj. Alors pourquoi ne pas tenter ma chance là-bas?".

En attendant, Eva travaille sur un premier album après avoir sorti son tube explosif "Gold is Yellow":

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