Tunisie - Association Shams: "On n'a jamais revendiqué le mariage entre couples homosexuels"

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"On n'a jamais revendiqué le mariage entre couples homosexuels, contrairement à ce que certains prétendent. Nous voulons juste vivre notre sexualité innée sans être menacés d'être envoyés en prison en vertu d'un article désuet (article 230 du code pénal) qui date de plus d’un siècle", a déclaré Ahmed Ben Amor, vice-président de l’association Shams pour la dépénalisation de l’homosexualité en marge de son meeting organisé samedi à la salle l’Agora.

"A bas l’article 230 du code pénal qui criminalise l’homosexualité", "Une libération immédiate de tous les prisonniers en vertu de cet article", étaient les maîtres mots du meeting, rassemblant plusieurs militants, intellectuels et artistes.

"En Tunisie, on est envoyés en prison pour ce qu’on est, pour son identité, une identité qu’on n’a pas choisi", a déploré Yamina Thabet, présidente de l'Association Tunisienne de Soutien des Minorités (ATSM).

"On a dit que (Marwen) n'était pas étudiant, que c'était un travailleur journalier, comme si un travailleur journalier avait moins de droits qu’un étudiant. Ce sont des déclarations pathétiques qui ne servent qu’à faire diversions.", a-t-elle ajouté.

Marwen, un jeune homme de 22 ans, a été condamné en septembre à un an de prison ferme pour pratiques homosexuelles, sur la base de l'article 230 du Code pénal, après avoir subi un examen anal. L'affaire en question a suscité des réactions sans précédent de la part de nombreuses organisations nationales et internationales, mais aussi de partis politiques et du ministre de la Justice, appelant à dépénaliser les pratiques homosexuelles et à mettre fin aux pratiques touchant à l'intégrité physique et à la dignité des personnes, comme le prévoit la constitution.

Leila Toubel, actrice et femme de théâtre, a apporté son soutien à la cause LGBT (Lesbiennes, Gays, Bisexuel(le)s et Transgenres): "On répète souvent que l’homosexualité n’est pas un choix, que c’est une identité innée. Peu importe qu’elle soit un choix ou non. Si je décide demain d’avoir des rapports homosexuels, ça dérange qui? Ça porte atteinte à qui? Est-ce que ça constitue un souci majeur pour l’Etat alors que des problèmes économiques et sécuritaires rongent le pays?", a-t-elle renchéri.

"Si Marwen était un terroriste, il n'aurait pas été aussi mal perçu. On aurait pu le comprendre car le terroriste menace la vie des personnes mais pas leur virilité, une valeur suprême dans les sociétés archaïques", a ironisé l’avocate Dalila Mbarek Mssadek.

"Dans l’imaginaire collectif l’homosexualité est réprimée car elle est perçue comme une atteinte à la virilité. C’est au nom de cette supposée virilité qu'on a bafoué les droits des femmes et des enfants. On comprend mieux pourquoi même nos pseudo-modernistes sont réticents à défendre l’homosexualité car élevés avec une telle mentalité, ils se sentent menacés dans leur virilité ", a estimé l’avocate.

"'Une avocate qui défend de telle personne est dévergondée': ce sont des termes qui reviennent souvent au sein de l’appareil judiciaire quant il s’agit de l’homosexualité" a-t-elle déploré.

Les politiques et certaines associations critiqués

Alors que le ministre de la Justice Mohamed Salah Ben Aissa a appelé la société civile à s’activer pour permettre l'abrogation de l’article 230 du code pénal, les associations présentes au meeting, tout en se félicitant de cette position inédite en Tunisie, se sont étonnées du fait que le ministre leur confère la mission de changer la loi, alors que cela est de son ressort.

"C’est au ministre de préparer un projet de loi dans ce sens, de le présenter au conseil des ministres puis au Parlement pour examen et abrogation", a affirmé Dalila Mbarek Mssadek.

"Le ministre fuit ainsi ses responsabilités", a fustigé Amna Guallali, directrice du bureau de Human Right Watch (HRW) en Tunisie.

"Malheureusement, pour nos politiques, l'hypocrisie par rapport à la société prévaut sur les principes", a-t-elle ajouté.

D’autres ont fustigé le retard dans la réaction de certaines associations de défense de droits de l’Homme telles que La Fédération internationale des ligues des droits de l'Homme (FIDH) ou encore la Ligue Tunisienne des droits de l’Homme (LTDH) qui "ont pris le temps pour tâter le terrain avant de sortir leurs communiqués", a regretté Lina Ben Mhenni, blogueuse.

"J’en veux terriblement aux hommes politiques mais j’en veux encore plus à ces associations, même si je reconnais que c'est en partie grâce à leur militantisme qu’on parle librement aujourd’hui", a lancé Yamina Thabet.

Pour Lina Ben Mhenni, l’affaire de Marwen s’inscrit dans un contexte général de répression des libertés individuelles: "Rappelons-nous les descentes de police dans les cafés pendant le mois de Ramadan et les autres affaires de même nature. Une refonte de code pénal est une urgence afin d’espérer que la constitution ne reste pas lettre morte".

La création d'un comité de soutien composé des associations œuvrant en la matière, épaulées par d'autres personnalités est en cours, afin d'accentuer la pression lors du jugement en appel de Marwen, ont annoncé Shams et Damj lors du meeting.

"La seule lueur d'espoir est qu'on en parle, que les tabous soient levés, qu'on admette que l'homosexualité existe et a toujours existé. Nous devons profiter de cette brèche pour faire avancer les choses", a conclu Amna Guallali.

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