Incivisme, services publics défaillants: des Tunisiens se mobilisent (REPORTAGE)

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Facebook/On a été embêté pour vous
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Rues jonchées de déchets, feux rouges allègrement grillés et trottoirs envahis par les cafés: excédés par la dégradation de leur quotidien, des Tunisiens misent sur les nouvelles technologies pour faire réagir les autorités et tenter de "changer les
mentalités
".

"C'est le bazar total", s'emporte Adel, un habitant de Tunis qui vient d'éviter de justesse une voiture roulant à toute allure sur les rails du tramway.

Incivisme et services publics défaillants existaient déjà avant que la révolution de 2011 ne mette fin à une dictature qui s'est maintenue 23 ans par la peur. Mais le phénomène a explosé depuis: le ramassage des ordures est devenu aléatoire, une crevasse peut rester plusieurs mois sans être comblée sur une autoroute et voir mouchoirs ou canettes de soda vides jetés par la vitre d'une voiture est de plus en plus courant.

Face à ce "laisser-aller général" et l'"insoutenable banalisation de la présence des déchets", selon les termes du quotidien La Presse, une multitude d'initiatives citoyennes a vu le jour, la plupart sous forme de groupes et d'évènements sur Facebook ("Je nettoie ma rue et je la maintiens propre", "Brigade verte de Tunisie") mais aussi d'applications mobiles.

"Lâchez les trottoirs"

En août, Zied Mallouli, un enseignant de Sfax, la deuxième ville de Tunisie, a créé le groupe "#Sayeb_Trottoir" ("Lâchez les trottoirs") pour en appeler au gouvernement.

Les magasins, cafés et restaurants qui débordent sur les trottoirs, sans compter les voitures garées sur cet espace censé être réservé aux piétons, "ça me rend malade", dit-il à l'AFP.

Aussi entreprend-il, à son compte, de faire le tour de plusieurs villes pour prendre les infractions en photo et les dénoncer sur Facebook. Très vite, des milliers de personnes adhèrent au groupe et les clichés affluent de tout le pays.

"C'est comme si les gens n'attendaient que ça", raconte Zied Mallouli. "Concrètement, je veux que les autorités bougent, qu'elles fassent leur travail. Je veux simplement pouvoir marcher sur un trottoir".

C'est justement pour faciliter le contact entre Etat et citoyens que Raafet Limam a créé Plan125, une application mobile assortie d'une page Facebook comptant près de 40.000 membres.

Une photo suffit

Les utilisateurs postent la photo d'une infraction - réverbère allumé en plein jour, plages envahies par les bouteilles en plastique. L'application, de son côté, entend fournir login et mot de passe à des responsables, notamment des gouverneurs, afin qu'ils puissent s'enquérir des problèmes dans leur région et, à terme, rendre public ce qui a été fait pour y remédier.

"En quelques clics, on voit quels problèmes existent dans quelle région. Et les nouvelles technologies facilitent la chose: au lieu de rédiger une plainte sur papier et de chercher auprès de qui et dans quelle rue la déposer", une photo suffit, assure M. Limam.

Encore faut-il que les responsables en acceptent le principe. Parmi ceux contactés par Plan125, certains ont salué l'idée, se montrant même enthousiastes. D'autres ont paru plus circonspects, voire réfractaires aux nouvelles technologies. Mais M. Limam se dit confiant dans "l'effet d'entraînement".

Cette mobilisation citoyenne a en tout cas déjà remporté quelques succès: plusieurs municipalités ont mené des actions ciblées, comme celle de Tunis qui a annoncé avoir saisi les tables et chaises de 12 établissements occupant illégalement les trottoirs "en interaction avec la campagne 'Lâchez les trottoirs'", à la grande joie des internautes.

Reste à savoir si ces actions seront pérennisées une fois l'engouement médiatique passé.

Maher Zaher, le vice-président de la municipalité de La Marsa près de Tunis, admet que les moyens des mairies -remplacées après la révolution par des "délégations spéciales" en attendant des élections municipales- ne sont plus les mêmes. Ainsi, la police municipale, désormais rattachée au ministère de l'Intérieur, est moins facile à mobiliser.

Avant tout, M. Zaher dit espérer "une prise de conscience" car "si tous les citoyens qui vont se baigner jettent des détritus, il n'y aucune société de nettoyage qui pourra répondre à ce besoin-là". "Ou alors ce seront des sociétés de nettoyage qui empêcheront les baigneurs d'aller à la mer", sourit-il.

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