Tunisie: Edder3, l'application qui signale les actes de présumés "terroristes"

Publication: Mis à jour:
INTERNET TERRORISME
Edder3
Imprimer

Après les attentats sanglants du Bardo et de Sousse, la jeunesse tunisienne lutte à sa manière. Epoque du "tout numérique" oblige, ces jeunes ne manquent pas d’initiatives afin de tenter d'endiguer à leur manière le fléau terroriste... ou de favoriser la délation et la psychose.

C’est dans ce contexte que de jeunes ingénieurs ont lancé l’application sur androïd « Edder3 » (qui signifie "bouclier") afin de donner "à tous les tunisiens l’opportunité de réagir et de signaler tout acte suspect ou de terrorisme" peut-on lire sur leur site internet.

Cette technologie mobile sous forme de carte interactive permet à des citoyens connectés à l’application via pseudonyme de signaler un acte, un lieu ou une personne suspectée de terrorisme qui apparaitra sous forme d’un "œil rouge" sur la carte. Plus que le simple fait de notifier, les citoyens pourront consulter les informations mais aussi appeler directement la police en cas de péril imminent. A terme, les utilisateurs pourront ajouter des photos et des commentaires à leurs notifications.

application terrorisme
Capture d'écran de l'application Edder3 sur Google Play

En impliquant les citoyens dans la lutte contre le terrorisme et en les responsabilisant, ces jeunes veulent rétablir le lien entre la police et les citoyens.

Si elle n’est pas encore très développée et peu utilisée, cette application pose plusieurs problèmes. Tout d’abord, celui de l’exactitude des informations signalées. Dans cet esprit, l’application permet de géolocaliser la personne qui signale. Mais elle laisse aussi la porte ouverte à la délation et aux accusations parfois fantaisistes. Par ailleurs se pose la question de la légalité et de l’éthique d’une telle application et de ses conséquences sur les droits de l’Homme et les libertés individuelles.

application terrorisme
capture écran de l'application Edder3 sur Google Play

A terme, l’objectif de ces jeunes ingénieurs est d’offrir cette application à l’Etat afin qu’il la développe et l’utilise dans sa "guerre" contre le terrorisme. Cette initiative rejoint ainsi l’idée lancée par le ministre de l’Intérieur Najem Gharsalli de créer une application qui permettrait d’envoyer aux forces sécuritaires des informations sur d’éventuels mouvements terroristes.

Cependant, ce type d'initiatives pourrait - sans cadre légal et sans améliorations protégeant la vie privée de ces utilisateurs - menacer les libertés individuelles et devenir un outil de règlement de comptes.

LIRE AUSSI:
» Tunisie: 306 millions de dinars au profit des ministères de la Défense et de l'Intérieur

Retrouvez les articles du HuffPost Tunisie sur notre page Facebook.