Marie Thérèse Brau, la fondatrice de l'association et des centres qui s'occupent des handicapés mentaux

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MARIE THRSE BRAU
S. Djaafer pour le HuffPost Algérie
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Entre Hussein Dey, Leveilley, Oued Ouchaïyah, La Glacière et Bourouba, la nouvelle s'échange à voix basse : la «sœurette» est malade. Elle a été opérée à Kouba puis évacuée en France. Elle le sait sans doute, beaucoup d'Algériens, musulmans, chrétiens, ont prié pour son rétablissement. Avec ferveur.

Trois générations au moins d'Algériens dans ces quartiers populaires l'ont connue avec son entêtement à faire «ce qu'il faut» pour les plus pauvres, les plus faibles. Tous ont appris à aimer sa grâce bourrue, sa capacité unique à entraîner et à vaincre, parfois, les obstacles si grands que l'administration sait fabriquer aux femmes et aux hommes de bonne volonté. Et tous sont en quête de nouvelles d'une femme qui a grandi parmi eux, bataillé parmi eux.

Toute une vie au service des humbles puis des handicapés, cela a créé des liens forts et intenses. Qui ont résisté même quand l'Algérie s'est mise à se déchirer et à s'entretuer. Au plus fort des années terribles, Marie-Thérèse Brau est restée parmi nous, dans son quartier. Protégée, dit-elle, sans le savoir. Mais nous, nous le savions.

Elle a été protégée par son grand cœur, par sa générosité sans limites. Dans ces territoires qui ont durci durant ces années-là, nul n'aurait osé un mot déplacé à son égard, il aurait commis le pire des sacrilèges. Une impardonnable faute de goût ! Une sainte, Marie-Thérèse ?

Pour beaucoup d'entre nous, femmes et enfants - et cela se compte par centaines -, c'est surtout le premier maître. Au sens le plus absolu. Celui qui a fait découvrir des livres, a appris comment soigner et qui a montré que «l'autre» est tellement semblable à «nous». Qu'il est nous !

Dans nos quartiers, on a vite compris avec cette femme exceptionnelle qu'on peut s'appeler Marie-Thérèse et être membre de la communauté. Une Algérienne indubitable. Une incroyable battante à qui rien n'a fait peur et qui a continué avec une abnégation têtue le travail engagé par l'Association d'entraide populaire, créée en 1960 par des chrétiens progressistes. Et l'a continué dans un investissement total dans l'aide aux handicapés.

Dans ces quartiers si éprouvés par les vicissitudes de la vie, l'évocation de la «sœurette» illumine immédiatement les visages. Les mots peinent à traduire ce mélange de respect et d'admiration qu'elle inspire. Sans compter la gratitude de ceux, nombreux, dont la vie a été changée par sa rencontre. Et puisque des milliers de gens se demandent comment elle va, autant leur apporter la nouvelle.

Skype aidant, on a pu lui parler. Aussi souriante et alerte que d'habitude, elle raconte qu'elle a failli «y passer» mais que le médecin et l'anesthésiste de Kouba «ont fait un travail précis et admirable». Mais au lieu de donner de ses nouvelles, elle nous en demande.

Du Marie-Thérèse pur jus ! Elle attend de se faire opérer. Les médecins surveillent les poumons. Et le cœur aussi. Ce cœur si grand qui contient tant d'histoires humaines, tant d'efforts souterrains. Le cœur d'une femme de bien est sans limites. Tiens bon, maîtresse !

Cet article a été publié initialement dans le Quotidien d'Oran

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